Education/ Insertion

L'offre de formation professionnelle très insuffisante

Publié le 2013-10-21 | Le Nouvelliste

Economie -

« L'offre actuelle de formation professionnelle est très insuffisante. Sur un total de 447 centres recensés, moins de 10% sont publics. Le nombre d'élèves scolarisés est à peine supérieur à 20 000 », constate l'avant-projet de politique de la formation technique et professionnelle commanditée par l'Institut national de Formation professionnelle (INFP). Grâce aux appuis des partenaires, un petit nombre de centres sont fonctionnels et équipés. Pour autant, la qualité des formations est faible. Les équipements et la matière d'oeuvre manquent souvent. De nombreux programmes ont été élaborés, mais leur application souffre de la faiblesse générale des financements publics alloués au sous-secteur. Fort des constats et du diagnostic du sous-secteur, l'Etat haïtien a décidé d'orienter ses interventions vers des filières prioritaires, notamment l'agriculture, le tourisme, les NTIC, les travaux publics. La formation professionnelle se doit d'accompagner ce mouvement en relevant le défi de la qualification des ressources humaines indispensables à la croissance économique. Le document cité précédemment estime que la gouvernance du sous-secteur souffre de l'absence d'un ministère en charge. Il manque également d'un instrument financier qui pourra prendre en charge l'apprentissage et la formation continue. Le statut des centres publics de formation est inadapté à leur mission et peu favorable à des relations fonctionnelles et contractualisées avec le secteur privé et les entreprises. L'Institut national de Formation professionnelle (INFP) ne dispose pas des moyens humains et financiers pour renforcer ses fonctions d'ingénierie pédagogique qui sont importantes, appuyer la définition des normes de certification et de validation des acquis, élaborer davantage de programmes dans les filières économiques prioritaires, souligne le document. Pourtant, il reconnaît le dynamisme du secteur privé qu'il qualifie de point fort, bien qu'un grand nombre d'établissements aient des moyens limités et rencontrent des difficultés pour fonctionner et délivrer des formations. Les employeurs ne sont pas satisfaits des produits du système de formation et ne comptent pas sur lui pour trouver une main-d'oeuvre qualifiée. L'apprentissage traditionnel reste le premier mode de formation du pays. La transmission des savoirs et savoir- faire est tributaire des « boss » dont les niveaux de qualification sont très variables. En outre, le secteur manque de normes en matière de certification, de validation des acquis, de référentiels permettant de connaître et reconnaître les qualifications. Enfin, les financements pour le sous-secteur sont très faibles et ne permettent pas aujourd'hui d'espérer un développement de l'offre et de la qualité des services de formation pour les jeunes du pays sortant du collège et bientôt du 3e cycle de l'enseignement fondamental. « Conscient de ces déficits, l'Etat s'est forgé une vision pour le développement du secteur. Elle est d'abord fondée sur le Plan stratégique de développement d'Haïti qui poursuit l'objectif principal de faire d'Haïti un pays émergent à l'horizon 2030, mais aussi sur les travaux du GTEF et le plan opérationnel 2010-2015 du secteur de l'éducation. Elle est portée par les aspirations de la population haïtienne et de tous les acteurs publics et privés du système de formation technique et professionnelle. Le renforcement des ressources humaines est une obligation pour soutenir la croissance économique et réduire la pauvreté qui frappe la majorité de la population. « Fort de ces orientations stratégiques, l'Etat fonde sa politique sur le principe fort que l'éducation et la formation tout au long de la vie sont un droit qui contribue à l'épanouissement personnel, qui facilite l'accès à la culture, à une citoyenneté active et à un travail décent. L'Etat reconnaît le rôle-clé des partenaires sociaux dans le développement de la FTP que sont les entreprises, les organisations professionnelles, les organisations de la société civile, les Chambres, les syndicats », lit-on dans le document. Les orientations stratégiques que se fixe l'Etat concernent d'abord le renforcement des ressources humaines, ainsi que la qualité et la pertinence des formations. Il s'agira de développer des programmes de formation diversifiés dans les filières économiques prioritaires pour répondre aux besoins de qualification des entreprises. Les ressources humaines du secteur seront renforcées en formant les formateurs et les formateurs de formateurs, en développant un vivier d'ingénieurs de la formation. A travers la validation des acquis de l'expérience, il sera possible d'intégrer les professionnels issus des entreprises comme formateurs dans les centres publics et privés. Dans le domaine de l'offre et de l'accès à la formation professionnelle, la stratégie vise à développer une offre de formation initiale et continue dans les filières économiques et les branches d'activités prioritaires. L'accès à la formation visera tous les haïtiens, avec le souci de réduire les disparités régionales aujourd'hui très importantes. L'offre de formation devra répondre en quantité et en qualité aux besoins des entreprises publiques et privées et pourra reposer sur des approches non formelles de formation professionnelle, ainsi que sur l'apprentissage qui sera amélioré et réformé. L'amélioration de la gouvernance du système de formation technique et professionnelle reposera sur la création d'un ministère, le renforcement de la décentralisation territoriale et par branche professionnelle, la réorganisation de l'INFP, et la création d'un instrument financier pour la formation continue et l'apprentissage. L'intégration des organisations professionnelles et des entreprises sera une condition indispensable pour améliorer la performance du système de FTP. Les techniques de contractualisation et de partenariat public-privé seront utilisées à cette fin. Le financement de la formation professionnelle sera augmenté grâce à une mobilisation plus forte des ressources intérieures, la création d'une taxe dédiée à la FTP et l'orientation d'une part accrue des financements extérieurs vers le secteur. L'Etat s'engagera dans une meilleure prise en charge des dépenses courantes des centres de formation publics et privés. Il définira et appliquera des mesures pour renforcer l'offre de formation des opérateurs privés. Une stratégie de subventionnement du secteur privé et des partenariats techniques et financiers par filière économique prioritaires seront mis en oeuvre. En ce qui a trait à l'insertion professionnelle, la stratégie vise à développer l'information et le conseil des jeunes et des actifs en matière d'orientation professionnelle, d'emploi et de marché du travail. L'utilisation des nouvelles technologies offrira beaucoup d'opportunités pour atteindre cet objectif. Les services de l'emploi seront renforcés pour améliorer leurs connaissances des opportunités économiques et des embauches dans les secteurs économiquement porteurs. Il sera défini des mécanismes de soutien aux initiatives locales d'insertion et à la fourniture des services d'information et de conseil sur l'entrepreneuriat. « La formation technique et professionnelle est partie intégrante du secteur de l'éducation et des objectifs de politique éducative que s'est fixés le Gouvernement », selon le document intitulé « Politique et stratégie de la formation professionnelle en Haïti». Dieudonné Joachim

Réagir à cet article