Conjoncture

Le bon ton d’une visite

Publié le 2014-02-05 | Le Nouvelliste

National -

Le président Michel Martelly est à Washington. C’est dans la presse. Dans les rues de la ville tout le monde peut voir passer son cortège. Un modeste cortège de trois véhicules escortés par deux voitures de police. Une en éclaireur, l’autre fermant le ban. Dans la capitale américaine, l’importance des cortèges ne se mesure pas au nombre de voitures qui s’étirent dans les rues embouteillées, mais aux adresses où ils s’arrêtent sirènes hurlantes. Pas de doute, Michel Martelly et son cortège sont importants. Ils ont des rendez-vous en des adresses prestigieuses, hautement sécurisées. Les journalistes qui accompagnent le président dans son périple aux Etats-Unis ne voient pas grand-chose de ses arrivées ni de ses départs. Les journalistes arrivent avant lui et ne laissent pas les lieux en même temps que le président d’Haïti. Tout est chronométré, calculé pour que les mises en place soient pile poil dans la bonne synchronisation. L’heure c’est l’heure à Washington plus qu’ailleurs. Quand il y a petit déjeuner, le temps imparti pour les prises de photo et les deux mots de politesse permettent de constater que les assiettes sont légères, les french toast minces, les fruits coupés au laser. Ici on ne prend pas les repas pour marger, mais pour parler. Et toute occasion est bonne pour prendre prétexte d’annoncer un lunch. Le symbolisme de chaque visite est aussi significatif. Quand le secrétaire d’Etat John Kerry se présente devant la presse avec son hôte, le Treaty room paraît riquiqui, mais au mur les portraits à l’huile des prédécesseurs de Kerry: Thomas Jefferson, Georges Schultz, Henry Kissinger, James Baker, Collin Powell, James Madison, rappellent qu’ici on écrit l’histoire. D’ailleurs, toute une collection d’ouvrages encastrés dans la bibliothèque du lieu ne sert pas que d’élément de décor. C’est l’histoire du monde et tout le poids qu’y mettent les Etats-Unis sur la plume qui en forge le trait qui accueille Michel Martelly au Département d’Etat. Chaque pas dans les interminables couloirs des institutions américaines rappelle que le travail se cache derrière les portes fermées où d’invisibles fonctionnaires ont pour tâche d’ausculter le monde et Haïti. Haïti est dans les murs de Washington, son président presse des mains, distribue des sourires, prodigue, dans une pose étudiée, l’assurance et l’énergie d’un leader venu présenter une autre image de son pays. Michel Martelly, dans ce qu’il a rapporté aux journalistes de sa première journée de visites et de rencontres, n’est pas venu formuler des demandes. Il parle à des partenaires d’Haïti. A des alliés de son gouvernement. On a parlé des élections et de Caracol sans âpreté. Pour trouver des solutions ou écouter des points de vue constructifs. Sa rencontre avec le président Barack Obama de ce jeudi, il la présente comme une visite de courtoisie envers un grand ami d’Haïti. Il n’y a pas de sujets urgents sur le tapis, a-t-il dit vingt-quatre heures avant son rendez-vous avec le président des Etats-Unis. A Washington, les choses sérieuses se discutent portes fermées et chaque partie en rapporte sa propre version. Il y a des sources, des gorges profondes, des ballons d’essai et des décisions qui sont prises dont les conséquences mêmes connues ne laissent pas de trace. Que se dit-il ? Que se dira-t-il ? Qu’en sera-t-il ? Les bureaux insonorisés, la sirène du cortège rendent tout inaudible à la presse pour l’instant. A Washington, les choses sérieuses ne se résolvent pas sur la place publique ni dans le tumulte. Tout est feutré, mais lourd d’importance.

Frantz Duval Auteur
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