Samedi 22 novembre 2014





NATIONAL

Champ de Mars: au secours!

Le Nouvelliste | Publié le : 15 janvier 2014

Il est 9h 30. Champs de Mars. Une journée ensoleillée s'annonce pour ce mercredi 15 janvier. C'est la grande foule de tous les jours qui se masse. Assis ou debout, les gens ont chacun leur besogne. Entre la voix des marchands ambulants et celle des ivrognes impénitents, il y a les cris, les éclats de rire et les blasphèmes d'un groupe d'élèves en uniforme ou en civil. L'atmosphère est bruyante dans tous les recoins. Que font-ils à cette heure ? C’est la question que se pose plus d’un. Ils doivent être à l'école? Un vieux, marchand d'alcool et de cigarette, s'en plaint. «Kot avni peyi sa ye?» Tout en admettant que ces écoliers lui permettent de gagner un peu d'argent. A l'arrivée d'un marchand de crème de maïs; l'euphorie est à son comble. Ça prend une autre tournure. On entend crier cette marée humaine. Au son d’un « rabòday » bien mixé, les élèves, pour la plupart éméchés, font retentir leur voix dans des slogans grossiers. Des sujets de conversation aussi oiseux qu’indécents suscitent la répugnance des pères et des mères témoins de cette débauche. Le Champ de Mars ne cesse d’être ce repaire démentiel où les écoliers prennent refuge, échappent au pain de l'instruction tout en se livrant en aveugle au dévergondage. Dans les parages, un homme calme, parcourt un livre moisi. Il a l’air d’être contrarié dans sa lecture. Il est comme contraint de refermer son beau roman ( Gouverneurs de la rosée ). Allumant une cigarette, il cherche un autre refuge. De loin, un autre groupe attire l’attention de tous. Encore des écoliers qui se bousculent pour gagner de l'argent. Des paris de jonglerie, des luttes et des jeux questions / réponses. Tous des élèves, des dissolus : jeunes filles choquantes dans leur tenue, laissant entrevoir leur poitrine ; jeunes garçons en chemisette, se vantant d'être «players» ou bandits en herbe. L'odeur de la cigarette et de l’alcool (kleren blan/bwa kochon/lyann bande) se répand partout... Un trop plein de mauvais goût. Un peu de tout se passe ici. Un homme s’amène. Le visage creusé de longs plis, peine à garder son calme. Il est sur les nerfs: « On vient de me piquer mon portable ». Qui alors ? « Ils étaient au nombre de cinq, si je me rappelle, et étaient tous des élèves de lycée…», poursuit-il tout en jurant de se venger. Comment? On l'ignore. Et pour répéter ce grand barbu, un habitué de l’aire du Champ de Mars déja grisé après quelques rasades d’alcool, mais le ton vétilleux: « Ce qu’on voit ici, c’est la marque d’une inacceptable déliquescence morale... » Tout le monde en a marre, à ce qu'il paraît. «Même les ivrognes et les timbrés comme celui-ci s'en plaignent, tu dois imaginer à quel point c'est alarmant», déclare pour sa part une marchande de «pistaches», mère de quatre enfants.








AUTEUR
Lord Edwin Byron
lordbyron@lenouvelliste.com




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