Construire une presse libre et indépendante, une œuvre collective

Publié le 2017-05-03 | Le Nouvelliste

Editorial -

Haïti occupe la 53e place sur 180 pays dans le rapport mondial 2017 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. Notre pays n’est pas mal loti. La liberté de la presse ne se porte pas trop mal chez nous. Si nous occupons la 53e place du rapport, loin derrière nos voisins du Costa-Rica et de la Jamaïque qui occupent respectivement la 6e et la 8e place du classement, c’est parce que notre presse a encore des défis à relever. Haïti n’a eu certes ni de journaliste tué ni de journaliste emprisonné pour l’année 2016, mais il y a des problèmes structurels empêchant un meilleur développement des médias que nous n’avons pas pu résoudre. Parlementaires, représentants du gouvernement, journalistes, professeurs d’université, personnalités de la société civile avec le concours de l’Unesco ont fait le tour de ces problèmes mercredi à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté d’expression. Des problèmes que nous connaissons tous, mais le rappel est quand même nécessaire. Manque de formation du personnel des médias, difficile accès aux sources d’informations, bas salaire des travailleurs de la presse, dérives dans les médias sont, entre autres, des problèmes identifiés par les panélistes. La proposition de loi sur la diffamation votée par les sénateurs s’est ajoutée à la liste. Les problèmes auxquels les médias font face ne sont-ils pas les mêmes pour tous les secteurs de la vie nationale ? Les médias sont le reflet de notre développement socio-économique. Ils sont notre miroir. Les critiques quotidiennes contre les médias sont justifiées. Ils ne vendent pas assez une bonne image du pays, ils s’érigent en tribunal, ils laissent passer des accusations sans preuves, les journalistes ne respectent pas assez les règles d’éthique et de déontologie de la profession. Laquelle de ces critiques n’est pas fondée ? Qui sont les coupables ? La journée du 3 mai comme celles d’avant a été une bonne occasion pour réfléchir sur des pistes de solutions à ces problèmes. On a cependant compris que construire des médias à la hauteur de nos espérances et de nos attentes est une tâche collective. Cela demande un public plus exigeant, des journalistes conscients de leurs responsabilités, un cadre économique plus attractif, une société civile et une classe politique conscientes du rôle des médias dans la société. Comment y arriver ? La question à laquelle nous ne pouvons pas répondre depuis notre indépendance. Une chose est sûre, nous n’allons pas y parvenir sans moderniser notre système éducatif, sans sortir du marasme économique et assainir notre système politique. Réfléchir autour des problèmes des médias doit se faire au-delà de la date du 3 mai. Le débat doit aussi dépasser le cercle de quelques habitués pour toucher toutes les forces vives de la nation. Car renfoncer nos médias, garantir la liberté d’expression, corriger les dérives dans les médias c’est une tâche collective et les résultats seront bénéfiques à tous les secteurs. Nous avons tous intérêt à œuvrer pour une presse libre et indépendante.

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