Haïti de demain : pour l’inclusion des personnes handicapées

Publié le 2013-12-12 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Par Benjamin Noël La problématique des personnes handicapées en Haïti ne représente pas du tout pour beaucoup de gens un problème important ou quelque chose à considérer en vue des solutions structurelles et rigoureuses qui doivent être imposées pour arriver à un équilibre social dont le pays tout entier a besoin pour maintenir inévitablement son existence. Partout dans le pays et dans presque dans tous les médias, des sujets de la politique et rien que de la politique deviennent le thème central des débats quotidiens. En aucune façon, la politique ne doit ou ne devrait constituer le tout si l’on espère tous voir une société prospère à travers laquelle toutes les structures sociales et urbaines sont en place. L’économie, la santé, la culture, le civisme et l’urbanisation doivent être aussi discutés. Fonctionnant malheureusement avec plusieurs contradictions, la société haïtienne, n‘arrivera, dirait-on, jamais à comprendre qu’avoir un handicap ne change rien en ce qui a trait au droit et au devoir d’une personne handicapée et surtout à sa capacité intellectuelle d’agir et de servir son pays. D’ailleurs, qui aujourd’hui n’a pas un handicap quelconque? Un handicap peut être visible ou invisible, soit intérieurement consenti. Ce n’est pas du tout facile de suivre à la radio ou à la télé, sauf dans quelques rares exceptions, des émissions à caractères sociaux tenant compte de la situation des personnes handicapées, lesquelles pourraient bien être utiles au développement d’Haïti. C’est un facteur que les médias du pays doivent considérer. Ainsi, l’on se demande si la majorité des gens qui quotidiennement dénoncent, provoquent, attaquent, et condamnent un plan sectoriel ou national ont tout à fait raison? Mieux, nous sommes en train d’imaginer comment ils pourraient enfin faire d’autres choses de plus constructives pour aider Haïti, ce pays qu’ils prétendent tous défendre. Et il est certain que tout le monde sans exclusion pourrait mieux contribuer au développement du pays. Donc, cela nous réfère à un intervenant d’une émission de radio parlant d’inclusion, questionnant la capacité intellectuelle d’une personne handicapée de diriger ou à entreprendre quelque chose de positif. C’est drôle et regrettable pour la plupart des gens qui parlent et se présentent tous comme des patriotes avec des prétentions de tout savoir, pourtant ils ne luttent pas pour une société juste et inclusive mais pour défendre des intérêts particuliers qui ne font que diviser le pays davantage. Bon nombre de ces gens ne savent même pas ce qu’est un handicap. Ils ont très peu de notions à propos d’un handicap qui peut être physique, mental, émotionnel, etc. Un handicap ne limite l’handicapé/handicapée en rien ou ne met fin à son existence, ou donc ne traduit pas l’inexistence de la personne. Un handicap, c’est tout simplement une autre façon de vivre. Presque partout dans les grands pays, la problématique des personnes handicapées est une affaire de société dans laquelle l’Etat intervient en régulateur pour renforcer par des lois, des traités, et des conventions tout ce qui doit être fait pour que tous les citoyens/nes handicapés/es puissent jouir des mêmes privilèges, des mêmes droits, et des mêmes devoirs. En créant de pareilles infrastructures, l’Etat donne la voie ou la marche à suivre vers une société nouvelle où l’intolérance et l’exclusion seront réduites à un minimum qui ne pourra nuire à personne. Les Etats-Unis d’Amérique sont maintenant avec ses infrastructures sociales l’un des pays les plus avancés dans les programmes d’inclusion des personnes handicapées. Tout le monde a le même droit et devoir, la même chance, le même privilège, et doit jouir le même respect. Cependant, ce n’est qu’en 1990 que les Etats-Unis, la première puissance du monde, ont commencé le processus d’inclusion sociale en votant des lois pour donner le ton au peuple américain et lui déclarer que le développement et le progrès du pays doivent passer par cette inclusion, le respect, et la participation de tous. La société américaine a vite compris le message. Ainsi, disons que le développement d’Haïti ne peut se faire dans l’exclusion du secteur des personnes « handicapées». Les handicapés/es ont beaucoup à contribuer au développement ou à l’épanouissement du pays contrairement à ce que certaines personnes veulent faire croire. Ce qui revient à dire que le secteur des personnes handicapées comporte des hommes et femmes formés et qualifiés capables d’occuper n’importe quelle fonction dans le secteur privé ou le public. L’on ne dirige qu’avec la tête, le bon sens, et le savoir-faire. Alors, c’est illusoire de prétendre que Madame X est mieux qualifiée que Monsieur Y uniquement parce que ce Monsieur a un handicap visible. Et l’on ne sait de plus rien d’autre à propos de ce dernier. Le Monsieur est peut-être bien intelligent. Venant de Dieu, l’intelligence n’est qu’un facteur relatif. Dieu ne choisit pas quand Il donne. Dieu ne fait pas de discrimination. Il n’a point de préférence. Pour aller plus loin, rappelons ce qui intéresse un vrai homme d’affaires ou patron, c’est le résultat ou encore le profit. Ce qui l’intéresse d’un/e employé/e, c’est la qualification et le travail bien fait. Ce n’est pas l’handicap en soi qui détermine ou qui devrait déterminer la valeur d’une personne handicapée, c’est plutôt sa compétence. Maintenant, il revient aux personnes « handicapées » de s’afficher et de réclamer leurs droits et le respect des lois visant une société inclusive où tout le monde aura la même opportunité. Haïti de demain n’est pas pour demain si le débat demeure unidirectionnel et la discrimination, l’exclusion et le préjugé continuent. Tout le monde doit apporter sa contribution tout en tenant compte de notre culture de peuple. Nous ne pouvons pas ni nous n’arriverons jamais à créer une nation forte et prospère si nous restons acculturés et complexés en vue d’embrasser tout ce qui vient ailleurs linguistiquement parlant. Ce sont de graves attitudes pouvant nuire, comme indiqué plus haut, au développement d’Haïti. Ces attitudes peuvent être contrôlées. Cependant, la sincérité et la détermination de tous incluant les médias sont nécessaires pour renouveler les paradigmes du changement, une tendance considérée très forte après le 12 janvier 2010. En effet, les débats restent les mêmes avec les mêmes têtes. Les aspects social et éducatif restent quasi morts à travers certains médias. Ce qui fait que les modes de construction anarchiques et non parasismiques n’ont pas été influencés comme attendu. Beaucoup de gens de la société pensent qu’il est normal, cependant ce constat peut être associé à l’ignorance, l’égoïsme, l’antipathie, etc. Ici, l’on s’attend que l’Etat ait un rôle primordial à jouer. L’Etat doit être, d’une part, fort et cohésif pour indiquer la voie à suivre. Il revient d’autre part aux gens de la population de jouer ou d’exécuter leur partition sans hypocrisie ni égoïsme en cédant la place aux plus qualifiés pour qu’on arrive à sauver le pays dans l’esprit du respect mutuel, du partage et de l’inclusion, ces trois axes qui nous unissent en tant que peuple fier, redoutable, et résilient. Malgré que beaucoup d’efforts sont déjà faits et d’autres sont en cours pour rendre le secteur des personnes handicapées plus visible, plus performant, plus dynamique et plus actif pour une inclusion réelle, la participation et la compréhension de tous sont encore demandées pour un changement durable et non cosmétique. Tout le monde doit opter pour que la vision de cette nouvelle société inclusive soit une réalité. Pour y arriver, il faut que le débat autour de cette vision soit relancé; la vision soit commune; les tâches soient partagées; un objectif soit fixé; la stratégie soit nationale; et la personne qu’il faut à la place qu’il faut pour réduire le flot des problématiques. Tout cela n’est encore possible si les personnes handicapées ne prennent pas leurs responsabilités dans les mesures visant à se faire respecter. Elles doivent s’unir pour revendiquer et pour faire respecter leurs droits tout en pratiquant leurs devoirs dans le respect des normes. Elles ont aussi des devoirs envers le pays ou envers leurs semblables. C’est vrai, les difficultés sont énormes mais elles doivent aussi s’efforcer de participer suivant leurs dignité et capacités. Alors, les personnes handicapées doivent demander de la formation et du travail au secteur privé comme à celui de l’Etat, étant garant d’une société équitable et juste. Elles doivent réclamer des centres professionnels accessibles à leurs services pour l’apprentissage d’un métier pratique et adapté. Leur indépendance, respect et liberté commencent par ce chemin mais non en restant à la maison ou au bord de la rue pour dire : « Tout est fini » ou « Dieu est bon. » Dieu est déjà bon, nous le savons tous. Mais c’est à vous de chercher ou de matérialiser cette bonté, car volonté et bonté marchent de pair. Haïti de demain, comme mentionné précédemment, c’est l’affaire de tous incluant les personnes « handicapées». Haïti a besoin de votre compréhension, votre sens moral et votre amour pour mener à bon port la lutte pour le changement social avec la participation de tous ou sans égoïsme ni exclusion. Essayant d’être responsables et conscients, nous sommes tous condamnés à vivre ensemble et à partager les tâches patriotiques pour le bien-être du pays pour ne pas être détruits par une mentalité égoïste.

Benjamin NOEL Maîtrise, IS management maîtrise, éducation spéciale poète/écrivain benbeny74@hotmail.com 27. novembre, 2013 Auteur
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