Quand nos valeurs sont de la poudre aux yeux, notre moralité prend la poudre d'escampette...

REGARDS

Publié le 2017-04-26 | Le Nouvelliste

National -

Quand un Parlement, institution chargée de voter des lois qui devront protéger les citoyens, soutient, avec une légèreté absolue, un individu mouillé jusqu'aux os dans le trafic de stupéfiants, appelant sur le coup une résolution condamnant les représentants de deux institutions étatiques: la justice et la police, nous sommes de l'autre côté du miroir, au royaume d'Alice au pays des merveilles. Comme dirait Gesner Henri : «Absurdité, l'inconduidité»... Et j'ajoute comme refrain : «Gadon w sosyete». Mais la vie n'est pas une chanson ni un conte quoique ces parlementaires auraient des comptes à rendre. Mais comme ils jouissent de l’impunité... Pardon, de l’immunité! Évidemment, ils croyaient bien faire, puisqu'il s'agissait de protéger un élu du peuple contre la barbarie yankee. Mais ils ne pouvaient pas savoir que cet honorable collègue confondait honneur, la racine du mot «honorable», avec honoraires. Ils ne pouvaient pas savoir que cet individu, autrefois haut gradé de la police, confondait la devise «Protéger et Servir» avec «la protection des cargaisons de drogue et servir les intérêts des mafieux de tout acabit». Pourtant, ils étaient au courant des accusations portées contre lui par la PNH. Mais, enfin, ils savaient qu'il était recherché par la D.E.A. «il faut savoir» comme le chante Aznavour... Nos parlementaires n'ont pas le temps d'écouter des chansons... Même si on les fait chanter, de temps en temps, pour des questions de visas ou devant un juge fédéral, pour affaire les concernant... Ils n'ont pas le temps, tellement que la détention préventive prolongée qui concerne 4000 citoyens, au pénitencier national, n'est pas dans leur agenda. PAS DE RÉSOLUTION. Bénito, un prisonnier tuberculeux, qui nous a quittés pour un monde meilleur grattait le mur de sa cellule, pour manger la terre, raconte le medecin Edwin Prophète de l'ONG Health Through Walls. On ne s'émeut pas. De toute façon, cela ne les concerne pas, ils ont l’immunité. Mais laissons tranquilles, nos parlementaires, ils l'ont dit : «C'est la forme de l'arrestation que nous condamnions». Sur Facebook , une telle déclaration aurait été suivie de «LOL». À défaut d’être rigoureux, certains sont rigolos, au Sénat ! Alors, cher compatriote, si le Sénat est là pour la forme en faisant preuve d'un amateurisme inquiétant, prenons en charge le fond des choses, ils sont à peine 150, et nous sommes 12 millions, c'est le cas de le dire, ils ont prouvé qu'ils ne font pas le poids, du moins, certains d'entre eux! Le fond des choses est que selon un rapport du département d’État pour le Congrès «à ce jour (2016), il n'y a pas eu de condamnation pour le trafic de drogue réussie dans les tribunaux haïtiens». Le fond des choses, c'est que nos gouvernements sont empêtrés dans des codes pénaux et des codes de procédure pénale inefficaces et périmés ( qu'un Parlement digne de ce nom doit corriger avec célérité). Le fond des choses, c'est que nous avons retardé l'adoption de la loi anticorruption jusqu'en 2014, alors qu’Haïti est pointée par Transparency International, depuis 2004, comme l'un des États les plus corrompus de la planète. Le fond des choses, c'est que nous sommes passés de pays passeur à pays consommateur de drogue, car sachez que la drogue ne choisit pas ses victimes. Rappelez-vous le discours d'adieu de l'ambassadeur américain, Brian Dean Curran, le 9 juillet 2003. «Je ne comprends pas ce qu'il est advenu des valeurs morales de la société, lorsque le trafic de drogue est toléré... Les résultats d'une enquête montrent qu'en 2000, 30% des élèves haïtiens du secondaire avaient accès à la drogue... Une nouvelle étude de la USAID (datant de 2002) montre que l'usage de la marijuana et de la cocaïne a augmenté de 30%, en un an. Parents d’Haïti! Réveillez-vous! Le problème de la drogue est votre et peut ravir vos propres enfants.» Cet ambassadeur a prononcé ces paroles, il y a 14 ans, mes deux derniers enfants n’étaient même pas nés. Qu'avons-nous fait pour qu'un nouveau ne reprenne pas son discours mot à mot, aujourd'hui, en avril 2017? Hier, c’était Fourel Célestin. Aujourd'hui, Guy Philippe, sans compter les colonels de la défunte armée d’Haïti. Plus de soixante années que nous suivons la ligne de la drogue, j'ai envie d’écrire, comme dans les génériques de films : «Seuls les noms ont été changés». Nous devrions changer les choses, Haïtiens et Haïtiennes. Changeons d'abord notre attitude vis-à-vis de l'argent et de nos semblables. Aimons-nous, respectons-nous. Rejetons nos préjugés séculaires de classe, de strate, de couleur. Nous ne devrions pas nous laisser guider par des valeurs humanistes. L'argent n'est pas un étalon de mesure de l’humanité d'un être humain. L'argent est un moyen d’échange pour l'acquisition de biens matériels. Il est pratique d'en avoir puisqu'il nous met à l'abri de la disette et de la précarité, mais le vide moral et spirituel, qui nous pousse à déifier l'argent, nous rendra constamment malheureux. L'argent n'est que de l'argent. Changeons également notre attitude vis-à-vis l’État. Le problème n'est pas que notre pays soit mal gouverné, mais que nous constatons cette mal gouvernance, depuis des décennies, sans rien faire. Nous n'avons pas toujours les gens qu'il faut aux places qu'il faut. Ceci est une réalité . Elle devrait nous inciter à une prise en charge citoyenne. Levez-vous de votre «ti chez ba" , votre «kat pelouz» ne vous permettra pas de jouer la partie; endossez plutôt votre uniforme. Dans les classements des ONG, c'est notre pays qui s'y trouve mal loti. La misère, c'est nous qui la subissons, quel que soit notre niveau de compte bancaire. Le pouvoir est aux mains des élus, certes, mais nous pouvons jouer notre rôle. Nous devrions mettre de la pression, réunissons- nous, en groupe, mettons nos talents et compétences ensemble. Nous sommes l'alternative au pouvoir. Je suis convaincu que, parmi nous et parmi nos élus, il y en a qui se préoccupent d'autres choses que le niveau de leurs comptes en banque et les rendez-vous galants dans les grands hôtels de Pétion-Ville, à l'insu de leurs conjoints... Il y a des patriotes parmi nous... Revenons au sujet du jour, la drogue. Elle a des conséquences sur toutes les sphères de notre vie, elle détruit le tissu familial et est la cause de plusieurs problèmes sociaux comme le vol, la prostitution juvénile, l'addiction, les relations sexuelles non protégées, les grossesses précoces, le sida, le décrochage scolaire, les accidents, le vol, les meurtres, etc. Le trafic des stupéfiants n'est pas un commerce comme tant d'autres... Ayez la drogue à l’œil, sonnez l'alarme contre elle pour éviter la larme à l’œil.

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