Samedi 3 décembre 2016









SANTE

Et si la folie n'existait pas!

Mon dit


Parmi les bon moments que l'on puisse passer dans la vie, il y a certains, quoique trop rares, que j'adore particulièrement : celui de pouvoir échanger des idées avec un interlocuteur dont la culture égale la vôtre. Ce n'est pas toujours que l'on a envie d'être le phare d'un discours où tout votre auditoire est suspendu à vos lèvres. Des fois, avoir un intervenant qui vous produit des arguments, des contre-arguments, est un exercice intellectuel que j'apprécie beaucoup. Ainsi, j'ai donc un bon souvenir d'une conversation partagée avec le propriétaire du Mélodisque, et la dynamique de la discussion nous amena à parler de la folie. Et c'est une bien étrange chose que la folie ! Elle indique les limites de la connaissance, elle indique les limites de la science, mais bien plus grave, elle met en question le fondement même de tout raisonnement, de toute logique à un point que j'en viens à douter qu'elle soit en fait une maladie, et c'est de ce doute, de ce questionnement dont je vais vous entretenir aujourd'hui ! La science, cette entité floue, qu'on n'arrive pourtant pas bien à définir, cherche paradoxalement à tout définir. Elle s'appuie sur des règles qui déterminent une certaine rigueur. Elle garantit les résultats des recherches qui ont alors le droit d'avoir le nom de scientifique. Des fois, la science se gonfle d'orgueil et vient à perdre toute humilité en se gaussant de pouvoir trouver une réponse à tout. Pourtant, bien des écueils se chargent de la ramener à l'ordre. Il en est ainsi du vivant. La science de la vie, la biologie, trouve pas mal de solutions, d'explications au vivant, mais n'a jamais pu expliquer la vie. En effet, il y a « quelque chose » qui transforme l'inerte, et ce mélange en fait un être vivant pendant un certain temps. Les perturbations de cette relation entre ce « quelque chose » et l'inerte s'appelle la maladie et les tentatives pour retrouver cette harmonie : le traitement. Comme vous pouvez l'imaginer vous-même, la branche de la science qui s'occupe de cette partie est la médecine. D'un côté tout semble simple, des micro-organismes, des conditions de vie déplorables concourent justement à ces perturbations, nuisent à cette harmonie. D'un autre côté cela ce complique, car il y a un « quelque chose d'autre » dans l'indéfinissable, « quelque chose » qui anime. Ce « quelque chose d'autre » permet ainsi à certains êtres vivants d'être doués de raison. Ce « quelque chose d'autre », qui nous permet de réfléchir, de penser, d'aimer et ainsi nous sépare de la gent animalière, peut lui aussi, paradoxe des paradoxes, subir des perturbations. Et, se référant à la situation précédente, elles sont considérées comme une maladie et s'appelle la folie. Mais alors que dans les maladies dites organiques les choses sont à peu près claires, car il s'agit de trouver le germe causal et les médicaments qui nous en débarrasseront, dans la folie on est plutôt dans le vaporeux. En effet, dans ce cas, il faut statuer sur ce « quelque chose d'autre » qui nous permet d'être des humains, et je pense que la « folie » ne peut pas être considérée comme une maladie. Je sais que je m'engage ici sur un terrain très glissant, vu qu'il n'est pas de ma spécialité et que je n'ai aucune base solide en psychologie et en psychiatrie. Mon but n'est justement pas d'en parler, mais de réfléchir plutôt sur le concept même de la folie, de ce qu'on appelle les comportements anormaux. Je pense que les « fous » sont en quelque sorte des personnes qui n'ont pas les mêmes repères que la grande majorité. Un concept que je qualifie d'erroné tend à faire croire qu'une idée ou un comportement est considéré comme normal s'il est partagé par une majorité. Pourtant l'histoire fourmille de faits contradictoires. Par exemple Galilée, il faisait partie d'une minorité qui pensait que la terre était ronde; dans le nazisme, une majorité était favorable à l'antisémitisme qui était de mise... Le terme « normal » est donc à prendre avec des pincettes; mais malheureusement il gère trop souvent nos comportements. Et c'est ce qui arrive avec les « fous ». Pour moi, ils n'ont simplement pas les mêmes repères que nous et vivent dans un monde autre que le nôtre. Si nous voulons les aider, il faut les comprendre, car en fait l'histoire de l'homme est remplie justement de fous qui ont su convaincre et changer les repères de chacun. Un exemple : Jésus-Christ; un autre ? Gandhi; et j'en passe ! Tous ces hommes, toutes ces femmes nous ont transformés et ne sont pas normaux, alors quand nous voyons un des leurs dans les rues, peut-être qu'un peu de considération de notre part serait meilleure, car en face de nous se trouverait peut-être un leader qui changera Haïti. J'espère qu'après cela, vous n'êtes pas prêts à me passer la camisole...











AUTEUR
Dr Philippe DESMANGLES ; pdesmangles@yahoo.fr

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