Livres subventionnés : l'Etat n'a toujours pas payé une gourde

Parce que le gouvernement haïtien n’a pas encore fait les 1er et 2e versements du contrat de 381 millions de gourdes à la Maison Henry Deschamps, les opérations de vente des ouvrages subventionnés n’ont pas encore débuté. Entre-temps, parents et distributeurs se plaignent du prix régulier de ces manuels.

Publié le 2017-09-11 | Le Nouvelliste

National -

Plus d’une semaine après la rentrée des classes, acheter des ouvrages scolaires pour son enfant n’est pas si simple qu’il paraît. Vu que les livres subventionnés par l’Etat ne sont pas encore mis en vente sur le marché, certains parents sont obligés de s’en procurer au prix régulier. Non sans s’en plaindre. Pour certains, l’accès aux bouquins subventionnés est simplement impossible. De leur côté, les détaillants se plaignent de la perturbation qu'engendre ce retard sur le marché. « Les ventes ont diminué cette année puisque les livres originaux sont vraiment chers. Nous ne pouvons pas avoir recours à la photocopie car on nous menace de nous poursuivre en justice. De plus, certains établissements interdisent aux élèves d’utiliser des ouvrages photocopiés », déplore Lilianne, une marchande rencontrée non loin de l’ancien bâtiment de la Maison Henry Deschamps au centre-ville.

Joint par téléphone, le P.D.G. de la Maison Deschamps, Peter Frisch, a expliqué que les clients paient les ouvrages à un prix régulier car les opérations de subvention n’ont pas encore débuté. Ce processus, explique-t-il, a commencé très tard. « Le gouvernement actuel a été installé au mois de mars. A la Maison Henry Deschamps, nous avons reçu le contrat de subvention le 1er septembre dernier. C’est à partir de ce moment qu’on a commencé à définir les obligations respectives entre le MENFP, pour le compte de l’Etat haïtien, et la Maison Henry Deschamps », explique-t-il.

Peter Frisch souligne plus loin que tous les livres sont déjà prêts. « Nous avons remis au ministère de l’Education nationale tous les documents, pièces, rapports, cautions bancaires, cautions d’avance, […]. Maintenant nous attendons de recevoir, conformément aux termes du contrat, la première et la deuxième tranche du montant afin de mettre les ouvrages en vente », a-t-il fait savoir. A cet effet, Frisch indique que, le paiement selon les dernières infos dont il dispose, retardé par le passage de l’ouragan Irma, sera effectué ce mardi. « Si tout se fait demain de très tôt, nous prendrons les dispositions nécessaires pour démarrer les opérations de vente ce mercredi. Les premiers arrivés seront les premiers servis. Dans le contrat, il n’est stipulé aucune préférence pour une catégorie d’élèves particulière », a-t-il prévenu.

La subvention de l’Etat haïtien, dans le cadre du contrat avec la Maison Henry Deschamps, s’élève à 381 millions de gourdes, selon Peter Frisch. Ce montant couvre un total de 1 million et 387 mille ouvrages. Le matériel concerne les classes de 1re à 9e année fondamentale. « Ces livres concernent différentes matières telles que communication créole, communication française, mathématiques, histoire, géographie, éducation à la citoyenneté et sciences. Cette année, certains ouvrages sont subventionnés à 70 %, d’autres le sont à 60% », explique le P.D.G. de la Maison Deschamps.

Par ailleurs, Frisch a souligné que le budget alloué à la subvention des ouvrages scolaires est très limité. Par conséquent, souligne-t-il, le montant subventionne uniquement une petite quantité d’ouvrages nécessaires à la population scolaire. « Pour l'année académique 2017-2018, 2 millions et 900 élèves iront à l’école. Par contre, une subvention pour 1 million et 387 mille ouvrages n’équivaut même pas à un ouvrage par écolier », fait-il remarquer.

Peter Frish a souligné que la quantité de livres subventionnés par l’Etat diminue considérablement chaque année. Car, explique-t-il, le gouvernement reconduit la même enveloppe budgétaire chaque année depuis 6 ans. Par contre, fait-il remarquer, avec le phénomène de l’inflation et la dévaluation de la gourde, le prix des matières premières importées augmente. « Le coût de production des ouvrages augmente. Cela a des incidences sur leur prix. La même enveloppe budgétaire chaque année permettra par conséquent de subventionner moins d’ouvrages », argue-t-il.

Réagir à cet article