Démélé et Devanture

Sa-m wè, sa-m tande, ki kote m-ale...

Publié le 2013-07-25 | Le Nouvelliste

National -

En matière d'informel, je me demande s'il y a un peuple qui fait mieux que nous. Je suis toujours pantan devant certains étalages ou commerces, fixes ou ambulants. Je peux comprendre par exemple ces retraitées de retour au pays qui, pour se donner une occupation, exposent tous les matins sur leur galerie toutes sortes de batanklan. Des produits de toilette en passant par quelques électroménagers, des pièces de tissu, des peluches, quelques cosmétiques, des produits pour la lessive, etc. Même s'il n'y a pas de 'lavantt', la table de la salle à manger sera dressée à l'heure des repas. Les marchandes ayant comme biznis des petits paquets de cornflakes ou de popcorn trouvent facilement preneurs devant les écoles ou factories; les marchandes de bijoux klenklen font des affaires: de dix à vingt-cinq gourdes pour une paire de zannos, qui dit mieux? Celles qui vendent les petits sachets de sucre en forme de cornet ne perdent pas leur temps à flâner: le matin tôt elles se tiennent dans le voisinage d'un machann akasan ou de café, pendant la journée ou la soirée elles font route ensemble avec les marchands de labouyi ou de jus ambulants ou stationnaires. Mais mezanmi! Et ces jeunes filles qui trimbalent un layé contenant quelques boules de coton ou des applicateurs? A quel rythme écoule-t-on un commerce de gilettes souplé? De lasèt tennis, de peny ti dan, d'échantillons de parfum? C'est vrai qu'il vaut mieux travailler au lieu de mendier, mais un curieux ne va-t-il pas se demander où est l'affaire réellement dans pareil commerce? Dans les cas où un biznis est en réalité une couverture, ces petits layés ne sont même pas un bon sak zoryé! Mais c'est une juste une réflexion, je ne m'y connais pas en commerce et démélé moi-même. A propos, je suis certaine que le ministère du Commerce et celui de la Justice ont déclaré forfait devant les nombreuses enseignes servant de nom ou raison commerciale aux «Petit démélé». Qu'est-ce qu'ils démêlent finalement? On y trouve des produits dont les bocaux ou autres types de contenants n'indiquent même plus la marque. Au lieu de démélé, je pense au contraire qu'un client peut s'emmêler dans ces articles dont seul le ou la propriétaire des lieux connaît l'identité réelle ou d'origine. Un «Au p'tit démélé» abritant un chen janbé, je peux comprendre. D'ailleurs j'en ai vu qui, à mon avis, gardent cette enseigne juste pour ne pas avoir de grands démêlés avec la DGI ou la mairie, tellement ils sont toujours achalandés. Un ancien collègue m'a rapporté que lors des travaux de construction du barrage de Péligre, il y avait une marchande de manje kyuit célèbre pour son bon coeur et le bon goût de ses manje. Le commerce ayant pris de l'extension, elle a décidé de réparer et embellir la devanture du 'restaurant'. Madame Gontran a confié la tâche à un boss éclairé qui a jugé bon de mettre une pancarte pour aviser les clients que les travaux de rénovation ne dérangeaient en rien le commerce. On pouvait lire sur la devanture : «Le devant de madame Gontran est en réparation, pour tout besoin d'elle, passer par son derrière.»

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