Discours de Liliane Pierre-Paul, présidente de l'ANMH, à l'occasion du 3 mai

Publié le 2013-05-10 | Le Nouvelliste

En célébrant la Journée mondiale de la liberté de la presse ce 3 mai, nous réaffirmons notre appartenance à la communauté mondiale de la Presse. Mais en même temps, nous devons signifier au monde notre spécificité et même notre singularité. Car chez nous, la liberté de la presse s'inscrit dans une lutte permanente, tantôt chaude et périlleuse, tantôt sourde et comportant des risques calculés, mais toujours menaçante pour nos droits et libertés qui paraissent ainsi toujours fragiles et instables. A longueur de discours officiels, nos autocrates et leurs thuriféraires chantent les vertus de l'Etat de droit, de la démocratie et des libertés publiques, particulièrement la liberté d'expression et la liberté de la presse comme s'il s'agissait de cadeaux qu'un quelconque monarque nous aurait faits. Mais nous savons tous qu'ils utilisent toutes sortes de subterfuges pour bâillonner la presse et le peu d'espace dont nous pouvons nous prévaloir aujourd'hui a été arraché de haute lutte; des vies ont été à jamais fauchées ; on a payé le prix fort. 1)Le piège de la bamboche démocratique Ce 3 mai est, pour nous de l'ANMH, l'occasion privilégiée d'apprécier le chemin parcouru de la totale censure sous la dictature à cette « liberté totale d'informer » dans le contexte de la « bamboche démocratique ». Mais nous devons commencer par reconnaître que nous n'avons pas toujours su gérer cette conquête démocratique. La route a été longue et semée d'embuches qui confrontent nos faiblesses, nos carences et insuffisances aux ruses des différents pouvoirs. C'est clair, il y a un monde de différences entre la disette qu'ont connue les journalistes de ma génération et la surabondance actuelle (internet , Facebook, Tweeter). Mais le journaliste professionnel éprouve souvent de sérieux malaises à exercer convenablement sa profession. La profusion des sources, la multiplication des intervenants provoquent une confusion de rôle où les communicants se substituent aux journalistes qui, souvent pressurés, tombent dans le panneau à un point tel que la frontière entre publi-reportage et information s'amincissent de plus en plus. Une clarification des rôles est indispensable si nous voulons rester crédibles. Un journaliste n'est ni un communicant, ni un publiciste, ni un animateur, pas plus un maître chanteur. A chacun son métier. 2)Le jeu de Miroir Mais ces pratiques détestables et liberticides ne sont pas seulement du ressort des médias et des journalistes. Les mauvaises pratiques viennent aussi des autres secteurs de la société. Gouvernement, société civile, communauté internationale, ONG, partenaires économiques ne paraissent pas toujours comprendre les exigences d'une presse professionnelle, responsable et engagée dans une société comme la nôtre où la presse apparaît comme le dernier recours, parce que toutes les institutions, de l'Etat aux entreprises, en passant par les organisations de la société civile, ont été tellement affaiblies qu'elles ne répondent plus à leurs missions premières. Des critiques fusent de toutes parts contre la presse qui apparaît pourtant comme le secteur qui résiste le mieux aux différentes catastrophes naturelles et politiques qui ont secoué notre pays au cours des dernières années. C'est toute la presse qui est indexée pour le comportement disgracieux de tel journaliste lors d'une réception. On reproche aux journalistes de trop s'immiscer dans les affaires juridiques alors que le journalisme d'enquête n'existe pas en Haïti, contrairement en France ou aux Etats-Unis. C'est beau de comparer ce qui n'est pas comparable. Dans ces pays occidentaux, la société s'est dotée de moyens pour se payer une presse d'enquête. Chez nous, la presse ne dispose pas de structures propres ni ne bénéficie de la mentalité et du niveau de responsabilités des acteurs dans les différents secteurs. Dans une économie anémiée comme la nôtre, tous les médias sont confrontés au problème de la baisse continue des ressources leur permettant de répondre aux revendications souvent légitimes (pas toujours) de leurs différentes catégories de travailleur (journalistes et autres) ; pas plus d'ailleurs aux exigences de modernisation de leurs infrastructures pour mieux servir l'opinion. Confrontés à un ensemble de problèmes qui les obligent à diminuer chaque année leur budget de publicité, nos partenaires commerciaux exigent plus d'espace pour moins d'argent. Une presse professionnelle et responsable a besoin du support institutionnel des différents secteurs de la société et en particulier de nos partenaires commerciaux avec lesquels nous devons trouver des formules de coopération qui évitent ces pratiques de corruption consistant à financer des médias pour leurs positions partisanes ou à accorder des per diem à des journalistes pour des informations biaisées. Vive la liberté d'expression! Vive une presse libre, indépendante, professionnelle, diversifiée et responsable!
Liliane Pierre Paul Présidente ANMH Auteur

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