Vendredi 9 décembre 2016









SANTE

Ces histoires d'écoles des sciences infirmières et de licence professionnelle en Haïti


 

Revenu en terre natale après une trentaine d’années d’absence et d’expériences académiques et professionnelles dans le domaine de la santé, j’éprouve un choc culturel à la simple observation de voir tant d’écoles de sciences infirmières et aussi le manque de structures professionnelles pour l’exercice de ce métier ici. Je me rappelle avoir écrit et publié dans le magazine Pluriel et l'hebdomadaire Haïti en Marche un texte traitant de cette carence d’une licence professionnelle structurée et/ou contrôlée par une commission indépendante, laquelle serait fondée sur la promulgation des lois, conçues par le Parlement haïtien en partenariat avec les ministères de la Justice, du Commerce et des Finances, entre autres; ce, pour la balance des choses et la protection des droits civils ou de consommateurs de toutes les parties engagées. J’avoue aussi que je n’avais  entrepris aucune démarche officielle à cet effet. C’était durant le printemps chimérique de l’année 2004.

Aujourd’hui encore, rien de concret n’est fait pour résoudre le problème. On remarque dans le pays toutes sortes d’écoles d’infirmières qui décernent des diplômes. Quant à la pratique de ce métier, on ne fait plus de distinction entre les dimensions ou les degrés de ces diplômes. Tout compte fait, c’est du libertinage académique et professionnel. Et j’ose même déclarer que c’est plutôt toute la pratique professionnelle en Haïti qu’il faut essayer de structurer. Pouvons-nous vraiment progresser sans la conception ou la mise en place d’une Commission de licence professionnelle (Board of Professional Licensings), réglementée par l’Etat?

A cette question, je réponds catégoriquement par la négative. Il nous faut, et ceci le plus vite possible, mettre sur pied une telle commission. Et je vous en fournis les raisons suivantes : a) le but est de faire la différence entre une patente commerciale (celle de la DGI) et une patente professionnelle; b) la possibilité pour l’Etat haïtien de contrôler les métiers, y compris la spécialité des professionnels et même de sanctionner ou d'ordonner la rééducation en cas d’infractions répétées de la part d’un professionnel; c) le pouvoir de taxer par profession; d) le pouvoir de barrer la route aux charlatans et aux fossoyeurs; e) l’aptitude à préciser la formation ou spécialisation d’un professionnel donné ou même de faire la différence entre un étudiant et le clinicien formé au plus haut niveau d’une profession donnée.

Toutes ces raisons, citées plus-haut m’inspirent à plaider en faveur d’un code ou d’une licence professionnelle en Haïti. Revenons maintenant à notre thèse originale – celle de délivrer des diplômes de nursing par n’importe quelle institution. Le monde académique et professionnel aux États-Unis et au Canada fait de grandes et importantes différences entre certificat, diplôme et degré. En effet, les deux (2) derniers restent aujourd’hui notre point de souci. Dans le domaine des sciences infirmières, le cheminement académique de tout individu, selon ces experts, s’explique ainsi : a) le diplôme d’auxiliaires – une équivalence de douze (12) mois d’études au niveau technique; b) le degré de Associé en sciences infirmières (ASN) – une équivalence de deux (2) ans d’études au niveau du Junior college conduisant à la licence professionnelle de RN (registered nursing); c) le degré de Licence en sciences Infirmières – une équivalence de quatre (4) années d’études au niveau universitaire; d) le degré de Maître en sciences infirmières (MSN) – une équivalence de six (6) années d’études académiques et cliniques plaçant ce diplôme au niveau d’une patente professionnelle titrée « ARPN »(Advanced Registered Pratical Nurse); f) le degré de Docteur (PH.D.) en sciences infirmières --- une équivalence de sept à huit années d’études académiques et cliniques.

Et on comprend pourquoi le rendement de l’éducation en sciences infirmières et celui de la licence d’Etat en Haïti restent un peu flou et/ou confus à mes yeux de « dépaysé ». Ironiquement, les mêmes phénomènes sont aussi observés dans presque tous les secteurs en terre natale. C’est pratique courante ici de rencontrer des diplômés de trois (3) ans d’études en sociologie, psychologie, anthropologie qui se portraiturent comme « psychologue, sociologue, anthropologue ». Et souvent, je pouffe de rire à les entendre. Toutefois, je rêve de vivre ces jours où le Parlement haïtien, les ministères de la Justice, du Commerce et des Finances et les autres pourront bien ensemble avec l’exécutif  redresser le plafond du monde professionnel ici. Toute nouvelle loi ou politique administrative en cette direction fera l’affaire de tous. Critères et limites créés, la différence entre un maître d’école, instituteur et professeur d’université ou toute autre profession se ferait sentir. Les consommateurs seraient plus avertis. Les charlatans seraient aux aguets. L’Etat peut imposer une assurance professionnelle tout en l’attachant  à cette licence professionnelle d'une durée de trois (3) ans au minimum ; tout cela avec le droit de saisir, d’annuler et de prohiber toute pratique en cas d’infractions ou de négligences répétées. Messieurs les élus et les policymakers du gouvernement, can we get along on that, please ?

 

 











AUTEUR
Docteur Harry-Hans François, Ph.D., N.D., CNC., Dip-CFC

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