Reconstruction

Des recoins de Delmas 32 respirent un air de reconstruction

Des projets de reconstruction ou de renforcement de maisons mis en oeuvre dans plusieurs quartiers de Delmas 32 font respirer un air nouveau. Mais ce n'est pas encore le bout du tunnel pour ce grand « bidonville » de la capitale qui a accueilli un nombre important de déplacés internes* après le séisme du 12 janvier 2010.

Publié le 2013-06-07 | Le Nouvelliste

National -

Au bout d'un long couloir accidenté, issues deux maisons nouvellement construites d'un projet pilote de reconstruction de la JP/HRO. Parasismiques et joliment repeints, ces logements contrastent avec l'aspect général du quartier, précaire et sauvagement habité. Ils y auraient même apporté «une bouffée d'air frais» sinon «une lueur d'espoir», selon des riverains. Quelques mètres plus loin, plusieurs constructions sont entamées. Dix, plus précisément. De ceux qui y travaillent ou qui espèrent y travailler à ceux-là qui rêvent d'avoir un jour leurs propres maisons, ce projet dénommé «Micro planing» attire l'attention. «Une fois le chantier achevé, ces maisons vont accueillir des familles vulnérables qui vivent actuellement dans les camps de Pétion-Ville club ou de cité Maxo dont nous avons la gestion», précise Guy Laroche, directeur des programmes, d'une voix qui dépasse à peine le bruissement des génératrices utilisées pendant l'exécution des travaux et le cliquetis des truelles. Du reste, ouvriers, superviseurs ou cadres de l'ONG américaine engrangent les mots de remerciements à la pelle. Renforcement de maisons ici, démolition puis reconstruction là, la J/P Haitian Relief Organization a acquis une grande notoriété à Delmas 32 où elle mène, comme plusieurs autres ONG, des projets depuis la catastrophe du 12 janvier 2010. Avec la Build change, une ONG spécialisée dans la construction parasismique, elle a développé un modèle de construction et de renforcement qui permet aux bénéficiaires d'apporter leur quote-part. En outre, La création de centaines d'emplois et la formation de nombreux maçons et propriétaires aux techniques de construction parasismique, jusque-là ignorées, doivent être aussi comptabilisés dans la liste des retombées directes de ces projets. « Avant, je ne travaillais pas », confie Ernst Louis, père de famille dans la quarantaine. « Ce projet, poursuit-il, m'a offert la possibilité de gagner ma vie, mais aussi et surtout m'a donné un métier dont je suis fier ». Pour sa part, Elvire Hérold est émue. La reconstruction de sa maison à quatre pièces est la meilleure chose qui lui soit arrivée. Elle en a d'ailleurs profité pour la recouvrir, à ses frais, d'une toiture en béton. « Notre maison était sérieusement endommagée par le tremblement de terre. Je vivais et je vis encore dans le camp de Pétion-Ville club. Mais maintenant, ma famille et moi, nous avons bon espoir». Ce contentement ne laisse pas indifférents les responsables de la JP/HRO. Guy Laroche explique : « Dans le souci de faire du durable, dit-il, nous nous sommes mobilisés dans des projets qui aident les familles à passer d'une vie de camp à des habitations sûres et solides où elles peuvent relancer leurs vie.» Cependant, malgré ces efforts visibles et la joie exprimée par certains riverains, il est clair qu'on est encore loin, très loin, de la cité moderne promise par le projet d'aménagement et de restructuration de Delmas 32, présentée en grande pompe au palais municipal de Delmas en septembre 2011 en présence d'une brochette de personnalités, dont l'actuel Premier ministre Laurent Lamothe, alors ministre des Affaires étrangères et des Cultes. Suivant ce plan élaboré par la firme haïtienne Société d'aménagement et de développement (SODADE), approuvé en novembre 2010 par la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH) et financé par la Banque mondiale à hauteur de 16,5 millions de dollars, Delmas 32 devait devenir un quartier moderne avec un marché public, des parkings pour voitures et des complexes résidentiels à plusieurs niveaux d'ci fin 2013. Loin d'y être, Delmas 32 abrite, aujourd'hui encore, l'un des camps les plus importants de la capitale, le camp Acra où il manque cruellement des services sociaux de base. Toutefois, à voir la joie sur les visages de quelques déplacés des camps qui y viennent, il est clair que ce quartier entretient, malgré ses problèmes, un certain mythe de bien-être.

1. Les déplacés internes restent à l'intérieur de leur propre pays. Voir Hancy Pierre, Aide alimentaire, environnement et migration en Haïti après le 12 janvier, in cahier du CEPODE, no 2, 2e année, mai 2011. 2. Guy Laroche du JP/HRO oppose renforcement à réparation en ce que le premier s'intéresse prioritairement à la structure et le second à la façade. 3. Henri Laborit, L'homme et la ville, Flammarion, France, 1971

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