Jeudi 23 octobre 2014





NATIONAL
Livres en folie / Boursier Barbancourt

De désirs en action

Le Nouvelliste | Publié le : 29 mai 2013

Carmelle St-Gérard-Lopez, professeure de méthodes de recherche, de documentation et de techniques d'expression orale et écrite à la Faculté des sciences humaines, à l'Enarts, a émigré aux USA en 2004 ; elle a mené des recherches dans le domaine de la pédagogie, et a évolué comme poète, dramaturge, romancière, metteur en scène et a organisé des ateliers de lecture et d'écriture dramatique.

Dans ce roman scindé en deux, elle bouscule les accrocs quant aux règles à respecter par une jeune fille de société : se marier, selon les traditions familiales, avant d'enfanter. Elle nous décrit aussi les nouvelles lois de l'amour. Elle réajuste ses normes en déviant l'amour des pistes de l'abîme et lui offre` les plages du désir pour atterrir. Désordre. Un véritable capharnaüm. Un état sens dessus dessous. Tout est sans ordre, sans fard. Le chaos menace les lieux. Seul recours dans ce délabrement de Port-au-Prince dans tous ses aspects, c'est le paysage intérieur. Le roman de Carmelle St-Gérard-Lopez (Capharnaüm I Sans fard ni rimmel et Capharnaüm II Dialogue à la première personne, Imprimeur II, mai 2013) traduit le vécu de toute une génération, une génération qui saute au-delà et franchit les interdits pour assouvir ses désirs. Autour de quatre personnages deux soeurs (Geneviève et Lissa), deux frères (Henry, le mari de Geneviève, Raymond, celui qui vit en union libre avec Lissa, et qui devient l'amant de Geneviève)-, la romancière a actionné l'histoire. Les traditions familiales projettent une image de la femme d'Henry. Celle-ci qui a fait des études de médecine et s'est spécialisée en pédiatrie est la chouchoute de la famille : tout ce qui est bien lui ressemble ; quant à Lissa, la plus belle des deux, elle est perçue comme un accroc à l'honneur de la famille. Elle a accepté de se mettre en ménage avec Raymond, le jeune frère de Henry, sans célébrer de noces ; ses tantes, paternelles et maternelles qui les visitaient, pendant cinq ans, après la mort de leurs parents, critiquaient ce choix et manifestaient ostensiblement leur hostilité. Quant à Henry, pharmacien de profession, il jouit d'une renommée, sans fard, au sein de la famille de ses beaux-parents. Calculateur, économe pour l'avenir de ses enfants, il laisse éclore, sans les assouvir, les désirs de sa femme. De désirs en action Carmelle St-Gérard-Lopez asseoit son roman ( Capharnaüm I Sans Fard ni rimmel, juillet 2005-décembre 2012, Ed. Imprimeur II, 2013, 254 p) sur une idée simple, mais originale : se découvrir, se retrouver, se chercher dans l'autre. Ce vécu des personnages du roman a bouleversé les perceptions que le lecteur se fait. Par exemple, l'amour qui s'est développé entre Geneviève et Raymond. Cette partie de la vie de Mme Henry a consumé trente-cinq ans de relations privilégiées avec sa soeur. « Elle ne se souciait guère des implications de cette liaison sur l'avenir de son propre foyer. » « D'épouse fidèle, effacée, dévouée, dépersonnalisée et soumise. A présent, elle se reconnaissait à peine dans cette nouvelle enveloppe qu'elle venait d'endosser, grâce à Raymond, grâce à elle-même. » Les valeurs de référence ont changé. Les critères sur lesquels l'élite construisait ses normes sont en train d'être révoqués. C'est ce changement que ce roman dévoile. Ce désordre. Ce véritable capharnaüm. D'abyme en abyme Cette construction connaît ses points faibles. Dans certaines parties du roman, la romancière nous traîne d'abyme en abyme, de déchéance en déchéance. Sans que le roman se boucle sur l'innéité, sur l'enfermement. Je recommande la lecture de ce livre à nos lecteurs !


Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr

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L'EDITO

La réforme Manigat, combien de soldats ?

Pour une fois qu’un ministre sort du confort de l’«aucun risque, aucune initiative», il faut le féliciter. Nesmy Manigat, ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, a décidé de mettre ses pieds dans l’eau trouble de notre système éducatif. Un pari risqué. Une initiative à encourager. De petites annonces en grandes mesures, Manigat érige déjà les esquisses d’une réforme. Il faudra du souffle et des soldats au ministre. Pour changer la donne dans les écoles publiques, faire travailler tous les professeurs payés par l’État, modifier les curricula ou simplement rationnaliser les dépenses dans un secteur où Noël arrive à chaque examen d’État, la tâche est de taille. L'Éducation nationale est un monstre qui bouffe le budget et déforme…


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