Le 17 octobre 1806,les masses haïtiennes, exploitées et dominées, les esclaves du monde entier de l’époque, mais aussi les
progressistes du monde colonial qui aspiraient à l’indépendance, ont subi
une perte terrible: Dessalines est mort du complot orchestré par les
deux leaders des nouvelles classes dominantes du nouvel État
d’Haïti :CHRISTOPHE REPRESENTANT DE L’ELITE NOIRE ET PETION
REPRESENTANT DE L’ELITE MULATRE. Il n’est pas mort au combat, comme
MACKANDAL, BOUKMAN, ACAO, BENOIT BATRAVIL, RAYMOND JEAN-FRANCOIS, ALIX LAMAUTE, YANICK RIGAUD.
La révolution haïtienne perdit l'un de ses principaux dirigeants; les
masses populaires haïtiennes et les esclaves rebelles de toute
l’Amérique avaient perdu un combattant très cher. Quel que soit le
temps ou l’espace, un révolutionnaire doit emboîter les pas de ce
géant. Qui des révolutionnaires internationaux n’auraient été, ne sont touchés par son idéal, son courage et sa sincérité? Avec Capois la mort, et
mieux que quiconque dans le monde d'aujourd'hui, il a su incarner les
vertus fondamentales du révolutionnaire: la loyauté prioritaire à l'égard des déshérités; la résolution farouche de mettre ses actes en conformité avec ses convictions. Convaincu que la présence des anciens colons
français dans le nouvel État indépendant et celle des colons espagnols esclavagistes à l’Est constituaient une menace pour la
révolution fraîchement victorieuse, il dirigea lui-même le massacre de ces anciens
colons français et la campagne de l’Est.
Des historiens à la solde des classes dominantes minimiseront sa mort et
certains ne comprennent pas jusqu'à date qu’il est mort parce qu’il souhaitait une société haïtienne équitable; qu’il est mort parce qu’il procédait à la vérification des titres de propriété; qu’il est
mort parce que les grands généraux noirs et mulâtres accaparaient tous
les biens vacants. Ils ne comprendront jamais qu'il est mort parce
qu'il aimait passionnément les hommes et sa propre culture (jusqu’à date des conformistes le traitent de populiste parce qu’il adorait la danse populaire-tandis que Paul Magloire est considéré par eux comme un bon vivant parce que lui, il aimait les danses de salon); qu'il est mort
pour éviter que les colons et les capitalistes reviennent dans
le pays exploiter les travailleurs; qu’il est mort parce qu’il ne
voulait pas que la nation soit occupée par les impérialistes; qu'il
est mort pour sauver les enfants de son pays de la mort
précoce, des milliers d'opprimés de souffrances
inhumaines et inutiles, auxquelles les condamnait un régime déjà
condamné par l'Histoire.
La réaction triomphe. Cependant, les généraux Christophe et Pétion, aux mains
rouges du sang des travailleurs du Royaume du Nord et de la République
de l’Ouest, n’ont pas osé célébrer sa mort. Les
progressistes et révolutionnaires doivent aujourd’hui encore continuer
à chérir le souvenir de ce grand révolutionnaire, car il a donné sa
vie pour la libération des classes opprimées.
Si l’imaginaire entourant la Révolution haïtienne est si riche en
mythes et symboles de toutes sortes, c’est que les révolutionnaires
s’inventent au fil des événements et façonnent une série de
représentations qui leur servent à penser la nouvelle société qu’ils
prétendent construire. Comme tout grand récit, la Révolution
finit par se doter de héros réputés d'avoir contribué à la fondation, à
la conduite ou au maintien de la nation. De tous les grand
révolutionnaires, Dessalines est sans doute qui se distingue le
plus, non seulement parce qu’il représente la phase la plus radicale,
La plus populaire et la plus violente de la Révolution, mais aussi,
voire surtout, parce qu’il en vient à incarner la Révolution
elle-même, dans ce qu’elle a de plus utopique, de plus extrême. Dans
ses principes, la Révolution prolétarienne est incompatible avec tout
culte du héros : la transformation socialiste comme phase transitoire
de la société communiste doit précisément empêcher à un homme de
s’élever au-dessus des autres. L’héroïsation bourgeoise doit être
rejetée, en même temps que toute forme de domination d’une figure
individuelle sur la collectivité. Ce discours égalitaire et ce
nivelage apparaissaient déjà clairement dans une chanson
révolutionnaire de la sans-culotterie où il est explicitement dit : « Il
faut raccourcir les géants, Et rendre les petits plus grands, Tous à
la même hauteur, Voilà le vrai bonheur révolutionnaire ». Deux cent-six
ans après sa mort, après une longue période où les classes dominantes
ignorent la pensée dessalinienne, nous voulons maintenir en vie
l’homme à travers ses actes, ses prises de position .Nous nous
efforçons de le faire connaître par les masses laborieuses. Mais,
au-delà du héros, au-delà de tous les mensonges orchestrés par des
historiens sans vergogne, au-delà des hypocrisies des classes
dominantes, des chefs de l’Etat chaque 17 octobre c’est l’homme qu'il
nous faut (ré)découvrir. Personnage historique et non image héroïque,
l'histoire et l'œuvre de Dessalines sont importantes à connaître. Sa
vie, son œuvre est une source d'exemples, d'enrichissements théoriques
et pratiques non seulement de par les succès qu'il a connus, mais
également de par ses échecs et ses erreurs. Loin de tout culte de la
personnalité, nous voulons restituer ici la vie et l'œuvre d'un
révolutionnaire hors du commun. Dessalines et la révolution des
esclaves de 1804 méritent d’être mieux connus du prolétariat et de la
jeunesse de cette époque. C’est dans le fameux livre du « komite
rezistans Benwa Batravil (k.r.b.b) que l’on retrouve l’explication la
plus détaillée. Ici, nous ne pouvons qu’en retracer les grandes
lignes. C’est une histoire faite d’héroïsme et de sacrifices. Les
masses laborieuses d’esclaves avec Dessalines à leur tête ont fini par
triompher dans la lutte révolutionnaire, les grandes puissances, tour
à tour, qu’étaient l’Espagne, l’Angleterre, la France.
Comme tout mouvement social, le mouvement révolutionnaire des masses
esclaves était traversé par différents courants de pensée. Chacun a sa
façon, les représentants de ces courants dans le temps cherchent
comment les décrire et les inventorier. Les idées étant des
représentations humaines de la réalité sociale.
Qui était Dessalines ?
Contrairement à Christophe qui dirigeait un hôtel dans la ville du
Cap. Toussaint, esclave domestique, cocher qui sera affranchi par son
maitre. Dessalines était un esclave des champs qui travaillait dur,
jusqu'à l’âge de 31 ans, il n’a pas vécu une vie libre. Durant toute
sa vie, son corps portait les traces du fouet de ses maîtres. Il
faisait partie des travailleurs esclaves sur lesquels reposa
l’économie de Saint-Domingue. Il a connu toute sorte de sévices. Sa condition
d’existence matérielle engendra chez lui, la détermination farouche de
combattre ses anciens maîtres avec toute la rigueur révolutionnaire
que cela suscite.
La première leçon que tira Dessalines au cours de ses expériences de lutte fut :
LORSQUE LES MASSES EXPLOITEES SONT UNIES SUR LA BASE D’UNE ORGANISATION, ELLES PEUVENT EBRANLER LE SYSTEME
D’EXPLOITATION. Cette leçon viendra du congrès qui s'est tenu à Bois-Caïman dans la nuit du 13 au 14 août 1791 et de l’insurrection des esclaves du nord dans la nuit du 21 au 22 du même mois et de la même année.
La Trahison de Toussaint
Tout en faisant la guerre, Toussaint ne considérait pas le conflit avec la France comme une contradiction antagonique. Il faisait la guerre sur le terrain et combinait des négociations secrètes avec l’ennemi .Il recherchait toujours un compromis. Au lieu d’expliquer clairement les objectifs des ennemis de classe, d’extirper de son rang les vacillants et d’en finir une fois pour toutes avec les colons qui ne souhaitaient que le retour de l’esclavage, il préférait réprimer ceux de son camp qui, comme Moise désirait aller plus loin et agissait en conséquence. LES MASSES FRUSTREES par la politique (roule m de bonda) opportuniste de Toussaint qui favorisera les blancs pour soigner son image auprès de ses supérieurs c'est-à-dire l’Etat français le pire ennemi des masses populaires. Cette politique de trahison expliqua la défaite de Toussaint. Ce sera une seconde leçon que Dessalines apprendra : LES DIRIGEANTS D’UNE REVOLUTION NE SONT PAS TOUJOURS SUR LA MEME POSITION QUE LES MASSES, QUAND CELA SE PRESENTE, ILS TRAHISSENT LES MASSES POUR DES INTERETS PERSONNELS.
Entre la voie réformiste et celle révolutionnaire.
La question de la transformation de la vieille société coloniale basée sur l’exploitation esclavagiste, du passage a une nouvelle société sans maitre et esclave sera chez les masses populaires général et des généraux en particulier. Elle recevra des solutions profondément différentes : allait-on cheminer vers l’autonomie dans le cadre de reformes limitées fondées sur une entente entre colons-bourgeoisie française et les grands généraux noirs, elle-même réalisée sur le dos des masses paysannes pauvres contraints de travailler pour enrichir ses ennemis de classe en échange de l’abolition de l’esclavage ? Cette voie rude de conséquence pour les masses populaires sera celle de Toussaint. L’évolution et l’aiguisement des luttes de classes entre révolutionnaires et réformistes, la position de Moyse et les initiatives autonomes du mouvement populaire, imposèrent finalement une autre voie :celle du refus de la voie réformiste ;celle de l’affirmation d’une voie revolutionnaire,c'est-à-dire d’un compromis entre anciens-nouveaux libres(noirs-mulâtres) et les masses populaires. C’est dans les vastes, terribles et complexes processus sociaux, politiques et militaires qui vont de juillet 1802 suite au message apporté par des esclaves qui réussiront à prendre le large et informèrent les saint dominguois que l’esclavage est rétabli en Guadeloupe à mai 1803 que cette voie révolutionnaire et indépendantiste se développe et s’affirme avec le plus de puissance. Des mouvements de guérilla par ci et la avec des leaders tels les Lamour Dérance, Sila,Sans-Souci,Petit-Noel, Capois la Mort, Pétion, Christophe et surtout Dessalines joueront dans ces mois et années un rôle fondamental. C’est ce qui fera d’eux les symboles de cette étape de la révolution et de l’indépendance nationale.
Sous le commandement de Dessalines, aucun cadeau ne sera fait à l’ennemi. La violence de son armée sera proportionnelle à celle de Rochambeau. Christophe et Pétion, les deux authentiques leaders des classes intermédiaires affranchis et de ses deux ailes noire et mulâtre s’unissent avec Dessalines ancien esclave dont le radicalisme se confondait avec les revendications les plus populaires et révolutionnaires. Le 18 novembre à vertières, les masses esclaves qui ont triomphé de l’armée de Napoléon furent des héros de l’émancipation humaine ; pour répéter l’auteur des Jacobins noirs.
Comme toutes révolutions, la nouvelle société de la jeune république sera née au milieu des ruines : la destruction systématique des moyens de production, de toutes les richesses accumulées par trois siècles de colonisation, la mort de milliers de pesonnes étaient le coût de l’indépendance nationale.
Alors, les nouveaux dirigeants avaient deux tâches essentielles : 1-la consolidation par la protection militaire de l’indépendance ; 2-la reconstruction matérielle et l’organisation économique.
1-Institutionnellement, garder l’armée populaire était fondamentale-Achat d’armes, de munitions, construction des forts de defense,la conquête de l’est pour enlever aux forces contre révolutionnaires une base militaire étaient des nécessités liées aux conditions matérielles de l’epoque. Il est évident,comme la Russie en 1917,la Chine en 1949 et toutes les autres révolutions, cette situation ne sera pas sans conséquence.Une grande partie des ressources humaines et financières ne seront pas canalisées à des fins productives.
2-Dessalines, que les réactionnaires représentent bien à tort comme un médiocre administrateur ne fut autre qu’un grand visionnaire. Sous le pouvoir de Dessalines, les biens des colons seront nationalisés. Un organisme sera chargé d’administrer, de contrôler la culture des biens agricoles et la mise en valeur des domaines, de centraliser la production du sucre. Telle fut la ligne politique économique tracée par Dessalines. »La proclamation de l’indépendance a eu pour effet juridique immédiat la disparition de la propriété coloniale. Le décret du 2 janvier 1804 supprime toutes formes déguisées et évoluées de la-dite proprieté. et la constitution de 1805 confirme le transfert au patrimoine national de tous les biens fonciers ayant appartenu aux colons. LA CONSTITUTION DE 1805 DE DESSALINES PROCLAMA : « LA PROPRIETE APPARTIENT A LA NATION HAITIENNE ».
Cette position de classe mettre sous le contrôle de l'Etat toutes les richesses des anciennes classes dominantes entra en contradiction avec les généraux noirs et mulâtres qui voulaient continuer à s’approprier de tous les biens des colons. Dessalines entendait que toute l’action politique fut employé a prévenir et, au besoin, à réprimer les abus de la richesse. Les généraux noirs et mulâtres n’eurent pas d’adversaire plus déterminé et convaincu: « Les biens qui avaient appartenu aux blancs et qui auraient dû rentrer dans le patrimoine de l’Etat, devinssent propriété de nombreux particuliers qui déjà avant la révolution avaient un bien-être. On trouve des protecteurs, des complaisants, pour se faire mettre en possession de ces biens. N’est-ce pas voler impunément ? Eh bien ! De même que je fais fusiller ceux qui volent des poules, des denrées et des bestiaux, je ferai mourir ceux qui permettent par complaisance qu’on se mette en possession des biens de l’Etat. Qu’on ne pense pas que je parle un vain langage, car sur ma foi de Jean-Jacques, c’est ce que je ferai ».
La politique agraire de Dessalines poursuivait un double objectif :1-mettre les richesses agraires nationalisées sous le contrôle de l’administration des domaines afin d’enrichir le patrimoine national. 2-rendre propriétaires les anciens esclaves au moyen d’une distribution équitable d’une partie des propriétés coloniales. Écoutons-le : « Nous avons fait la guerre pour les autres. Avant notre soulèvement,les hommes de couleur, fils de blancs, ne recueillaient point l’héritage de leurs pères.Comment se fait-il qu’après avoir expulsé les colons, leurs fils réclament leurs biens ?Et les pauvres nègres dont les pères sont restés en Afrique, ils n’auront donc rien ?Attention,negres et mulâtres,nous avons tous combattu contre les blancs ; les biens que nous avons conquis en répandant de notre sang appartiennent à tous et je veux qu’ils soient distribués en toute équité ».Il n’y a que les révolutionnaires qui sachent et puissent louer le génie intuitif et pratique de ce grand révolutionnaire qu’est Dessalines. Le rôle attribué à l’organisme d’administration des domaines constituait la forme la plus avancée d’intervention de l’Etat dans la vie économique, concevable de l’époque (réf. Gérard Pierre-Charles).
Sur le plan commercial, en même temps que le droit de propriété était refusé aux blancs dans le but de protéger l’intégrité nationale, il s’efforça d’orienter le commerce extérieur d’Haïti vers les marches les plus divers. Il refusa de traiter avec les Anglais qui proposèrent une sorte de monopole. Il Atablissait avec les américains un commerce de parité.
La question de la vérification des titres de propriétés fut l’expression de la lutte de classe entre deux tendances au sein des artisans de l’independance.Dessalines sera tué dans le complot orchestré par les deux composantes des nouvelles classes dirigeantes noire et mulâtre. Cette classe qui avant la révolution avait un bien-être et désirait le consolider.
C’est l’ensemble des œuvres révolutionnaires qui explique, qu’après tant d'années un homme comme Dessalines cristallise sur lui non seulement l’hostilité des classes dominantes et intellectuels haïtiens mais encore de manière croissante et durable, celle de la bourgeoisie française. Face aux revendications de la paysannerie pauvre et des masses populaires urbaines au cours du XIXe siècle et à l’apparition de la classe ouvrière, les classes dominantes d’Haïti vont vouloir effacer, refouler ou tout au moins affaiblir le souvenir des idéaux dessaliniens fondés sur des idéaux de liberté et d’égalité qui se rattachent à ce compromis avec les masses populaires.
On peut tuer un homme. Mais on ne pourra jamais tuer une idée qui plonge ses racines dans la réalité sociale la plus profonde. Des Capois, des Gonaiviens, des Port au Princiens, des Cayens, des Saint Raphaelois, des Jeremiens, des Leoganais, des ouvriers, des travailleurs, des paysans pauvres , des étudiants,des intellectuels, des jeunes, des femmes, ils sont nombreux les militants qui sont déjà prêts à reprendre le sabre et le fusil tombés des mains de Dessalines au Pont- Rouge le 17 octobre 1806. Nous avons le devoir de faire en sorte que son nom constitue tout un programme , un drapeau, un appel à la rébellion qui résonne dans tous les dix départements et dans la diaspora. Les misérables mascarades des classes dominantes ne sauront retarder pas même d'une journée le moment de leur écroulement. L’exemple du fondateur de la patrie doit inciter les révolutionnaires haïtiens à redoubler d'ardeur dans la lutte contre le semi-féodal, l'impérialisme et le capitalisme. Aujourd’hui encore, nous pleurons un grand ancêtre, un patriote révolutionnaire exemplaire, un militant héroïque. Mais nous savons que sa cause est invincible. Il est entré vivant dans l'histoire qui couvrira de mépris le nom de ses assassins. Car il incarne cette Révolution, cette émancipation définitive de laquelle toute la réalité de notre époque proclame ce que se donna comme épitaphe une autre grande victime de bourreaux abrutis, Rosa Luxembourg: « J'étais. Je suis , et Je serai ».