Ruben Silié dénonce la contrebande et des caciques qui contrôlent la frontière

L’un des plus grands volets des relations haïtiano-dominicaines demeure le commerce. Principalement le commerce transfrontalier qui n’arrête de gagner en importance. La contrebande, l’absence d’un traité dans le domaine entre les deux pays, l’interdiction de certains produits dominicains sont, entre autres, des éléments qui entravent le commerce bilatéral, selon l’ex-ambassadeur dominicain en Haïti, Ruben Silié Valdez. Le diplomate plaide en faveur d’un accord commercial entre les deux pays en dénonçant quelqu'un du secteur économique en Haïti qui n’est pas favorable à l’ouverture des frontières entre les deux pays.

Publié le 2017-06-20 | Le Nouvelliste

National -

Les Dominicains exportent pour un milliard de dollars vers Haïti. Un chiffre qui pouvait être plus important, n’était la contrebande. « Les chiffres ne sont pas tout à fait exacts parce que malheureusement il y a beaucoup d’informel, mais selon les chiffres communiqués par les experts, c’est autour d’un milliard de dollars. C’est un commerce très fort et je suis ça avec beaucoup d’intérêt», a dit l’ambassadeur qui a abordé le sujet avec Le Nouvelliste avant de quitter Haïti. Sans détour, l’ambassadeur indexe la contrebande qui, selon lui, pourrit le commerce et fait perdre de l’argent aux deux pays. « L’actuel commerce s’est développé de manière informelle et on a toléré ça pendant beaucoup d’années, consciemment. Soyons honnêtes, la frontière a construit des mécanismes importants pour la contrebande », a martelé l’ambassadeur qui a conduit plusieurs études sur la frontière en tant que chercheur. « Le problème le plus grave pour les deux gouvernements à la frontière, c’est la contrebande. Le commerce transfrontalier est né d’ailleurs avec la contrebande. C’est lié historiquement à la construction des deux pays si l’on part du fait que ce sont les flibustiers et les boucaniers qui ont commencé à commercer sur l’île. La contrebande est une figure qui reste et qui résiste à travers l’histoire des deux pays », a expliqué l’ambassadeur. Le grand commerce a commencé à partir du coup d’État de 1991 et l’embargo imposé à Haïti par les Nations unies. « C’est à ce moment-là que les commerçants haïtiens ont découvert le commerce dominicain. C’est à partir de là qu’ils ont compris que si les produits ne viennent pas des États-Unis et du Canada, ils peuvent les acheter en République dominicaine, a souligné Ruben Silié. Et c’est dans l’informel que se sont développés ces échanges. « Il se produit dans un contexte d’informalité. Ce qui empêche de construire des mécanismes efficients pour un contrôle adéquat. » Pour l’ambassadeur sortant de la république voisine, le combat contre la contrebande doit passer par un accord commercial entre les deux pays. Sur ce point, Ruben Silié n’a pas caché sa tristesse de partir sans que les deux pays ne soient arrivés à cet accord mais plutôt des décisions qui, selon lui, affectent le commerce. Il n’a pas mâché les mots pour critiquer la décision de l’État haïtien d’interdire le passage de certains produits dominicains sur la frontière. « On ne voit pas ça comme une mesure commerciale, c’est comme si c’était un coup de poing à l’ennemi dominicain. Ce n’est pas une décision amicale, c’est plutôt une manière de montrer que politiquement nous sommes capables de bloquer les Dominicains. Cette mesure n’invite pas à la négociation, c’est plutôt une démonstration de force face à la République dominicaine », a lancé l’ambassadeur qui ne cache pas sa désapprobation de ce qu’il reconnaît toutefois comme une décision souveraine de l’État haïtien. Mais c’est une décision qui provoque beaucoup de préjudices et de difficultés à l’exportation dominicaine ». Pour le diplomate, le commerce transfrontalier n’est pas uniquement une action commerciale, c’est aussi un mécanisme de vie. Ce sont des relations humaines et la frontière a créé ses propres mécanismes des relations entre les Haïtiennes et les Dominicains. Jamais les Haïtiens et le Dominicains ne se sont mis d’accord pour voir quels sont les mécanismes pouvant régulariser les activités commerciales. « Durant mon mandat, on a essayé à trois reprises de parler de commerce, jamais on n’a pu arriver à un accord. A chaque fois, on a laissé la table de négociation pour le champ de bataille », a confié l’ambassadeur Valdez. L’ambassadeur dénonce un secteur économique en Haïti qui agirait contre l’expansion du commerce transfrontalier. « Il y a des caciques sur la frontière. Des patrons qui contrôlent des produits. Ces caciques ils jouent avec la réalité institutionnelle qui prédomine sur la frontière où l’Etat est très faible », a révélé l’ambassadeur qui ne jure que par une entente entre les deux Etats. Selon lui, les deux pays perdent de l’argent sur la frontière; adopter un accord commercial aidera à ordonner les échanges.

Réagir à cet article