Le député Caleb Desrameaux et le carnaval méritent d'être pris au sérieux

REGARDS

Publié le 2017-03-02 | Le Nouvelliste

National -

Jamais de mon existence je n'ai assisté à cette frénésie des municipalités pour l'organisation de carnaval... Mais la belle surprise aura, sans doute, été l'annonce du député Caleb Desrameaux, président de la commission Culture et Communication de la Chambre des députés. Sa promesse d'offrir un cadre juridique qui régirait le carnaval doit être pris au sérieux. Après avoir été une attraction touristique et une fête familiale, nous assistons à une descente aux enfers régulière du carnaval de Port-au-Prince. Évidemment, cet événement accaparé par les amis du pouvoir et préparé hâtivement, en quelques semaines, ne saurait résulter, en autre chose que le chaos de décibels du Champ de Mars... Si je me réjouis de l'annonce du député, je suis inquiet du peu de remous que cela a suscité auprès de la population. Peut-être, disons-nous, qu'il est encore tôt. Probablement, on attend de voir les premiers soubresauts de la commission parlementaire pour réagir... Ce serait répéter nos erreurs passées que d'agir ainsi. Nous devrions, au contraire, saisir la balle au bond. Nous reprochons au Parlement de ne pas s’occuper, suffisamment, de nos affaires. L'occasion est belle pour nous, de la société civile, de nous colleter aux députés et de faire passer nos points de vue sur ce dossier. J'en appelle également au sens démocratique de ces élus, afin qu'ils s'ouvrent à la société civile, dans l'optique de l’amélioration du carnaval national. Une loi seule ne peut corriger les dérives de plusieurs décennies, sans une méthodologie rigoureuse où se succéderaient : rétrospective, bilan, prospection . Nous devons voir ce que fut notre carnaval, pas avec des yeux nostalgiques mais pour constater ce dont nous avons déjà été capables, avec moins d'argent. Nous devons également être sensibles à ce qui se passe dans le monde. Nous avons été l'inspiration de Trinidad et la République dominicaine. Pourquoi avons-nous arrêté de progresser? Je veux bien que l’élève dépasse le maître, mais ici, le maître est devenu méconnaissable, il a disparu. Que signifie enlèvement carnavalesque, en Haïti, en 2017? Comment peut-on prétendre être artiste quand nous confondons satire et avilissement? Il n'y a aucune législation qui puisse combattre la bêtise chez l'homme mais la loi peut nous en protéger. Ce projet de loi ne sera pas une panacée mais peut nous aider à jeter les balises pour que notre carnaval devienne un événement culturel et folklorique, mettant en valeur qui nous sommes vraiment. Carnaval rime avec satire, imagination,surprise, chorégraphie, costume, couleur... Chaque costume ou chorégraphie étant rattachée à une histoire, un personnage, une tradition. Le carnaval est un lieu d'exaltation du passé, c'est un dialogue théâtral, entre les anciens et les jeunes... Un télégraphe du passé; un "Mémo-Art". Nous pouvons, M. le député Desrameaux, ensemble, travailler à ressusciter notre essence artistique. L'art et le grotesque ne se mélangent pas comme la mauvaise herbe tue le gazon. Nos voisins colombiens ont eu des problèmes semblables aux nôtres. La politique, la grivoiserie, la beuverie ont pourri leur carnaval à un tel niveau qu'ils ont jugé bon de suspendre les activités carnavalesques. Lorsqu'ils entreprirent de renouer avec cette tradition, ils créèrent une structure indépendante de l’appareil gouvernemental "la Corporation du Carnaval". Ainsi, cet organisme était affranchi des aléas politiques, comme dans votre esprit, M. le député Desrameaux. Aidés des universités et des associations de citoyens, ils entreprirent l’aménagement d'une grande place du carnaval (environ 5 km de parcours) pour répondre à l’affluence des spectateurs; et il y eu la gagnante idée de la création d'un musée du carnaval qui conserve les archives de chaque édition ainsi qu'une partie des figures du défilé. Les résultats ne se sont pas fait attendre, rapidement, le carnaval de Baranquilla (Colombie) s'est hissé au niveau des dix plus grandes manifestations du genre, au monde, à côté de Rio. En 2003, le carnaval de Baranquilla sera déclaré :"chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'Unesco"... Leur secret ? La mise en valeur des traditions locales, l'artisanat, leur musique , leurs diversités ethniques... Bien sûr, les structures transparentes et démocratiques garantissent leur succès car c'est le talent et l'intelligence qui priment. M. le député Desrameaux, vous vous engagez dans une avenue pouvant déboucher sur la voie du progrès et de l'émancipation culturelle. Les retombées peuvent être énormément bénéfiques pour notre patrie. Cherchez l'intelligence et l'ingéniosité parmi la population et faites-en vos compagnons de route.

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