Des étudiantes de Mount Holyoke College parlent de Marie Vieux-Chauvet
 mercredi 30 juillet 2014

CULTURE
Autour de Les rapaces

Des étudiantes de Mount Holyoke College parlent de Marie Vieux-Chauvet

Le Nouvelliste | Publié le : 17 avril 2013

Dans une entrevue accordée à la revue Legs et Littérature dans son premier numéro consacré à l'Insularité, Dominique Batraville a tenu à souligner que nous, les Haïtiens, ''sommes un peuple de mutants, de géants''. Ce qui fait penser que, contrairement à ce qu'on dit, Haïti est un pays de merveilles et les Haïtiens sont capables de grandes choses. A cet effet, Haïti, la terre montagneuse, n'a pas que la pauvreté à offrir au monde comme veulent toujours le faire croire la plupart des étrangers hystériques, hypocrites et grossiers. C'est un pays à forte potentialité culturelle. C'est Dany Laferrière qui l'a souligné quelques jours après le séisme de janvier 2010. ''En Haïti, il n'y a que la culture qui reste debout''. Parce qu'elle se porte bien. Avec la littérature, l'art, en général, elle aura traversé toutes les frontières. Pour perdurer dans le temps. Dans les mémoires. L'oeuvre de Marie Vieux-Chauvet s'inscrit dans cette dynamique. Au Mount Holyoke College -une petite université pour femmes établie depuis 1837, à South Hadley dans le Massachusetts- l'auteure d'Amour, colère, folie'' ne cesse de défrayer la chronique. Elle devient constamment une sorte de prétexte pour parler de ce pays qui l'a vue naître. Tout le monde en parle: professeurs, étudiantes, visiteurs. Sur la cour, dans les bars, les salles de cours et dans les autobus. Après avoir lu et beaucoup travaillé sur Les rapaces, les étudiantes n'ont pas caché leur satisfaction. Pour comble de satisfécit Originaire de Chine, Xi Zhou est étudiante en sciences politiques. ''Tout le mérite revient à Carolyn Shread. Cette professeure au département de français et passionnée de littérature haïtienne qui a pensé à nous introduire dans l'univers de la romancière en incluant dans son syllabus de cours, à côté de Persépolis de Marjane Satrapi, son roman Les rapaces, oeuvre qu'elle a traduite en anglais. C'était une très bonne idée de lire Les rapaces. Avant, on ne lisait que des romans venus de France. Ce livre nous a permis de respirer un peu, d'être en contact avec d'autres cultures, en particulier, la culture d'Haïti. Un pays que j'aimerais bien visiter''. Un roman-mémoire Amélia Neumayer fait des études en bibliothéconomie, communication et technologie. Elle est américaine. ''C'est un roman qui nous a appris plein de choses sur l'Haïti de l'époque des Duvalier. Sur la situation difficile des paysans et les formes de solidarité et d'entraide qui existaient entre eux. Sur ''le coumbite'' comme mode de travail de la terre. Avant, on a lu Persépolis mais Les rapaces, c'est vraiment différent. Marie Chauvet est une femme très courageuse. Haïti a plus que jamais besoin de femmes comme elle aujourd'hui''. Isobel Barry a vingt ans. Elle fait des études en art. ''C'est la première fois que j'ai lu un roman haïtien. De plus, c'est écrit par une femme. Elle a fait preuve de beaucoup de courage, car écrire sous la dictature, je suppose, n'a pas été chose facile. C'est un roman-mémoire. J'aime le symbolisme du chat, et Alcindor, le pauvre, a le sens des responsabilités. Il est celui qui prouve que l'homme dispose de quoi transformer son milieu.'' Pour le respect de la dignité humaine Alma Osorio est du Salvador. Elle a une licence en sciences politiques et droits humains. ''Je ne connais pas beaucoup d'écrivains haïtiens. J'ai tout même fait une présentation sur la littérature haïtienne dans le cadre de ce cours et c'est à ce moment que j'ai découvert toute la richesse de la production littéraire d'Haïti. Je dois tout cela à Carolyn Shread qui nous a beaucoup parlé de ce pays. Ce qui choque dans le roman, c'est l'affaire de vente de sang et de cadavres dont parle la romancière, et aussi cette histoire de gens qui mangent du chat parce qu'ils avaient faim. Les droits de la personne ne sont pas respectés. Outre la situation de terreur créée par le gouvernement, j'ai aussi appris qu'Haïti n'est pas seulement la dictature ou la pauvreté, mais c'est un grand peuple qui a combattu l'esclavage... Le roman est aussi un plaidoyer pour le respect de la dignité humaine''. Un roman révolutionnaire Etudiante au département des sciences et des arts, Chrislyn Laurore est d'origine haïtienne. ''Je suis née aux Etats-Unis, mais j'ai passé un peu de mon enfance en Haïti. Quand ma professeure, Carolyn Shread, est arrivée avec le livre dans la salle, j'ai trouvé ça génial mais drôle aussi parce qu'ici on préfère généralement les romans français et on oublie si Haïti fait partie du monde francophone. C'est un beau livre. Il donne plein d'informations sur la période des Duvalier et les formes de solidarité qui existaient au sein de la paysannerie haïtienne. C'est un roman révolutionnaire aussi. Alcindor a été transformé -il a eu une prise de conscience, après sa rencontre avec Anne, la fille du ministre, morte pour une cause juste. Les rapaces, c'est le gouvernement qui a oppressé les paysans. Ce sont les bourgeois qui oppressent les paysans aussi et ce sont des paysans qui oppressent d'autres paysans. Il ne manque pas de ces genres de comportement qu'il faut, à tout prix, changer pour faire avancer le pays''.
Dieulermesson PETIT FRERE djason_2015@yahoo.fr Massachusetts, novembre 2012

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