Lionel Loueke, un style métissé

Tissant des liens entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, son parcours se ressent dans son jeu, riche de ses expériences, de son enfance au Bénin et du dialogue installé avec ses références jazzistiques. Le métissage justifie même son identité.

Publié le 2014-01-16 | Le Nouvelliste

Culture -

« Doux virtuose » salué par la critique américaine, Lionel Loueke est guitariste. « […] Mon frère aîné jouait de la guitare à Cotonou. Et c’est ainsi qu’elle s’est imposée à moi puisque je l’avais sous les yeux à la maison. […] J’ai pratiquement joué des percussions toute ma vie, mais je souhaitais m’atteler à quelque chose de différent », confie l’artiste. Il privilégie un jazz qu’on dirait contemporain et cosmopolite, un jazz aux teintes africaines et aux accents rock, « un jazz empreint des rythmes traditionnels et africains ». De fructueuses collaborations avec des pointures comme Herbie Hancock, Wayne Shorter ou Térence Blanchard. Il s’est produit aux côtés de ces monstres du jazz actuel. « C'est avant tout un énorme honneur pour moi que de pouvoir collaborer avec des personnes d'aussi grand talent. Ils m'ont chacun tellement apporté musicalement et plus encore. Pour parler de Herbie Hancock, avec qui j'ai la chance de produire depuis une dizaine d'années maintenant; chaque tournée m'enrichit un peu plus musicalement et j'ai beaucoup de plaisir à échanger sur scène avec lui. Rencontrer ces musiciens a, en effet, été un tremplin ». Il a étudié au Berklee College of Music (Boston) et au Thelonious Monk Institute de Los Angeles. Des années d’études consacrées à l’apprentissage et à la maîtrise du jazz, jusqu’à définir son propre style. Appréciez son commentaire en ces propos : « Mes études ont fait évoluer mon oreille musicale et très certainement mes choix musicaux. J'ai su néanmoins très tôt que je voulais jouer du jazz ». Ses influences jazzistiques sont légion. Il cite Joe Pass, West Montgomery, Tal Farlow et Barney Kessel, classés meilleurs guitaristes de jazz parmi les Kenny Burrell et Carlos Antonio Jobim. Pour ce virtuose, les rapports du jazz avec les autres tendances de la musique populaire actuelle (pop, rock, chanson et rap) s’expliquent par le côté mélange et influence. Il croit que, très tôt, le jazz a su se marier pleinement avec d'autres styles musicaux. « Il n'y a qu'à prendre pour référence Herbie Hancock, dit-il. Ecoutez par exemple le morceau Rockit, (issu de l'album Future Shock sorti en 1983 et produit par Columbia Records). Son influence sur le hip hop d'aujourd'hui est incontestable, selon lui. « Et plus récemment Robert Glasper, avec qui j'ai coproduit mon dernier album ''Heritage'', a su formidablement mêler le jazz au R’nB ainsi qu'au rap », soutient-il. Etre invité à se produire au seul grand festival de jazz d’Haïti, PAP Jazz (8e édition), est un honneur pour Lionel Loueke. « Ce sera une première à Haïti. Être en tête d’affiche est pour moi un plaisir supplémentaire, puisque je viens moi-même du Bénin ». Allez découvrir et applaudir un Lionel de qualité, qui saura, espère-t-on, nous apprendre une fois de plus, que le jazz est ce qui laisse place à l’improvisation, à la liberté et à la beauté. Le 20 janvier, cet africain de l'ouest animera pendant une heure à Fokal un atelier sur le jazz, à l’intention des jeunes musiciens qui souhaiteraient devenir professionnels, et qui ont développé un intérêt pour le jazz en particulier. Il ne prévoit aucune thématique à aborder. L’orientation de l’atelier dépendra de l’intervention et de la préoccupation des jeunes en matière musicale.

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