James Noël ou le pyromane adolescent

Publié le 2013-05-08 | Le Nouvelliste

Culture -

C'est en référence aux grandes préoccupations qui hantent l'adolescent qui sommeille en chacun de nous que je suis amené à consumer, pardon, à comprendre le degré de pyromanie qui caractérise la toute dernière oeuvre de James Noël. Si publier, c'est inviter les autres chez soi, la couverture de « Le pyromane adolescent » suivi de « Amour à mort » comme porte d'entrée de l'ouvrage a bien été entretenu par l'éditeur. Composé en Arno Pro corps 11.5/13.5, le format choisi va tout aussi bien avec la mise en page que le papier Enviro qui accueille le font Times New Roman. Ce qui pourrait nous laisser croire que ce livre relève sans doute de l'une des plus belles réalisations des éditions Mémoire d'Encrier. D'entrée de jeu, un prologue, écrit en état de pyromanie, témoigne des motivations de l'auteur. Le poète, devient-il tributaire de l'adolescent qui, aujourd'hui, découvre la liberté et l'engagement du verbe dans un monde refoulé de fantasmes? Les cinq (5) premiers paragraphes du prologue nous révèle autre chose que« la pyromanie est en vérité la dernière planche de salut de la chaleur humaine ». Car elle est également l'éruption volcanique qui bascule un jour ou l'autre l'existence de toute vie humaine, en commençant par celle du poète-adolescent. Signé et dédicacé au Presse Café le 6 mai 2013 dans le cadre de l'organisation du projet de Rodney Saint-Éloi, soutenu par Danny Laferrière, « Rencontres Québécoises en Haïti » en vue de marquer les dix ans de la maison d'édition Mémoire d'Encrier, « Le pyromane de l'adolescent » de James Noel a été ce prétexte pour consumer cette rencontre entre les écrivains et poètes québécois(es) et haïtiens(nes) par la lecture de textes, et les prestations remarquables de Tamara Suffren et de BIC en duo avec la talentueuse Rutchelle. En bon voyageur et en toute pyromanie, arrivant à la « Rue des Bouchers », James Noël joue sa carte de gaieté et d'homme sympa pour mieux substituer le climat froid qui y règne aux rêves ensoleillés et aux chaudes promesses que mérite tout mortel aux yeux d'un ado : Je suis arrivé dans leur village Constatant qu'il n'y a place Ni pour le rire ni pour l'enfance J'ai joué pour les rassurer J'ai joué le coeur sur table Avec tout le monde Le poète-ado, pyromane par excellence, n'a pas tort de croire que si l'incandescence doit briller, ce ne sera pas par âge d'or : Je ne brille pas Par âge d'or Je suis juste un pyromane Un buveur de kérosène De grand chemin Nous sommes évidemment très loin des clichés de la guimauve mondaine. Des vers peuvent témoigner de la virtuosité dont fait preuve l'auteur en nous livrant son intérieur tel un cheval de feu qui chevauche la beauté du monde en consumant le prêt-à-porter au même rythme que le prêt-à-penser : J'assume tout en plein vent J'assume la beauté du monde qui me consume En face du calendrier solaire A ciel ouvert, l'amour devient cette pensée qui offre une seconde chance à la vie afin de rendre fécondes ne serait-ce que les bornes imposées par le temps : Je suis chauve mon amour Viens sur ma tête Pour rendre fertile Hiroshima Et pulvériser mes idées noires Dans l'évidence de mes cheveux Ainsi, James Noël nous prouve à travers « Le pyromane adolescent » qu'il est ce poète pour qui le mot cesse d'être un moyen d'expérimentation, mais demeure une réappropriation des valeurs intimes qui ne s'incarnent que dans le dépassement de ses propres limites : Il aimait les mots Et le Z pour finir N'a pas laissé de dernière lettre Il était bien dans son bain Avec la mort qui court en vers libres Entre les mots C'est bien à pied que l'homme Ira sur l'autre rive Vers enfin Son poème-fleuve Si le moment est propice pour une remise en question de la poésie d'aujourd'hui, sache que le poète se portera volontiers pour ne formuler qu'une seule interrogation. Celle qui consistera à voir le jour où les muses poseront nues pour les poètes : Un jour la poésie sortira du marché de la poésie La poésie sortira de sa tanière Et prendra la route toute seule Comme une grande Il faut croire que le lectorat de « Le pyromane adolescent » de James Noël aura du pain sur la planche. Parce qu'il risque, après lecture, d'être en contact avec l'ado qui est en lui. A ce moment, Dieu seul sait quelle forme prendra cette pyromanie quand ce dernier la verra apparaître.

Jean Antoine ARISMA arismaj@yahoo.fr Auteur
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