Le mur imaginaire de la honte

Publié le 2014-06-12 | Le Nouvelliste

Editorial -

Après l’arrêt raciste 168-13 du tribunal constitutionnel de la République dominicaine, en septembre de l’année dernière, qui avait défrayé la chronique et soulevé le mécontentement des pays et des organisations de droits humains de la Caraibe, le député dominicain Vinicio Castillo de la Force nationale progressiste (FNP) a fait le dépôt mardi d’une proposition de loi visant à construire un mur tout le long de la frontière entre les deux pays afin de contrer l’immigration massive de nos compatriotes vers ce pays. Selon toute vraisemblance, le gouvernement dominicain ne pourra jamais construire un mur de 360 km, tout le long de la frontière, pour empêcher l’exode de nos compatriotes dans son pays. Il est certain que l’initiative du député vise à humilier davantage le peuple haïtien au lieu d’atteindre un objectif pareil. La haine de ce pays vis-à-vis du peuple haïtien se poursuit et prendra différentes formes tant que les dirigeants haïtiens et nos élites délaisseront nos pauvres paysans au gré de la nature, du temps et des circonstances. Chaque jour qui passe, le gouvernement dominicain, le secteur privé dominicain et les chercheurs dominicains réfléchissent sur notre vie de peuple, sur notre consommation et sur la gestion quotidienne du pays. En Haïti, le gouvernement ne fait que protéger les produits dominicains au détriment de la production nationale. Il n’y a pas d’études, ni de recherches et encore moins des informations sur l’évolution économique, politique et sociale de la République dominicaine. Quand le gouvernement haïtien comprendra-t-il que le pays de Juan Bosch est le plus important pour notre pays, Haïti, en matière de relation internationale ? Deux ans après la construction de l’Université de Limonade par le président dominicain Leonel Fernandez, le gouvernement haïtien n’a pas compris qu’il fallait fouetter l’orgueil national en construisant un campus de même dimension ou plus grand que celui de Limonade afin de diminuer le flux d’étudiants haïtiens qui se rendent en République dominicaine. Le gouvernement préfère se lancer dans la construction de deux aéroports dans le Sud au lieu daccorder la priorité à un campus dans la ville des Cayes. Deux companies aériennes haïtiennes ont tenté sans succès d’exploiter le trafic Port-au-Prince-Cayes. Caribinter et Tortug’Air ont abandonné ce trafic, faute de passagers à cette destination. 22 millions de dollars pour construire l’aéroport de la ville des Cayes : à quelle fin ? Sur quoi reposent les choix de ce gouvernement ? Alors que les Dominicains envisagent de construire ce mur... utopique, le gouvernement Lamothe va débloquer 1 milliard de gourdes pour les programmes sociaux de 2014, 2015 et 2016. Ti maman chéri et Ede pèp pourront-ils éradiquer la misère des pauvres paysans du Nord-Est, du Nord, de l’Artibonite, du Plateau central et du Sud-Est ? Pas de politique économique, pas de politique agricole avec le gouvernement Lamothe. L’élection présidentielle de 2015 devient-elle la seule priorité des autorités actuelles ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com

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