Festival international de jazz de Port-au-Prince

Quand le jazz se mêle au rara

Publié le 2014-01-22 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

Trois artistes internationaux se sont produits sur la scène Barbancourt à Fokal (Fondation connaissance et liberté), chacun dans leur style qui avoisine les tendances héritées du blues (musique populaire américaine), rendu complexe et savant grâce aux efforts louables de l’Occident pour le codifier et lui donner un élan théorique. Un jazz réapproprié, jugé trop élitiste, du moins, au regard de certains critiques, un genre appartenu à un vaste terrain de sensibilités. Mais revenons au programme de la soirée du lundi 20 janvier : Jochen Rückert, Daniel Schenker et Julie Michels ont épaté l’auditoire. Follow Jah, convivial, a semé l’amusement avec sa dose de rara bien épicé, vibrant et entraînant. Un public conquis à son compte, constitué en majorité d’étudiants, de jeunes, manifestant un intérêt particulier pour le jazz et les rythmes traditionnels de chez nous. 6h p.m. environ. La scène de Fokal s’ouvre sur la performance du batteur américain d’origine allemande Jocken Rückert. Un peu intellectuel, chromatique et quasi atonal, cérébral mais agréable et rythmé. Il se démarque par son côté très élaboré et savant, avec un goût pour les mélodies altérées et non chantantes. Accompagné de Jeamus Blave (saxophone), de Lage Lund (guitare), de Johannes Weidenmeuller (contrebasse), Jocken a interprété quatre titres dont trois (« The itch », « Poetty por favor » et « Bess ») seront gravés sur son prochain album et le dernier, « Sheryl », pièce du saxophoniste alto américain Charlie Parker. Un entracte bien assumé avec la bande à pied Follow Jah. Bambou, tambour résonnent nos rythmes dans le cœur, dans l’âme, aiguisant ainsi notre sentiment d’appartenance à ce coin de terre d’une richesse artistique incroyable, quoiqu’inexplorée. La bande rappelle, une fois de plus, à l’assistance qu’on vit l’heure du dialogue, de l’échange et de la pluralité. Daniel Schenker, avec son jazz très frais, fluide et un peu léger dans la sonorité, a encore gratifié le public d’un beau spectacle. Attention : ce n’est pas de la bossa-nova épousée, mais de la musique populaire brésilienne que le trompettiste suisse dit avoir découvert pendant son passage au Brésil, au contact de talentueux musiciens. Quelques titres exécutés, embellis de quelques bons solos du trompettiste et du pianiste: « Rua Caxundé », « K L Blue », « Nordost », « Moon Palace » et « Jardim Botânico » (titre de son nouvel album), des morceaux que le quartet, constitué de Stefan Aeby (piano), de Dominique Girod (basse), d’Elmar Frey (batterie), a interprétés. En clôture de cette soirée très chaude et animée, Julie Michels. Voix agréable, présence scénique remarquable, chanteuse bouleversante de sensibilité: la Canadienne nous plonge sans ambages dans un univers baigné de soul, de gospel, de R' N’ B dont le goût très raffiné justifie son originalité et son approche du jazz. Sa voix, se mêlant aux solos mélodieux du saxophoniste et flutiste Don Braden, s’est distinguée par ses embellissements, ses mélismes qu’émet son timbre à la fois beau, chaud et sublime. La composition « All blues » signée Milles Davis est revisitée par Julie et ses accompagnateurs, les mêmes que ceux de la prestation du samedi 18 janvier: Jhon Bern Thomas (batterie), Don Braden (saxophone), David Restivo (piano) et Richard Barbot (basse). Les autres morceaux sont tirés de son projet d’album coréalisé avec le saxophoniste: « Come together », « Nature boy », « Valerie’s tune » et le très célèbre « Ain’t no sunshine when she’s gone » de Bill Withers qu’elle a repris en mode gospel. La qualité textuelle fait bon ménage avec sa sonorité : « Sky Lark » (paroles : Johnny Mercer et la musique de Hoagy Carmichael) en est une preuve suffisante. Mardi 21 janvier. À l’affiche, le trio Pascal Mohy. Avec une orchestration simple constituée d’un contre-bassiste, d’un batteur et d’un piano, il a réussi un bel jeu de complicité et d’ensemble en exécutant des notes mélodiques, sans trop grandes tensions, avec un groove plutôt soutenu dans ses pièces émises. Entre la musique classique et le style « boogie woogue » (musique américaine), entre Bill Evens, Keith Jarrett, Milles Davis, Charlie Parker et Brard Melhda, ses infleunces sont grandissantes. Pause rara avec Follow Jah, toujours égal à lui-même, offrant une ambiance carnavalesque au public. James Germain s’est révélé, pour sa part, un grand vocaliste avec ses techniques et maîtrises incroyables. Revisitant des standards de la musique traditionnelle haitienne comme par exemple « Mèsi Bondye » et « Wangolo » et « Complainte paysanne », il s’est fait remarquer par sa puissance vocale, son lyrisme empreint d’une sensibilité et d’une émotion débordante. Sa voix tendant vers l’aigu s’est fait aider dans l’interprétation de ses titres par le guitariste accompagnateur, le contre-bassiste, le tambourineur et le batteur. Angel Parra Trio, avec quelques morceaux (dont une balade) tirés du répertoire de la musique chilienne folklorique, a mis fin à cette soirée très appréciée par l’assistance. After Hours. Darline Desca, dans deux sets animés avec les musiciens qui l’accompagnent sur la scène du Yanvalou Bar (Avenue N, Pacot), a gagné l’attention des spectateurs.

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