Qui est le vrai responsable du blocage du processus électoral ?

Publié le 2014-05-20 | Le Nouvelliste

Editorial -

Quelques heures après la déclaration, lundi, des organisations de la société civile et de défense des droits humains réclamant un Conseil électoral équilibré en lieu et place de celui de sept membres installés le lundi 12 mai en cours et qui n’inspire pas confiance, un nouveau bureau a été élu au sein de cette institution, et c’est l’homme de loi Fritzto Canton qui assure la présidence de ce Conseil. Après Josué Pierre-Louis et Emmanuel Ménard qui représentaient le pouvoir exécutif respectivement dans le Conseil électoral permanent et dans le Collège transitoire du Conseil électoral permanent, Me Canton devient le troisième président de l’institution électorale de l’ère Martelly. Si le Conseil électoral provisoire était constitué de neuf membres sans contestation aucune, conformément à la Constitution, et que les membres du Conseil avaient librement jeté leur dévolu sur Fritzto Canton comme président, aucun secteur de la vie nationale n’aurait exprimé une quelconque opinion négative sur la présidence de celui-ci. Présent très souvent dans les débats pour faire valoir le mot du droit, comment Me Canton, juriste de son état, peut-il accepter de faire partie d’un Conseil électoral provisoire de sept membres alors qu’il sait qu’un Conseil de ce genre est juridiquement nul? La Constitution reconnaît l’existence d’un Conseil électoral provisoire ou permanent de neuf membres. En l’année 2003, le président Jean-Bertrand Aristide avait engagé les procédures nécessaires pour la formation d’un Conseil électoral provisoire. Sept membres avaient été nommés par arrêté présidentiel. Les membres du Conseil avaient laissé l’institution par la petite porte sans rien réaliser. En l’année 2012, le président Michel Martelly a nommé par arrêté un Conseil électoral permanent de six membres. Après un an de fonctionnement, les six membres ont laissé l’institution en catimini sans aucune réalisation. Le Conseil de Me Canton de sept membres pourra-t-il faire la différence ? En assistant à l'installation des sept membres du Conseil électoral provisoire d’exception, les ambassadeurs américain et français, la représentante du secrétaire général de l’Onu en Haïti et l’ambassadeur de l’Union européenne ont voulu apporter un soutien temporaire à Martelly afin d’encourager le Sénat à confirmer le choix de Me Néhémie Joseph au sein de l’organisme électoral. La communauté internationale avait longtemps tiré la sonnette d’alarme sur la nécessité de réaliser les élections pour le renouvellement du tiers du Sénat, mais les acteurs politiques haïtiens sont encore loin de la gestion moderne de l’Etat. La méfiance de l’opposition et la tendance du pouvoir établi de vouloir contrôler l’institution électorale constituent le noeud gordien de cette crise préélectorale. L’administration Martelly ne devrait en aucun cas chercher à obtenir la présidence du Conseil avant la confirmation du Sénat sur le choix de Me Néhémie Jean. En agissant de la sorte, elle renforce les doutes de l’opposition sur sa mainmise sur le Conseil électoral provisoire. Il demeure évident que certains partis politiques de l’opposition qui réclament la démission de Martelly ne seront jamais prêts à emprunter la voie électorale. Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com

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