Le taux des grossesses précoces préoccupe encore...

Le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), le ministère à la Condition féminine et aux Droits de la femme (MCFDF), le Fonds des Nations unies pour la Population (FNUAP) et le Volontariat pour le développement d'Haïti (VDH) ont célébré conjointement, jeudi dernier, la Journée mondiale de la population. Sur le thème : « Prévenir la grossesse chez les adolescentes », s'est tenu un atelier de réflexion à l'hôtel Ritz Kinam, à Pétion-Ville.

Publié le 2013-07-17 | Le Nouvelliste

National -

Sur chaque sept adolescentes, de 15 à 19 ans, une a déjà commencé sa vie féconde, selon l'Emmus V, enquête commanditée par le MSPP et publiée la semaine dernière. En effet, 14% de cette proportion de la population haïtienne ont au moins un enfant et sont enceintes pour la première fois (11% ont au moins un enfant et 3% sont enceintes de leur premier enfant). Toutefois, la directrice générale du MSPP, le Dr Guirlène Charite Raymond, a fait remarquer que les données du dernier Emmus montrent, par rapport aux années précédentes, une diminution du nombre d'adolescentes ayant commencé leur vie féconde. « Le nombre a commencé à diminuer à partir de l'Emmus III, a-t-elle informé. Il est donc passé de 18% en 2000 à 14 % aujourd'hui », a-t-elle ajouté, nuançant que les chiffres n'ont pas bougé de 2005 à nos jours. Les grossesses précoces et non désirées constituent l'une des principales causes de mortalité maternelle dont le taux est très élevé en Haïti, selon la DG du MSPP. Soulignant que la Journée mondiale de la population, instituée en 1989, vise à attirer l'attention du plus grand nombre sur cette problématique, elle a indiqué que cellle-ci ne cesse de préoccuper les responsables et les décideurs politiques d'ici et d'ailleurs. « Comment concevoir et accepter que des fillettes, à un âge où elles devraient être attablées à leur pupitre d'école, soient déjà porteuses d'une grossesse? s'est-elle indignée. C'est inadmissible. Nous le reconnaissons tous. Et nous savons en plus que depuis longtemps déjà la grossesse précoce fait augmenter le taux de mortalité dans une population donnée. » Selon le Dr Charite, les engagements pris par Haïti au regard des objectifs du millénaire (OMD) nous commandent de tout mettre en oeuvre pour réduire considérablement le nombre d'adolescentes tombant enceintes. « Pour agir sur cette problématique, il faut obligatoirement aller en amont et agir sur ces déterminants : le niveau d'éducation, le besoin d'information et de sensibilisation, l'exode rural et la nécessité d'offrir des loisirs sains à notre jeunesse, a-t-elle dit. A ce titre, nous nous associons au MCFDF» Par ailleurs, le haut cadre du MSPP a fait savoir que les données disponibles montrent qu'en Haïti le nombre des enfants ayant commencé leur vie féconde diminue considérablement lorsque le niveau d'instruction augmente. « De même, cette proportion décroît considérablement en fonction du niveau de bien-être économique des ménages », a-t-elle ajouté. Toutes actions visant à accroître le niveau d'éducation ou l'amélioration de l'environnement de nos adolescentes contribueront donc sensiblement à diminuer les risques de grossesse précoce dans cette tranche d'âge. » « La grossesse précoce n'est pas un signe de dépravation des jeunes ni la manifestation d'un désir naturel des adolescentes d'avoir des enfants, a indiqué Rose Esther Sincimat Fleurant, directrice générale du MCFDF. Elle n'est pas non plus une stratégie pour échapper à l'autorité parentale. Elle est un problème qui ne marche jamais seul. » Selon elle, les jeunes ne sont pas les seuls responsables de cette situation. « Elles sont surtout victimes d'une situation, résultante des discriminations qui favorisent un ensemble d'inégalités de genre, a-t-elle dit. Les adolescentes mères sont doublement discriminées. Elles se retrouvent surtout à l'écart de la vie sociale». En outre, elle a signalé que l'accès aux préservatifs et aux contraceptifs n'est pas toujours facile pour la majorité des jeunes des zones reculées du pays. Par ailleurs, elle a informé que les services compétents du MCFDF travaillent d'arrache-pied pour parvenir à des mesures devant interdire la vente de matériels pornographiques dans les rues, les affichages publics à caractère sexiste et la prostitution de rue. « Ces choses facilitent les grossesses précoces, a-t-elle dit (...) Je veux noter que le ministère compte intensifier ses actions contre les violences faites aux femmes et aux filles. » A l'approche de l'échéance des OMD fixés pour 2015, le Dr Charite a dit que le moment est venu de satisfaire les besoins en santé de la reproduction des filles et des femmes haïtiennes. Il est grand temps, toujours selon elle, de s'assurer que leur santé soit une priorité absolue. « Selon Ban Ki-moon, la problématique de la grossesse précoce mérite une plus grande attention, a dit le représentant du FNUAP, Ramiz Alakbarov. A son avis, lorsque nous investissons dans l'éducation, la santé et le bien-être des adolescents, nous les aidons à devenir une force (...) Nous prenons l'engagement de les supporter. »

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