Vendredi 9 décembre 2016









EDITORIAL

La grande affaire du quinquenat rose


On attend le président Michel Joseph Martelly à la porte de sortie, c’est-à-dire sur le chemin (non parsemé de roses jusqu’ici) des élections qui doit favoriser une passation des pouvoirs (réussie ou pas) ; et on a raison, et on est angoissé. D’abord parce que le processus électoral est jusqu’ici marqué par une cascade de crises et d’évènements à rebondissements paralysants, alimentés par les postures et les intérêts antagoniques opposant le pouvoir exécutif et la classe politique dans une sorte de jeu complice qui va, selon toute évidence, déboucher sur l’organisation d’élections générales en 2015. Et l’absence du Conseil électoral permanent ne peut pas à elle seule expliquer cette situation orageuse d’incertitudes et de conflits qui a étrangement suscité la mise sur pied de quatre Conseils électoraux depuis tantôt quatre ans. Il y a surtout et avant tout cette méfiance profonde entre les opérateurs politiques et cette pollution étouffante du climat électoral et politique chauffé à blanc par sa configuration de duel à mort. On a un pays divisé, une polarisation de la classe politique et un processus électoral explosif. La normalisation de la vie publique n’est pas pour demain. Plutôt que de beaux discours sur des «élections inclusives, transparentes et crédibles», c’est le renouvèlement sans heurts – sans discontinuité violente – du personnel politique (Parlement, mairies, CASEC et ASEC, présidence), enjeu toujours périlleux en Haïti, qui devrait être désormais la grande affaire du quinquennat rose ainsi que la clarification de la question concomitante de la fréquence et de la durée des mandats électoraux. Tant que cette question ne sera pas complètement évacuée, soit à travers un réaménagement constitutionnel, soit par un consensus entre tous les partis et parties concernés, le pays connaîtra davantage de crises institutionnelles et politiques affligeantes. Il existe un risque réel de le voir s’enfoncer davantage dans un tourbillon chaotique, celui de l’instabilité, avec le dysfonctionnement du Parlement l’année prochaine. D’autant plus que l’opposition radicale préconise des élections générales (anticipées) sans Michel Joseph Martelly qui n’est pas, rappelons-le à dessein, novice en matière d’élections litigieuses. C’est le deuxième thème revendicatif qui exerce une attraction, bien plus incandescente, dans certains milieux. Le branle-bas post-Martelly a une résonance qui n’a rien à voir avec le carnaval. Car la conjoncture de 2015 – la perspective d’une démocratie parlementaire avec un seul tiers du Sénat –, si elle va ipso facto entrainer la concentration du pouvoir législatif entre les mains de la présidence, peut ouvrir aussi la voie à l’exacerbation et à la consolidation des efforts d’unification de l’opposition qui va exploiter les frustrations sociales, les promesses non tenues de Michel Joseph Martelly, les questions socio-historiques, y compris le préjugé de couleur (Dessalines contre Pétion et vice versa). Rien n’est figé en politique. Or, ces rapprochements et alliances – s’ils proviennent des partis et plateformes les plus représentatifs (Fanmi Lavalas, INITE, Fusion, OPL, MOPOD, KID, Kontra pèp) - auront un effet déterminant sur la suite des évènements. Même avec l’appui supposé de la communauté internationale qui a une attitude ambivalente sur la date des élections et la présence des troupes onusiennes, un pouvoir en fin de mandat est, dans cette Haïti écartelée entre l’ancien et le nouveau, comme un navire en pleine mer qui, «à défaut de naufrage, navigue toujours dans la tempête et l’ouragan». Ce fut le cas, pour prendre un exemple récent, de René Préval en 2010-2011 pris dans une terrifiante tempête qui a failli l’envoyer en exil. Attention : quitter le pouvoir – quoi que jouissif - est aussi important qu’y accéder.











AUTEUR
Pierre-Raymond Dumas

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