Artisanat en Fête

Bienvenue au Village artistique de Noailles

Publié le 2013-10-07 | Le Nouvelliste

Culture -

Il existe un petit village dans la commune de Croix-des-Bouquets dont la richesse forme un contraste saisissant avec la poussière grise du sol. Un village où la musique des métaux échoue aux murs frêles des petites maisons perdues au loin. Où il faut compter l'ancienne résidence du président Dumarsais Estimé. Un chant démesuré nous accueille dès qu'on enfonce les pieds dans la poussière. Nous sommes à moins de dix-sept kilomètres du bruit des klaxons, de la vocifération des marchands ambulants et de la promiscuité de Port-au-Prince. Nous sommes plus précisément au Village artistique de Noailles. Ici, le bruit a un masque et une couleur. Un goût qui nous fait entrer dans une correspondance symbolique donnant à ce coin de terre vie et force. Des petits enfants, des jeunes, des adultes -femmes et hommes- s'unissent dans un chant de vie démentiel. Depuis quelques mois, les marteaux frappent plus dur. Et les pièces de métaux volent en éclats sous les coups mesurés des artistes et des artisans. Dans une semaine, c'est Artisanat en Fête. La grande foire artisanale organisée par le quotidien Le Nouvelliste et l'Institut de recherche et de promotion de l'art haïtien (IRPAH). Les artisans se mobilisent et se préparent en attendant le grand jour. La vie dans les ateliers Le village est fait d'ateliers de toute sorte. Certains à ciel ouvert, d'autres dans des espaces plus ou moins grands, réservés à cette fin. Mais, ce qui les unit est sans doute cet acharnement à faire de la vie un art ou de l'art toute une vie. Des pièces sont déjà montées dans certains ateliers, d'autres sont en préparation et attendent les inconditionnels visiteurs et acheteurs d'Artisanat en Fête les samedi 12 et dimanche 13 octobre 2013 au Parc Historique de la Canne à Sucre. Le premier atelier du Village est celui de Michée Rémy. Un groupe d'artistes et d'artisans s'y mettent ensemble pour se livrer à leur passion mais aussi à leur source de revenus. On y fait la rencontre d'Orélien Romaire, jeune artisan qui participera à Artisanat en Fête cette année. Ce sera sa 3e participation, nous dit-il. Après nous avoir fait visiter son atelier, Orélien Romaire partage avec nous sa joie de participer à cette foire annuelle. Pour lui, c'est une noble initiative qui permet aux artisans de vendre leurs pièces mais surtout d'établir des contacts avec de potentiels clients. C'est aussi l'avis de Gérald Simon (de l'atelier Fritz Calixte et de Boss Bruno Original), de Pierre Caril (de Paradise Metal Sculpture Studio) et de Jean Mikerson (de Serge Jolimeau's Workshop). Ce dernier, affirmant qu'il sera à 90% de chance au Parc Historique cette année, se dit être à mi-chemin entre l'art et l'artisanat. Sa spécialité : les masques. De grands masques qui vous fixent dans les yeux comme l'oeil de la Joconde. Selon lui, l'artisanat est essentiel dans son travail d'artiste. Dans la mesure où les pièces d'art se vendent moins que les pièces artisanales. Cela permet de tenir le coup. Notre artiste-artisan nous fait visiter ses masques et manifeste un vif intérêt pour l'évènement Artisanat en Fête qu'il risque de rater cette année à cause des retards dans le processus d'inscription. Ce que d'autres artisans ont aussi regretté. Des rêves avortés A côté des artistes et artisans de Noailles qui participeront à Artisanat en fête cette année, il y a certains qui ne participeront pas. Bien entendu, il n'y aurait jamais assez de place pour tous ces artisans dans aucun pays du monde, tellement ils sont nombreux. Mais, certains choisissent de ne pas participer et d'autres regrettent cette opportunité ratée. C'est le cas de Claudy Soulouque de l'atelier Jean Marie Soulouque. Assis dans son atelier en plein air, il frappe dur et regrette de ne pas avoir le temps de s'inscrire à la foire. Pour lui c'est une chose essentielle : être là. Ronald Jeudy, un autre artisan du village, avoue avoir reçu l'appel de confirmation de sa participation un peu tard. La foire pour lui, à voir son engouement à montrer ses pièces, est une question de vie ou de mort. Il ferait tout pour aller exposer son salon artisanal au Parc Historique de la Canne à Sucre. Il est, pour reprendre son propre mot, unique au village. Étant dans les meubles, pendant que d'autres sont dans la décoration. Un peu plus loin, on y trouve le dernier atelier. Un vieillard manie un couteau et sifflote un chant de remord. Jonas Pascal n'a jamais participé à la foire. C'est là son plus grand regret. Son petit atelier, un petit studio qui ne doit pas faire 9 mètres carrés, est bourré de pièces. Pour lui, c'est un problème financier chronique. Venant à peine d'ouvrir son propre atelier, il rêvasse. Mais, faudrait-il qu'il paye le loyer de l'atelier et, pour participer à la foire, devrait-il aussi payer le transport pour aller installer ses pièces à Tabarre. Il n'a pas les moyens. Mais il continue quand même de rêver en attendant un gros client, comme un christ annoncé. Décidément, le pays est une pépinière d'artistes. C'est à Noailles qu'on s'en rend compte. Un village foncièrement artistique qui offre ses flancs de misère, sa route poussiéreuse malgré une pancarte laissant croire que des travaux d'aménagement urbain sont en train de se réaliser. Les artistes frappent pour dire que jamais la poussière n'aura raison de l'art.

Wébert Charles cwebbn@yahoo.fr Auteur
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