Le jazz, une musique élitiste?

La scène Digicel de la 8e édition de PAP Jazz offrait un magnifique show vendredi soir sur la place Boyer, superbement rénovée, à Pétion-Ville. Il n'y a pas à redire, ce festival international a fait "ciel" comble pour son dernier concert gratuit de la série. Et on pouvait compter littéralement sur les doigts de la main le nombre de "moun lelit ak blan", le cliché immuable, qui avaient investi l'espace.

Publié le 2014-01-27 | Le Nouvelliste

Culture -

Ceux qu'on place généralement dans la catégorie de petites gens remplissaient a ras bord les gradins du terrain de basket du célèbre lieu commun de la cité de Pétion. Il était environ 5 h quand les gens ont commencé à s'installer. Étudiants, amoureux, expatriés, organisateurs, médias et connaisseurs formaient avec les détaillants, badauds et enfants des rues une belle bande hétéroclite et tout aussi éclectique. Le spectacle n'a commencé finalement, au lieu de 6 h, qu'à 6 h 30. La foule est pourtant restée là, stoïque, à attendre que tout soit lancé... faisant de l'auto-animation quand elle s'ennuyait un peu. Lorsque Luckner Garraud de Télé Métropole ouvrit le show, il était temps. Le rituel des remerciements aux sponsors et partenaires a dû être subi avant que les choses sérieuses ne débutent enfin. Le groupe Bwakoré de la Martinique, le premier à entrer en scène, gratifia son auditoire d'une magnifique performance. Son jazz très rythmé, avec par moments des consonances rara, rallia tout ce beau monde sans trop de mal. Le public n'avait nul besoin d’être constitué de fins connaisseurs ni de spécialistes pour apprécier ce que Bwakoré servait. Les huit morceaux joués ont tous reçu, sans exception, des salves d’applaudissements à la fin de leur exécution. En outre, plus les heures passaient, plus les gens arrivaient. Vers 7 h 30, ils formaient déjà un groupe compact autour de la scène. Bwakoré venait de laisser la place au rara Follow Jah de Pétion-Ville qui allait tenter une chose jusque là inexpérimentée au festival. Les vaccines, les tambours, les caisses et les tambourins se sont fait accompagner du saxophone de l'Allemand Paul Austerlitz. Le rara tel qu'on le connaît a été quelque peu dénaturé, mais l'idée était assez innovatrice. Soul Rebels de la Nouvelle Orléans qui, jeudi encore, tenait un atelier à l’École nationale des arts, présentait la dernière prestation de la soirée. Cette avant-clôture du festival de jazz a été plus qu’intéressante. Il n'est par ailleurs pas nécessaire de revenir sur la quantité de personnes qui y ont assisté jusqu’à la fin. On aurait pu mettre cette affluence au compte de la gratuité de l'événement. Cela correspondrait en tout point au mythe qui veut que l'Haïtien ne rate jamais ce qui est donné généreusement, sans rien en échange... Mais quand une foule reprend en chœur le refrain du groupe qui laisse le podium, l'ovationne et rit avec ses musiciens, à l'avenue Christophe comme à Pétion-Ville pendant une semaine, cela prouve amplement qu'elle a apprécié. Quand bien même il s'agit de jazz.

Réagir à cet article