La scène Barbancourt en fête et en bref

Publié le 2014-01-22 | Le Nouvelliste

Culture -

Par Roland Léonard Comme c'est le cas depuis tantôt trois ans, c’est le site le plus sympathique, le plus enthousiasmant. C’est un public chaleureux, pas du tout guindé. Bien sûr, c’est gratuit ; mais un mystérieux fluide fait d’euphorie communicative, de sympathie, de solidarité spontanée circule dans l’assistance. Pas beaucoup de snobs, davantage de curieux avides de découverte et de savoir. Condensé succint des manifestations des 20 et 21 janvier 2014. Lundi 20 janvier Après les politesses et les présentations d’usage, on passe rapidement à l’action - Premièrement, un gros morceau, Jochen Ruckert, ce batteur germano-américain au sein de son quartette et de ses compagnons : un saxophoniste ténor ; une guitare amplifiée à une hauteur respectable et imposante, un contrebassiste. - Les compositions et interprétations du groupe par leur modernité d’avant-garde auraient plu à un Gérald Merceron s’il était vivant ; les thèmes tout autant que les improvisations sont des mélodies à intervalles non-chantants, tendus altérés et chromatiques. On est fort tenté d’évoquer l’atonalité. Le rendement général est agréablement vaporeux, abstrait et cérébral, contrastant fort heureusement avec l’alacrité des rythmes à temps ternaires, aux tempos légers. C’est un jazz intellectuel mais pas du tout agressif, tolerable. Jochen Ruckert s’adressant en français au public ne manque pas d’humour. - Daniel Schenker, le trompettiste suisse, nous a de nouveau enchantés par le même répertoire de son concert de la veille, à El Rancho. On a pu mieux apprécier ce grand musicien et ses amis. Sérénité, pondération - Julie Michels a brillé dans une meilleure prestation que celle du Parc historique. On pourrait en dire autant de son saxophoniste Don Braden qui a décuplé son jeu de «pyrotechnicien» musical. Julie Michels a ajouté à son programme « Donna Lee» de Charlie Parker, célèbre composition « Bop» sur tempo acrobatique et casse-cou. Elle l’a exposée et développée par un «scat » fou. Elle n’a pas non plus oublié «Ain’t no sunshine», de Bill Waters. Mardi 21 janvier Nous arrivons sur les lieux, juste à temps pour écouter la fin de la présentation du représentant de l’ambassade belge. Sur la scène, un trio classique : piano électrique, contrebasse et batterie. Pascal Mohy est au clavier – Pendant une heure et plus, ce trio nous distille un jazz traditionnel où les standards connus et inconnus côtoient quelques compositions du groupe. Sonny Rollins et Bobby Timmons sont des passages obligés comme Charlie Parker ou Georges Gershwin ; «Joujou ou jojo», « Lover man», « Fooling myself», « Hallucinations» de Bud Powell, un calypso de Charlie Parker faisant allusion à quelque chose de suédois, nous ont édifiés sur le grand talent des musiciens Pascal Mohy (p), Antoine Théard (Dr) et Antonio Laroca, le contrebassiste extraverti et dominant. Swing, «Bop up tempo», ballade 4/4, valse à 6/8, un rhytm and blues sont passés au crible et en revue avec d’excellentes improvisations. - Le prix du culot et de l’audace est attribué à James Germain. Ce maître en chant, non spécialisé en jazz, s’est obligé quand même à s’en rapprocher par de la bossa-nova avec des mélodies de son crû sur des textes de James Noël. « mwen renmen’w», « Defile», « Complainte paysanne» de Raoul Guillaume en version brésilienne. Assuré de sa grande et belle voix à la tessiture impressionnante, à l’aise au grave comme au suraigu, il a tantôt donné une coloration « soul» à ses interprétations, tantôt une couleur élégiaque, plaintive. James Germain a aussi chanté un ou deux airs folkloriques de son répertoire : « Lenglen sou basen san’m», « Mèsi Bon Dye», « Wongol-o wa montre’m». Avec intrépidité, il s’est même aventuré dans du «scat» et du «gospel» sur rythme de R’N’B (« Fly away»). James Germain était accompagne par : Marco Pesada à la guitare électro-acoustique, Jaël Auguste à la contrebasse, Marc-Harold Pierre aux congas et aux percussions. On pense aux bons arrangements et belles harmonies de Pesada, aux commentaires à l’archet de J. Auguste, aux bonnes ponctuations de Marc-Harold Pierre. Pari tenu, pari gagné par James Germain – Non mais… Quel culot ! Quelle intelligence ! Une grande voix, liée à un don de mimétisme certain, permet de tout faire. Angel Para Trio Fidèles à leur réputation, les Chiliens n’ont pas déçu dans la formule préférée de Jimmy Smith et de West Montgomery : Orgue, guitare, batterie. Angel Para, le leader, est un guitariste qui exécute tout aussi bien à la guitare-rock qu’à la guitare jazz du genre « Gibson» ou « Les Paul». Swing, rhythm and blues, rock, musique chilienne folklorique n’ont pas de secret pour lui et ses compagnons. On pense à l’excellent « More better blues » de Spike Lee. Une bonne chanteuse nous a charmé en espagnol comme en anglais. Le public a fait une apothéose à Angel Para et son trio, sans compter sa vocaliste. Il ne manquait plus que des feux d’artifice. Le spectacle le plus chaleureux de la soirée.

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