Sandra Nkaké bientôt dans nos murs

Sandra Nkaké, compositrice et chanteuse. Tête d’affiche de la huitième édition du Festival international de jazz de Port-au-Prince. Elle sera, sur la scène Prestige, à l’ouverture officielle le 18 janvier. Entretien avec la chanteuse française d’origine camerounaise.

Publié le 2014-01-16 | Le Nouvelliste

Culture -

Le Nouvelliste.- Bonjour Sandra, comment est née votre passion pour le jazz ? Sandra Nkake.- La musique est dans ma vie avant même ma naissance. Ma mère écoutait beaucoup de musique et ce, très variées : ça allait de Chopin, Debussy, à Miriam Makeba, Ebwa Lotin, Bob Marley, Nina Simone et Tom Waits… Et mon grand père, qui m’a en partie élevée, était danseur dans le ballet national du Cameroun. Donc, la musique était partout. Je ne pensais pas que je deviendrais musicienne, chanteuse ou même actrice. Mais les hasards de la vie m’ont poussé à aller vers ce qui me faisait le plus vibrer. Raconter des histoires, donner un point de vue sur le monde à travers des mots et des mélodies, c’est ça qui m’a fait et qui me fait encore vibrer. Le jazz ! Parce qu’il est synonyme d’expérimentation, d’exploration, d’expression brute de soi, de poésie L.N.- Vous avez également un goût très prononcé pour le rock et la pop. Vos compositions sont très mélangées, se signalant par ce côté fusion. Pourquoi ce choix ? S.N.- Je choisis de parler de personnages qui se battent pour défendre des idéaux de société où l’on peut vivre ensemble, où on laisse la part à l’expression. Mes personnages sont comme nous dans la vie, ils sont traversés par des doutes quant aux bons choix à faire. Les chansons sont comme leurs humeurs et leur état d’esprit. Une chanson est parfois un instant dans la vie de quelqu’un. Nous ne sommes pas uniformes ni monochromes ! Ce sont les couleurs de la vie qui engendrent les mélodies. L.N.-Quels sont les voix et compositeurs de jazz qui vous ont influencée ? S.N.- Ceux qui m’inspirent et me donnent foi en l’humain, ce sont des personnes qui font les choses à fond, qui vivent pleinement ! Je dirais Nina Simone, Leonard Cohen, Joni Mitchel et Meshell N’Dege Ocello L.N.- Comment votre style est-il reçu en France, milieu qui a largement favorisé votre succès ? S.N.- Nous avons la chance d’avoir un public d’une diversité incroyable et de plus en plus nombreux. Ce que l’on nous renvoie, c’est que notre musique et la manière dont nous l’exprimons fait du bien ! Si je fais du bien aux autres, alors je me dis que j’ai bien « travaillé ». L.N.- Parlez-nous un peu du type de formation, de la formule orchestrale et instrumentale qui vous accompagnera sur scène ? S.N.- Nous sommes 8. 6 sur scène : Thibaut Brandalise à la batterie, Kenny Ruby à la basse, Armel Dupas aux claviers, Mathieu Ouaki à la guitare, Jî Drû à la flûte traversière (avec qui j’ai écrit, composé et produit l’album Nothing For Granted) et moi-même ! Par ailleurs, nous chantons tous. Et 2 hors scènes : Aman le Dem au son et Julien Dufour à la lumière. Et c’est toujours un plaisir nouveau de jouer ensemble après presque deux ans de tournée. Mais en vérité, nous sommes plus nombreux, si on compte l’équipe qui nous fait tourner, c'est-à-dire qui nous trouve des concerts, En Même Temps et aussi notre label Jazz Village. Car, pour qu’un groupe existe, il faut la musique, la foi en ce qu’on fait et une équipe soudée ! L.N.- Vous êtes la « Révélation de l’année » aux victoires du jazz en 2012. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? S.N.- Une victoire du jazz ! Et bien c’est surtout un signe qu’on a raison de fonctionner de manière collective. Ce n’est pas ma victoire, mais celle de tous les artistes indépendants qui se battent de par le monde pour faire entendre leurs idées et leur musique. Et puis, pour nos proches, c’est une fierté. LN.- Deux albums à votre actif : « Mansaadi » (2008) et « Nothing for Granted » (2012). Comment ont-ils été accueillis dans le milieu jazz en France ? S.N.- Je ne le sais pas. Ce que je sais, c’est que notre public est de plus en plus nombreux et que nous jouons avec plaisir et passion. C’est tout ce qui compte. J’ai la chance de faire de la musique avec des amis et j’espère que ça durera. Je ne fonctionne pas par catégorie; donc jazz, pop, rock, classique. Pour moi c’est pareil. Ce qui compte ce n’est pas le style mais la communauté d’esprit, de valeurs. L.N.- Qu’est-ce cela représente pour vous d’ouvrir officiellement la huitième édition du festival ? S.N.- Jouer dans la première République noire…210 ans déjà ! Quelle fierté ! J’ai une pensée émue pour une amie conteuse Mimi Barthélémy que m’avait présentée une amie commune Praline Gay-Para. Elles m’ont fait découvrir, il y a 15 ans, une chanteuse extraordinaire, Toto Bissainthe ! Sa voix me fait pleurer ! Lamizè pa dous ! Je suis heureuse d’avoir la chance de venir en Haiti pour faire un pont dans mon histoire de femme, de femme nègre, de femme du monde. Quelle chance !

Réagir à cet article