10 romans haïtiens qu'il faut avoir lus dans sa vie

« Il faut lire ! », nous dit-on à tout bout de champ, comme une parole d’évangile. Mais on nous recommande rarement de bons livres ou de bons auteurs. Il y va de la survie de la littérature. Henry Miller, grand écrivain américain du XXe siècle, nous dit « ce qui rend vivant un livre est la recommandation passionnée qu’un lecteur en fait à un autre ». Voilà une liste de romans incontournables de la littérature haïtienne, écrits en français, à lire absolument, pour ceux qui se demandent par où commencer.

Publié le 2014-04-21 | Le Nouvelliste

Culture -

1- Compère général soleil, Jacques Stephen Alexis Un classique parmi les classiques. Une œuvre qui se contient. Hilarion Hilarius souffre, sans ironie, de « mal caduc ». Il vole. Tombe en prison. Et devient communiste. Une belle histoire d’amour entre Hilarion et Claire-Heureuse, écrite avec ce style merveilleusement réaliste qu’on reconnaît à Jacques Stephen Alexis. 2- Gouverneurs de la rosée, Jacques Roumain Voilà un roman incontournable. Impérissable. Chef-d’œuvre de la littérature mondiale, traduit en plus d’une vingtaine de langues et réédité régulièrement. Manuel, tel un messie, revient de Cuba réconcilier deux familles à Fonds-Rouge, divisées depuis plusieurs décennies. Si la source qu’il découvre est symbole de vie, elle sera également symbole de partage et de vivre-ensemble. Un roman paysan dont l’urbanisation de l’espace littéraire haïtien n’a su ternir la fraîcheur. 3- Les Rapaces, Marie Vieux-Chauvet Ne cherchez pas Marie Vieux-Chauvet là où vous l’attendez. Si sa trilogie « Amour, Colère et Folie » a pu faire scandale dès 1968, il n’en demeure pas moins que Les Rapaces, publié à titre posthume en 1986, soit un chef-d’œuvre remarquable. Petit livre d’une centaine de pages, Les Rapaces met en scène, dans une structure trilogique (qui est chère à l’auteure), les misérables, les pauvres gens des bas quartiers sous un régime totalitaire dont la première partie vient de se terminer avec la mort du « vieux tyran », François Duvalier. 4- Bamboola Bamboche, Jean-Claude Charles Personne ne vous dira le contraire, vous allez avoir du mal à finir ce livre. Non pas parce qu’il est difficile à lire, mais tellement fluide qu’on sent l’envie de le lire goutte par goutte, par petites gorgées. Un de ces livres qui laissent impuissante la critique littéraire. Un roman à la « chérie je t’aime et tu t’démerdes ». 5- Possédés de la pleine lune, Jean-Claude Fignolé Les « Jean-Claude » se suivent et se ressemblent, comme les « Jacques ». Jean-Claude Fignolé, sans doute le plus grand écrivain haïtien vivant aujourd’hui, est l’auteur de ce livre merveilleux, qui raconte l’histoire d’Agénor et son combat avec un poisson, mais aussi de tout le village des Abricots. Un roman difficile à lire, mais qui finit par emplir la tête de belles images. 6- Thérèse en mille morceaux, Lyonel Trouillot. Ceci est un excellent roman. Comme son auteur n’en fait plus. Lyonel Trouillot ne connaît certes pas d’histoires rocambolesques à la Gary Victor, mais il a l’avantage sur celui-ci qu’il sait écrire. Roman de la quête d’identité, du dédoublement et de toutes les beautés narratives, Thérèse en mille morceaux est un livre à lire d’une traite, sans pause-café. 7- Fado, Kettly Mars Voilà un roman qui ressemble au précédent dans la construction du personnage. Anaïse-Frida, femme divorcée le jour et putain audacieuse la nuit, passe sa vie entre son appartement, à coucher avec son ancien mari, et le bordel de Bony. Mais une chose les unit : la voix de la chanteuse portugaise Amalia Rodriguez. Un livre merveilleux. Sans doute le chef-d’œuvre de Kettly Mars. 8- La couleur de l’aube, Yanick Lahens La couleur de l’aube est un roman bouleversant. Diablement bien écrit. Yanick Lahens donne la parole à deux sœurs qui attendent leur frère Fignolé par temps d’assassinat et de zéro-tolérance. Deux filles-femmes qui s’appuient sur leur mère, leur « démanbré », et qui disent clairement « tant que mère est en vie, la fin du monde n’aura pas lieu ». 9- Le sexe mythique, Nadine Magloire Un livre sans poésie, certes. Immoral pour certains, franchement dérangeant pour d’autres. Nadine Magloire n’a jamais été bien reçue dans son pays. Mais ce roman a le mérite d’être le premier roman haïtien écrit par une femme qui soit allé aussi loin dans la description érotique. Une femme qui vit sa liberté, qui la chante et surtout qui dit son corps dans une saison de dictature prude et machiste au cours de laquelle les poètes parlent par signes et n’osent même pas « rire dans le noir ». Un petit roman de 86 pages qui ne nous laisse pas du tout froid. 10- L’énigme du retour, Dany Laferrière. Ce roman est un très beau livre. Mais ce n’est pas le chef-d’œuvre de la littérature haïtienne, malgré le Médicis de 2009. C’est un roman à-prendre-ou-à-laisser. Un livre qu’on lit en se demandant : « mais qu’est-ce qu’il raconte celui-là ? » et que finalement on découvre qu’on n’a pas besoin de grand-chose pour faire un chef-d’œuvre. Il suffit de sauter dans le premier vol qui emmène au pays natal et d'écrire dans son calepin tout ce qui bouge autour de soi.

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