Vendredi 9 décembre 2016









SOCIETE

Il était une fois la théologie de la libération (2e partie) suite et fin


Monel Léonard Divergences Les défenseurs de l’église populaire de leur côté reprochaient à la plupart des évêques, leur passivité, leur indulgence, voire même leur complicité coupable à l’égard de situations d’injustice intolérables entretenues par le défunt régime politique, un certain «Désert spirituel» ; un mépris des pauvres et des marginaux. Une vie théologale douteuse, un témoignage timide au service de l’opprimé. De plus ajoutaient-ils : «Nous sommes fatigués de la censure du magistère romain europeocentrée et étrangère à notre vécu». Ce n’est pas nous qui avons inventé des classes ! Quant au marxisme, il ne faut pas le diaboliser à l’excès : C’est comme un bistouri : il peut certes tuer, mais il peut aussi sauver une personne par l’opération. L’instrument est neutre !» L’un des pourfendeurs de la théologie de la libération, Paul Hitz, dans la revue «Évangile et Catéchèse» opinait en ces termes : «Les analyses psycho-sociologiques et pastorales de l’Homme nouveau» de notre temps abondent aujourd’hui : il me semble cependant que, chez plusieurs théologiens actuels, et surtout chez bon nombre de catéchistes et pasteurs, l’insistance sur les problématiques nouvelles du monde contemporain devient souvent une sorte d’alibi, pour passer à côté des questions essentielles de la foi, de la théologie, de la catéchèse, et aussi de l’homme lui-même, de tous les hommes, qui, aujourd’hui comme hier naissent et vivent, travaillent, pensent et aiment, souffrent et meurent, dans l’immense énigme du monde. À cette remarque, les adeptes de la théologie de la libération rétorquèrent : «Le Christ n’a jamais promené un regard froid et indifférent sur les problèmes de son temps… toute pastorale authentique doit s’incarner en épousant les préoccupations concrètes des hommes d’aujourd’hui !» «Nous sommes d’accord, répondirent les partisans de l’église traditionnelle. Ce n’est pas un St-François d’Assise, un St-Vincent de Paul ou un Alphonse de Ligori qui nous démentiraient. Mais gardons-nous de toute exagération. Le Christ ne s’est jamais laissé tenter par un messianisme politique. Son royaume n’est pas de ce monde ! Sinon, il répandrait une espérance partielle qui ne remplirait pas l’attente profonde des hommes. Il a vu beaucoup plus loin que nos intelligences bornées. En annonçant le royaume des cieux, il a fait des promesses qui combleraient nos désirs très concrets ; désirs qui tendent finalement vers l’infini ! Les béatitudes en sont la preuve ! Elles prouvent quoi au juste ? Que le royaume des cieux dont certains voudraient hâtivement établir ici-bas, c’est une opération en cours d’exécution, une croissance, une vigne ou on travaille, nullement une utopie. C’est toujours du concert dynamique. Ce royaume, d’une certaine manière, est une action dans laquelle il nous est proposé d’entrer ! C’est vrai que Jésus s’est intéressé avant tout aux plus petits, et aux exclus. Mais il n’a pas eu la même vision des choses qu’un Marx : il regardait l’intérieur d’abord. En fait il ne faisait de discrimination envers aucune classe sociale: un Zachée, un Matthieu, un Nicodème, se sentiraient tout drôles dans un tel système d’exclusion, sans parler d’un Job de l’Ancien Testament!» «De toute manière, répondit un partisan de l’église populaire, il y a des coch… que nous ne cautionnerons jamais. Nous ne nous désolidariserons pas des souffrances, des revendications et des luttes de nos masses. Les «Crésus» n’ont qu’à bien se tenir !» «On nous reproche, dit un autre, de prêcher la violence. Le prophète Amos était-il si violent ? Que faut-il penser du luxe des nantis, qui est une forme de violence ? C’est une intolérable provocation à la misère humaine !» «Chimère ? disait d’un ton hargneux, une religieuse engagée. So what ! Dekilakyèl ! On ne parle pas assez de nos «chimères» en redingote, portant rosette et bien parfumés! Ce sont des chimères d’un autre genre, qui sécrètent des iniquités criantes sur nos masses paysannes et urbaines. Décidément, la propagande d’une presse vassalisée est assez efficace dans la tête des gogos de notre public ! Quant aux silences de nos évêques, et leurs communiqués ambigus, ils témoignent tout simplement d’un manque de courage apostolique ! Qu’on appelle un chat, un chat, et holet un fripon ! Sinon qui ne dit mot consent !» Les autorités de Rome, déclarait un Scheutt, sont-elles assez conscientes du dynamisme effrayant des sectes protestantes yankees en Amérique latine ? Voilà une forme de colonialisme culturel qui développe un fatalisme, un conservatisme, très «Born again» chez leurs fidèles, envers toutes les formes d’oppression sociale ! Bien sûr, cette culture de l’indifférence fait rondement l’affaire de l’impérialisme Nord-américain, qui peut à son aise exploiter nos peuples dociles! Du côté des catholiques ultra-orthodoxes, un professeur de philosophie lâcha cette réflexion mélancolique: Entendu, les pauvres sont les préférés de Yahweh, c’est sûr que le Christ incarné se lit parfaitement à travers eux. Certes, il est bon pour ses consacrés de délaisser la sacristie et d’aller vers le peuple. De même, ceux qui en ont plus que le superflu, doivent le donner aux pauvres, car ce n’est pas à eux. Mais attention ! Sartre disait aussi, qu’il y a deux sortes de pauvres : ceux qui sont pauvres ensembles et ceux qui sont pauvres tout seuls. Les premiers sont les vrais. Les seconds sont des riches qui n’on pas eu de chance. Il y a une certaine vérité dans cela. Les prédicateurs de l’église populaire ne nous donne aucun goût de Dieu, de son amour infini pour l’humanité et de ses diverses grâces. Quelle aridité spirituelle chez eux ! Quel fil aussi dans leurs verbes ! Le sacré est maintenant banni au profit exclusif du temporel ! La foi somme toute, est à présent réduite à une affaire de nivellement social par le bas ! Néanmoins, je vous demande un peu : les gens de la plèbe ont-ils l’exclusivité de la souffrance ? Qu’a-t-on à dire aux blessés-de-la-vie et aux âmes en détresse qui cherchent un sens profond à leur existence ? Faut-il les ignorer parce qu’ils sont en haut de l’échelle ? Alatraka papa ! Cependant, des drames existent à tous les niveaux ! Tout le défi de l’évangélisation est de faire grandir l’amour. Reste à savoir si les bergers des ‘’Ti Legliz’’, avec leur style singulier, en sont capables ? Ce que plus d’un ne peuvent saisir : du pain, il y en a plus que les hommes peut en manger. Mais voilà, l’amour n’y est pas, et les hommes finissent par manquer de pain, comme on le voit dans le monde d’aujourd’hui. En réalité, l’ignorance des choses divines est la principale cause de la dépression des cœurs, de la faiblesse des âmes et des maux si graves qui en découlent. -«Le problème est complexe, faisait remarquer Marx Maesschalk, d’un côté, la hiérarchie catholique joue sur la confusion du religieux et du politique, en accentuant dans ses discours et ses attaques le sens politique de l’église populaire. D’une autre, à la base, on reste globalement persuadé que des organisations à finalité religieuse, peuvent et doivent jouer un rôle déterminant dans les mouvements de transformation social… l’église elle-même, de par son passé, est perçue d’abord comme une institution sociale répressive, partie intégrante dus système, dont la transformation devait être une étape importante dans le changement des structures du pouvoir» (Chemins critiques, décembre 1992) Le malaise De toutes les façons, les masses haïtiennes fort peu imbues de la question, et en proie aux calamités liées au sous-développement, ne comprenaient pas grand-chose à cette controverse compliquée et trop intellectuelle pour leur goût, sinon qu’on en voulait à «Titid» leur défenseur ! Une tentative de son provincial de le transférer en 1987 à la Croix-des-Missions échoua piteusement, sous la pression des partisans du curé de St-Jean Bosco. Celui-ci, après certaines médiation de quelques somnités théologiques, fut expulsé plus tard de la congrégation des salésiens en 1989, et porté comme candidat à la présidence, en 1990. À l’annonce de cette candidature, la Conférence épiscopale d’Haïti se confina dans une attitude prudente, et refusa d’apporter officiellement, son appui à quelconque candidat. «L’Eglise, déclara son président dans un communiqué, en tant qu’institution indépendante, n’a pas de candidat, et n’appuie aucun candidat» (bis) -Il y a, désapprouva un cadre du Vatican, une frontière entre la religion et la politique qu’on doit respecter.» Le 1er jour de l’an, l’archevêque de Port-au-Prince François Wolf Ligondé, prononça à la cathédrale, une homélie qui déclencha la fureur des lavalasiens : «N’ayez pas peur du déchoukage pas encore… aucun, aucun humain ne peut rien pour ce pays, hormis Dieu seul !» -«Tout de même, dit un téléspectateur mécontent, il aurait pu accorder au nouvel élu sa chance ! Quel manque de tact !» Vexé, il ferma l’appareil. Réagissant aussi à chaud, un prêtre radical du diocèse de Jérémie monta d’un cran sur les ondes : «A la Bet Malprop se Makout !»… quelques semaines, après l’investiture du nouveau président. Il récidica : «Pè Lebrun fè yon si bon travay kel merite kounye a prand grad avek» -«Insolite confia effaré, un commerçant très bigot à un F.I.C. retraité. Là, je perds mon latin ! Comment pourrions-nous vouloir du mal à notre prochain, en pensant que le Bon Dieu, lui, dont la bonté est infinie, considère, lit et écoute toutes les mouvements de notre cœur ? Quand j’étais civilisé, on m’enseignait que nous devons aimer nos ennemis plus que nos amis ! Ah, cher Frère, le bon chrétien dont la vocation est d’envoyer à tous des ondes de bonheur, de santé et de sainteté, sera toujours comparé à une colombe, parce qu’il n’a pas de fiel» 22 ans plus tard, un participant aux funérailles du prélat honni, avoua à son voisin : «Quand on regarde l’état actuel du pays, était-il si mauvais prophète ? Le plus drôle, c’est qu’on ne lui pardonne pas d’avoir eu raison. Il fallait un sacré courage à l’époque, pour faire une telle prédication. Cela l’a racheté de bien des choses. Ce Monseigneur n’ayez pas peur ne sera jamais populaire.» Les évènements de la journée du 6 au 7 janvier 1991 furent tragiques. Certains immeubles de l’Eglise catholique furent saccagés : l’ancienne cathédrale incendiée, le nonce humilié, et l’archevêque de Port-au-Prince traqué. Suite au coup d’Etat du 29 septembre 1991, la conférence épiscopale, après voir désavoué publiquement l’embargo décrèté par l’O.E.A contre Haïti (Pitié pour Haïti), s’enferma dans un silence insolite, particulièrement pour les partisans du président renversé. En réponse aux critiques, un évêque ayant requis l’anonymat, se contenta de dire «Si le silence nous pèse, c’est que nous en avons tellement besoin! Contrairement à ce que l’on croit, le silence est le contraste du néant. Il est plénitude de vie, la partie des forts. C’est le plus grand luxe actuel. L’opinion publique doit comprendre que Dieu parle même quand il se tait. En fait, le prétendu dialogue qu’ils (les lavalasiens) réclament de nous, n’est qu’un monologue. Ce qu’ils exigent, c’est un alignement pur et simple de notre part, sur leur position. Lorsque certains prêtres des ‘’Ti legliz’’ se rendront compte de leur erreurs, l’orgueil les empêchera tout volte-face, et de rentrer dans les rangs. Les évêques doivent se résigner à souffrir !» La prise en charge, durant cette conjoncture, de la direction de la conférence des religieuses et des religieux d’Haïti (CHR), par des partisans de la théologie de la libération en 1994, en dépit de certains communiqués agressifs de cette association, n’arrive pas à faire sortir les autorités de l’église traditionnelle de leur mutisme. «Pas question dans nos messes de prier pour des évêques macoutes, fulmina en spiritain, ils paieront cher cette attitude !» Dans la même foulée, un curé fit cette sévère remontrance à ses sacristains «je vous avais dit, que je ne veux pas de bourgeois dans cette église !» -«Et pourtant, se dit en lui-même une charismatique, Dieu ne fait exception de personne ? Le salut est pour tous les hommes ! La parole humaine est chargée évangéliquement d’unir. Y a-t-il au ciel des places pour la rancune et la haine ? On nous a toujours appris, dans notre catéchisme, que nous devons chercher à unir, non sur le terrain du siècle ou du monde, mais celui du St-esprit! La véritable n’a point de préférence.» À l’intérieur même de certaines communautés religieuses, il y avait aussi de fortes tensions, l’atmosphère était devenu insupportable: On s’engueulait, ne se saluait plus, allait à l’office par groupes séparés. De plus, une station dominicaine, ayant accordé à l’église populaire certaines heures d’antennes, véhiculait cette chanson comme leitmotiv, dans ses émotion politiques: «Nou pare n’ap rele viv anbago !» Après le retour triomphal du père Jean Bertrand Aristide, par les forces américaines, le 15 septembre 1994, et son renoncement à ses vœux de célibat, une certaine détente semble s’établir entre els 2 camps. Le père Jean Marie Vincent fut assassiné durant l’été 1994, sans parler de la disparition plus tard d’autres figures du mouvement: Comme le père Jean Luis, les pères Antoine Adrien (dit Ti Pike), Max Dominique. «J’ai le cœur à gauche, et je mourrai avec mes convictions de gauche; mais je n’aime pas populisme. Ce sont deux choses différentes ! Ils ne faut pas confondre les genres», dit un intellectuel de belle-eau sur un ton désenchanté. Depuis le départ de Jean-Bertrand Aristide pour l’exil de 29 février 2004, l’église populaire semble être en panne de leadership. -Mieux vaut une bonne dictature, qu’une mauvaise démocratie !» pouffa de rire un ancien secrétaire d’Etat du Jean-Claudisme. -«Ta Gu…, répliqua un ex-exilé hors de lui une bonne dictature tu parles ! Au juste qu’est-ce que le progrès ? Vous les duvaliéristes, vous ne savez même pas épeler ce mot 26 ans d’anarchies, n’excusent pas 29 années de violation des droits de l’homme et de gestion calamiteuse du pays. Incapable d’activités productives et émancipatrices, vous avez berné notre peuple avec votre démagogie noiriste ! C’est à cause de vous, bande de jouisseurs, si on est là! Voilà en professionnel, nous avons tenu, à rapporter les faits objectivement sans prendre parti pour aucun camp. L’histoire jugera.






Référence (2e partie) 1- Liberté chrétienne et libération-instructions de la congrégation pour la doctrine de la foi par le cardinal Ratzinger Joseph I.S.B.N. : 2-204-02586-O/ édition : Du Cerf 2- Intégrisme et catholicisme intégral, par Poulat Émile ; Éditions Casterman 1969 3- Réinventer le visage de l’église, par Morino Guttierz Gustavo; Édition : Du cerf/collection : libération 4- Pour une église libératrice par Leonidas Proaño (Évêque de Rio Bamba) 5- Les pauvres Jésus et l’église par Gauthier Paul ; collection: Chrétienté Nouvelle ; I.S.B.N. B0000DV4D.F; édition Universitaire 6- Haïti Guerre civile et implication internationales (de 1986 à nos jours) ; Éditions : Complexe 2003 ; I.S.B.N 2870270279906P1327. 7- Le système interaméricain et les principes démocratiques: l’évolution de son engagement par Roget Rodriguees Maristelo I.S.B.N 2296095003 ; Éditions: L’Harmathan-Paris 2009 B) Revues 1) Chemins critiques Décembre 1992 2) Encyclopédie en ligne des massacres de masse. Liste chronologique des massacres commis en Haïti au 20e siècle par Belleau Phillipe Jeau.


Références : 1- Encyclopédie en lignes des violences de masse –14 décembre 2009. Liste chronologiques des massacre commis en Haïti au XXe siècle ; auteur : Philippe Jean. 2- Damming the flood Haiti, Aristide and the politics of containment, par Hallwood Peter; éditions: verso Books-I.S.B.N.184467-106-2 Londres 2007. 3- Liberté chrétienne et liberation instruction de la congrégation pour la doctrine de la foi. I.S.B.N 2-2-2-4-02586-0, par le cardinal Ratzinger Joseph. Édition: Du Cerf 4- Le système américain et les principes démocratiques, l’évolution de son engagement par Roget Rodriguez Maristella. Éditions: L’Harmathan I.S.B.N22960995003 Paris 2009 5- Dieu, j’ai vu la misère de mon peuple par Gibs Munoz Ronaldo; éditions: Du Cerf; collection: Libération 1990. 6- Les pauvres, Jésus et l’église par Gauthier Paul ; collection : Chrétienté Nouvelle I.S.B.N B0000DV4DF



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