Par Jean Abner Charles
Après lecture du magnifique article signé Jean-Robert Simonise, intitulé « Haïti : les racines du déclin » et paru dans Le Nouvelliste du lundi 30 et mardi 31 décembre 2013, je n’ai pu m’empêcher de formuler cette brûlante interrogation: Qu’est-ce que le grand voisin du Nord reproche au juste aux Haïtiens pour qu’il s’en prenne à eux et à leur pays de façon si brutale et violente ? Car quand un pays s’active à détruire toutes les capacités de production d’un autre, comme c’est le cas pour les États-Unis d’Amérique par rapport à Haïti, selon l’esprit du texte du professeur Simonise, il faut vraiment vouer à cet autre pays une haine implacable. Sinon, une haine viscérale.
En fait, nous connaissons tous la déclaration de Franklin D. Roosevelt alors qu’il était président des États-Unis. Le grand homme d’État n’a-t-il pas dit de sa plus belle voix, en parlant de la population d’Haïti, qu’ « il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens à chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s’entredéchirer… » ? En clair, attiser les passions politiques, créer les conditions objectives et subjectives pour que règne dans le pays une situation chronique d’instabilité politique. De manière à ce que rien ne puisse se construire dans ce « pays de nègres qui a conquis son indépendance par les armes », a ajouté le président. Un pays qui à la face du monde a osé dire non à l’exploitation, non à l’esclavage; et oui à la liberté, oui aux droits de l’homme.
Cela ne suffisait pas d’encourager, voire de financer les luttes fratricides en Haïti. Non, il fallait encore planifier et réaliser l’étranglement économique du pays. Pour que personne ne puisse éventuellement dire: la première République noire du monde a réussi après le « Vertières militaire » son « Vertières économique ».
Ce n’était pas fini. Il restait encore les forces armées d’Haïti qui gênaient peut-être. Les spécialistes sauront certainement dire en quoi. L’occasion pour la démobiliser ne manquera pas de se présenter à la faveur d’un coup d’État orchestré dans les laboratoires de hautes technologies. Comme l’armée est incontournable pour tenir au respect les « va-nu-pieds », on s’en était sûrement douté, d’où l’envoi des soldats de l’ONU. Indépendamment du poids financier pour le pays.
Quel crime Haïti a-t-elle donc pu commettre pour mériter la condamnation à la peine capitale ? Le crime d’Haïti, c’est d’avoir produit trop d’enfants qui ne l’aiment que des lèvres, mais leur cœur reste attaché uniquement à leurs seuls intérêts. Il est clair que c’est pour défendre ces intérêts de chapelle que la plupart ont accepté de se prêter au jeu malsain et macabre de l’oncle. Qu’il s’agisse de la démobilisation de l’armée, de la destruction de nos moyens de production et de tout le reste.
Ainsi que je l’ai indiqué dans d’autres textes que Le Nouvelliste a bien voulu publier sous ma signature, dont « Tous ensemble contre le choléra, La deuxième voie de la liberté, Silence etc. », il n’y a aucun projet de renaissance, de décollage d’Haïti qui tienne s’il ne passe par un sursaut de l’âme haïtienne, un éveil de la conscience individuelle des nationaux, un véritable retour aux sources.
Mais, force est de le reconnaître, il n’y a pas de charge plus lourde à porter que celle d’un énorme ego. Qui acceptera, en effet, de faire le pas décisif vers la rencontre de l’autre pour saisir la main tendue ? Sans soupçonner qu’un piège est caché derrière ? Qui donc choisira de renoncer à voir le mal partout pour apprécier et encourager ce qui se fait de positif autour de lui ?
Le professeur Simonise a bien raison. Il importe que nous investissions notre temps autrement. Non pas, dit-il, dans des débats superficiels, mais dans des « cercles de réflexions et d’actions aux fins d’avancer ensemble ». En misant, cela va sans dire, sur nos potentiels réels. Puisque le grand oncle, et avec lui probablement tout le monde qui se dit notre ami, n’a pas l’air d’être en mode je t’aime avec nous, comme dirait l’équipe de Magic 9.
Il suffit de constater combien Mandela a été célébré, comme il le méritait d’ailleurs. Parce qu’il a combattu l’apartheid, le système du racisme dans son pays, et l’a vaincu. Mais la lutte de Mandela a-t-elle plus de valeur que celle de Toussaint Louverture qui, lui, a péri presque assassiné dans un cachot? Le monde se souviendra encore longtemps du combat de Martin Luther King contre la discrimination raciale. Mais qui parle de celui que Jean-Jacques Dessalines a mené en faveur de la réhabilitation de ses congénères ? En tout cas, pas le Noir qui a accédé à la présidence dans un pays de Blancs où le préjugé de couleur avait été la règle.
Il n’en faudrait pas davantage pour porter les uns et les autres à se ressaisir pour mieux saisir les réalités qu’il est donné à notre communauté d’affronter. C’est que nos divisions font le bonheur de nos amis. Mais il paraît que nous pourrions faire peur pour de vrai si nous arrivions à nous unir. Alors, de mon point de vue, le défi de tous les défis que nous lance l’esprit de Caonabo, de Boukman et des pères fondateurs de la patrie, c’est de nous mettre ensemble. Et faire mentir tous ceux qui ont juré notre perte.
Nous l’avons déjà fait dans le passé. Uniquement, parce qu’à ce moment-là l’adversaire était clairement identifiable. Aujourd’hui, c’est pareil. Nous savons désormais comment et par les soins de qui nous sommes au fond du précipice. En dehors de nous cependant, personne ne peut nous empêcher de nous élever à la hauteur de notre devise « L’union fait la force », personne ne peut nous empêcher d’abonder dans le sens d’un dialogue franc et sincère en criant d’une seule voix : unité ou la mort ! Et cela, pour nous en sortir.
Ensemble, ainsi que Martin Luther King le disait: «nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots».
Au nom de tous les miens
Par Jean Abner Charles Après lecture du magnifique article signé Jean-Robert Simonise, intitulé « Haïti : les racines du déclin » et paru dans Le Nouvelliste du lundi 30 et mardi 31 décembre 2013, je n’ai pu m’empêcher de formuler cette brûlante interrogation: Qu’est-ce que le grand voisin du Nord reproche au juste aux Haïtiens pour qu’il s’en prenne à eux et à leur pays de façon si brutale et violente ? Car quand un pays s’active à détruire toutes les capacités de production d’un autre, comme c’est le cas pour les États-Unis d’Amérique par rapport à Haïti, selon l’esprit du texte du professeur Simonise, il faut vraiment vouer à cet autre pays une haine implacable.
Par Jean Abner Charles
Professeur d’Histoire Moderne et Contemporaine
Email : jeanabnercharles@yahoo.fr
11 févr. 2014 — Lecture : 5 min.