EMMUS VI : Moins d'enfants vaccinés, plus d'enfants meurent

Les résultats préliminaires de l’Enquête mortalité morbidité et utilisation de services (EMMUS VI) réalisée entre novembre 2016 et avril 2017 sont connus. Les premières statistiques confirment la baisse significative de la couverture vaccinale. Elles relatent que la mortalité infantile est de 59‰. En comparaison aux 15 dernières années, celle-ci est en nette augmentation. Par ailleurs, le rapport révèle que les infections respiratoires aigües sont les maladies tueuses de nos enfants et la prévalence du sida a chuté à 2%.

Publié le 2017-12-05 | Le Nouvelliste

National -

C’est le Dr Josette Bijou, ancienne ministre de la Santé, qui nous a mis la puce à l’oreille en août dernier. Plusieurs maladies en voie de disparition en Haïti ressurgissent à cause de la faible couverture vaccinale. Les résultats de l’Enquête mortalité morbidité et utilisation de services (EMMUS VI) qui a été menée entre 2016 et 2017viennent confirmer la tendance.

« Depuis 2012, on assiste à une baisse de la couverture vaccinale. Alors qu’il était de 45%, le pourcentage d’enfants ayant reçu tous les vaccins du Plan élargie de la vaccination (PEV) a chuté de 4% (41%). Et le pourcentage de ceux qui n’ont reçu aucun vaccin est évalué à 10 % », a révélé le rapport de 59 pages.

Dans le cadre du Programme élargi de vaccination (PEV), un enfant est considéré comme étant complètement vacciné s’il a reçu le BCG contre la tuberculose, la dose de vaccin contre la polio à la naissance, les doses de Pentavalent (DiTePer - Hep B - Hib), les trois doses de DiTePer contre la diphtérie, le tétanos, et la coqueluche, les trois doses du vaccin contre la polio et le vaccin contre la rougeole et le rotavirus. Tous ces vaccins doivent avoir été administrés à l’enfant au cours de sa première année.

D’après les informations provenant des carnets de vaccination ou des déclarations des mères, 4 enfants de 12-23 mois sur 10 ont reçu tous les vaccins de base. À l’opposé, 10% n’ont reçu aucun vaccin, selon l’enquête.

« Seulement 18 % des enfants ont reçu tous les vaccins appropriés à leur groupe d’âge, à savoir les mêmes vaccins que précédemment et deux doses contre au rotavirus. De manière spécifique, 83 % des enfants de 12-23 mois ont reçu le BCG, 55 % la troisième dose de DiTePer/Pentavalent, 54 % la troisième dose contre la polio, 58 % la deuxième dose de rotavirus, et 61 % le vaccin contre la rougeole. »

« La dose de vaccin polio 0 (à la naissance) n’a été reçue que par 38 % des enfants de 12-23 mois. On note des déperditions importantes entre les doses de vaccin concernant le Pentavalent, la polio, et le rotavirus. De 84 % pour la première dose de Pentavalent, la couverture passe à 55 % seulement pour la troisième. En ce qui concerne la polio, la proportion passe de 84 % pour la première dose à 54 % pour la troisième. Quant au rotavirus, entre la première et la deuxième dose, la proportion passe de de 73 % à 58 %», rapportent les agents de l’Institut haïtien de l’enfance (IHE) et de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) qui ont réalisé l’enquête.

Le rapport note que « la couverture vaccinale varie selon certaines caractéristiques sociodémographiques. Elle diminue suivant le rang de naissance et elle est plus élevée chez les filles que chez les garçons (44 % des filles ont reçu tous les vaccins de base contre 38 % des garçons). La proportion d’enfants ayant reçu tous les vaccins de base est plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural (50 % contre 37 %).

L’EMMUS VI 2016-2017 estime le niveau de mortalité infantile à 59 ‰, qui est le même que celui observé antérieurement à l’EMMUS-V de 2012. En moyenne, sur 1 000 enfants nés vivants annuellement, au cours des cinq dernières années (2012-2016), 58 seraient décédés avant de fêter leur premier anniversaire. La structure par âge de la mortalité infantile révèle que la mortalité néonatale, décès avant d’atteindre un mois exact (32 ‰), correspond à plus de la moitié (54 %) de la mortalité infantile, et la mortalité post néonatale (27 ‰) à une part plus faible (45 %).

Au niveau de la mortalité juvénile, le quotient (24 ‰) indique que sur 1 000 enfants ayant atteint leur premier anniversaire, 24 seraient décédés avant de fêter leur cinquième anniversaire. De son côté, le quotient de mortalité infanto-juvénile (81 ‰) signifie que sur 1 000 enfants nés vivants, 81 seraient décédés avant de fêter leur cinquième anniversaire.

Selon le rapport, si l’on compare les niveaux de mortalité pour la période la plus récente (0-4 ans avant l’enquête) avec les périodes antérieures (5-9 ans et 10-14 ans), il semblerait que la mortalité infantile a augmenté au cours des 15 dernières années et que la mortalité juvénile a très légèrement baissé. La comparaison avec les enquêtes antérieures semble confirmer cette tendance.

Par ailleurs, il est à noter que la fièvre et la déshydratation induite par les diarrhées sévères sont les maladies constituant les principales causes de décès infantile. La prévalence du VIH/sida se situe autour de 2%.

Dans un prochain article, Le Nouvelliste présentera les autres indicateurs de cette enquête réalisée avec une population de 13 405 ménages que ça soit en milieu urbain ou en milieu rural.

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