Unibank, première banque d'Haïti, va de l'avant

La Unibank rachète les opérations de la Scotiabank en Haïti. Dans un entretien exclusif accordé au journal Le Nouvelliste, le P.D.G. de la Unibank Carl Braun revient sur cette opération qui permettra à la première banque haïtienne d’asseoir un peu plus son leadership sur le marché.

Publié le 2017-01-11 | Le Nouvelliste

National -

Le Nouvelliste : Ce jeudi, la Unibank organise une conférence de presse autour de l’acquisition des activités de la Scotiabank en Haïti. Qu’est-ce que cela signifie et quelle est l’histoire derrière cette annonce ? F. Carl Braun : La Unibank avait toujours poursuivi une stratégie de croissance organique, comme a l’habitude de dire, sans fusion ni acquisition. On avait commencé ainsi et c’était cela le drive fondamental de la banque. Le facteur de croissance fondamental, c’était la croissance organique. L’année dernière, une banque d’affaires étrangère avait reçu un mandat de la Scotiabank pour faire une analyse du portefeuille des pays où la Scotia pourrait croître et des pays où elle n’avait pas de grande possibilité. Haïti figurait dans cette deuxième catégorie. Il y a d’autres pays sur cette liste, ce n’est pas une décision qui est liée à Haïti, précisons-le. Le deuxième mandat donné à cette banque d’affaires internationale, qui opère tant en Europe qu’aux Etats-Unis, était de choisir quel était le meilleur acheteur. Parce que la Scotia est une banque qui donne beaucoup d’importance à sa réputation. Elle prêtait une grande attention à qui allait reprendre et poursuivre ses opérations après analyse du marché haïtien. La Unibank a été la première à qui a été offerte l’option de reprendre les activités de la Scotiabank en Haïti en juin de l’année dernière. De juin jusqu’à mi-décembre 2016, des négociations secrètes se sont déroulées entre les deux parties. La banque centrale, régulateur du système bancaire en Haïti, en a été informée. Parvenues à un accord, la Scotiabant et la Unibank ont été voir le gouverneur de la BRH pour le lui dire. On a fait notre demande d’autorisation à la mi-décembre. Elle nous a été accordée officiellement le 28 décembre. Voici donc l’origine de l’acquisition. Ce n’est pas la Unibank qui a poursuivi la Scotia. Elle a pris sa décision seule. Et dans son analyse, elle avait décidé que la meilleure banque pour acheter et poursuivre ses opérations d’un point de vue de connaissance, de réputation, de capital, de gestion des employés, c’était la Unibank. Et j’insiste sur la gestion des employés parce que lors de la première rencontre, la Unibank avait clairement exprimé son intention de faire une offre de travail à tous les employés de la Scotia. S’ils le veulent, ils deviendront des collaborateurs de la Unibank. Quand on achète une entreprise aux Etats-Unis, au Canada, en Europe, on a tendance à renvoyer les employés après les acquisitions. La Unibank va garder les 4 succursales de la Scotia et ses 90 employés s’ils veulent rester avec nous. L.N : Que va changer cet achat pour la Unibank ? F.C.B : La Unibank était déjà largement le leader du marché haïtien. Comme on le dit dans la note de presse, publiée à l’occasion de l’acquisition, on est la première banque d’Haiti en actifs, en fonds propres, en nombre de clients. Les rapports statistiques de la banque centrale sont disponibles sur leur site web. L’acquisition de la Scotia augmente notre part de marché d’un peu moins de 3%. On va passer de 31 à 34% du marché. Elle augmente le portefeuille de crédit, surtout le crédit au particulier, le crédit automobile, le crédit hypothèque résidentiel (parce qu’ils sont en Haïti depuis 1972, soit 44 ans d’opération). La Unibank n’a que 23 ans. La Scotia a un parcours en Haïti. Disons que cela tombait bien pour la Unibank de se porter acquéreur de tout cela. Dans le sens qu’il y avait une imbrication assez étroite entre leurs activités et les nôtres. Cela va permettre à la Unibank d’asseoir un peu plus le leadership que nous avons depuis déjà une dizaine d’années au niveau du marché haïtien. L.N : Il y en a qui parlent de concentration au niveau du système bancaire. Il n’y a pas de risque que le crédit soit moins disponible, que les taux augmentent, que les frais de services s’envolent ? F.C.B : Non et je vais vous dire pourquoi. Si on regarde les trois premières banques du système (Unibank, Sogebank et BNC), on représente 80% des actifs. Mais si vous allez dans un pays comme la Jamaïque, la seule NCB (National Commercial Bank of Jamaica) représente 42% du marché. Vous allez en République dominicaine, la Banco de Reservas et Banco Popular représentent à elles seules 65% du marché. A Porto Rico, Banco Popular de Porto Rico représente 69% du marché. Voilà des marchés concentrés. En Haïti, l’achat des actifs de la Scotia qui augmente nos parts de 3% ne renforce pas la concentration. Ce n’est pas significatif. Est-ce que cela peut avoir un impact sur la compétition ? Pas vraiment, parce que toutes les banques ont des liquidités, toutes les banques sont sur le marché du crédit. Si on n’est pas compétitif, le client n’est pas obligé de faire le choix de la Unibank et de la Unibank seulement. Un client choisit la Unibank parce que la gamme de produits qu’on lui offre, le marketing mix de la Unibank (c’est-à-dire notre présence, nos tarifs, nos prix, la promotion qu’on fait autour de nos produits, etc.) le pousse à le faire. Ce n’est pas l’acquisition de la Scotia qui va changer son accès au crédit. Je vais un peu plus loin, la Scotia n’était pas dans le microcrédit, mais la Unibank est dans le microcrédit avec 35 000 clients comme emprunteurs. L.N : Qu’est-ce qui change pour un client de la Scotiabank ? F.C.B : On a déjà signé le contrat d’achat, mais on n’est pas encore possédant. C’est la Scotia qui gère ses opérations jusqu’à la passation officielle. C'est ce qu’on appelle closing. Cela va prendre 1 à 2 mois parce qu’il y a beaucoup de choses qu’il faut mettre en place, telles que le système informatique, les dossiers légaux, les transports de créance, etc. Cela se fera au plus tard le 28 février. On va voir, mais il n’y a pas vraiment d’urgence pour que cela se fasse. Une fois la passation officielle effectuée, on verra les enseignes Unibank devant les succursales de la Scotiabank. Jusqu’à cette étape, elles (les succursales) seront toujours opérées par la Scotia. Le jour de la passation officielle, on retirera les enseignes de la Scotia, on mettra les enseignes de la Unibank. Pour les clients de la Scotia habitués à ces 4 succursales, rien ne va changer. Parce qu’on garde le personnel, on garde les systèmes jusqu’à ce qu’on fasse la conversion informatique, on garde les mêmes procédures jusqu’à ce qu’on fasse l’intégration complète des 4 succursales chez nous. C’est un processus qui va prendre 2 à 3 mois additionnels. Les clients de la Unibank ne pourront pas encore utiliser les succursales de la Scotia pendant la passation. Parce que les systèmes Unibank ne seront pas encore en place dans les succursales de la Scotiabank. Et vice versa pour les clients de Scotia, ils vont continuer à utiliser leurs succursales pendant les 2 à 5 prochains mois comme ils avaient l’habitude de le faire avec les mêmes personnes, excepté l’enseigne qui sera celle de la Unibank. Les documents qu’ils vont recevoir vont être scellés par la Unibank. Une fois la conversion informatique, la conversion des systèmes et des plateformes entièrement effectuées, ces 4 succursales vont être ouvertes à tous les clients de la Unibank. Et tous les anciens clients de la Scotia auront accès à toutes les succursales de la Unibank. Ils vont passer d’un réseau de 4 à 50 succursales. Pour un client de la Scotia habitué à 4 succursales, c’est un grand avantage d’un point de vue de commodité. Tout va prendre entre 2 et 5 mois pour être finalisé. L.N : Il n’y aura pas de fermeture de succursale ? Il n’y aura pas de perte d’emplois ? Même si les succursales sont proches ? F.C.B : Aucune fermeture. Aucun renvoi de personnel. La Unibank va maintenir ce qu’elle avait dit à la Scotia dès le départ. Les responsables de la Scotia ont indiqué que ces deux promesses ont énormément joué dans la finalisation de la négociation. La Scotia part d’Haïti en sachant qu’il y a une offre d’emploi faite à tous ses collaborateurs. Un ancien de la Scotia peut décider de ne pas rester, de prendre sa retraite ou de ne pas vouloir travailler avec la Unibank, c’est son droit. Nous de la Unibank souhaitons qu’ils restent tous et on va leur faire une offre de travail à tous indistinctement. Deuxième chose, on ne ferme aucune des 4 succursales. On les conserve. Même celle de Thor (Carrefour) qui se situe en face de la succursale de la Unibank. Elle a sa raison d’être, car elle a sa clientèle. La Unibank de Thor a sa clientèle et elle est bondée. Il n’y aucune raison de combiner les deux pour faire une économie de bouts de chandelle. L.N : Combien de clients la Unibank gagnera en plus ? F.C.B : 12 000 environ. Mettons cela en perspective, la Unibank a presque 900 000 clients. Donc, 12 000 ce ][n’est pas la fin du monde d’un point de vue de nombre et de la concentration dans le secteur bancaire. Par contre, ces 12 000 clients sont importants pour la Unibank. Parce que chaque client a son importance. Quel qu’il soit. Petit, moyen ou gros, ce n’est pas de la politique, c’est la philosophie de la Unibank. Et c’est ce qui nous a amené à avoir 900 000 clients. Les 12 000 de la Scotia rejoignent la famille et ils seront chez eux, comme les autres. L.N : Vous faites l’annonce le 12 janvier. 7 ans de cela, vous êtes partis du centre-ville. Est-ce que vous allez y revenir ? F.C.B : Oui. Avec la succursale de la Scotia qui est à la grand-rue qu’on va garder. Ça faisait quelques jours qu’on regardait comment revenir au centre-ville. On avait d’ailleurs mis des choses en branle. C’est quand les négociations ont commencé que l’on s’est dit qu’il y avait pas de raison de chercher ailleurs, si le processus d’acquisition aboutissait. La succursale Scotiabank de la grand-rue est bien placée. Les gens peuvent l’utiliser comme ils veulent. C’est à deux pas de nos clients de microcrédit au marché Hyppolite. De même pour les clients du marché du port. Donc, on va la garder. On va intensifier le service. Mais la première priorité est de faire la transition pour les clients Scotia. Ils ne vont pas tout de suite avoir l’affluence des clients de la Unibank (qui sont très nombreux) dans les succursales qu’on achète. Une fois l’intégration faite complètement, à ce moment on pourra les intégrer et intégrer tous les autres clients dans les 4 succursales. L.N : Il y a ceux qui s’inquiètent de la concentration au niveau du secteur bancaire. Il y a d’autres qui s’inquiètent du départ des compagnies internationales, Shell, Texaco, etc., d'Haïti. Aujourd’hui, c’est Scotia, mais avant il y a eu d’autres banques étrangères qui sont parties. Comment lire cette situation ? F.C.B : Les compagnies internationales n’ont pas d’état d’âme. C’est avant tout un portefeuille qu’elles ont. Elles gèrent un portefeuille d’investissement. Il y a des pays qui sont plus attrayants que d’autres. Nous vivons malheureusement dans un pays qui n’a pas connu cette révolution de croissance que je prône depuis combien d’années et que j’aurais souhaité voir. Surtout que j’ai 62 ans. J’aurais bien aimé voir le pays avancer, progresser et offrir des opportunités à ses enfants. L’étranger n’a pas cet état d’âme. C’est-à-dire qu’il n’a pas à réfléchir s’il doit léguer un héritage à ses enfants, s’il y aura un mieux-être, etc. Son calcul est de savoir si Haïti peut lui rapporter ce qu’elle doit lui rapporter d’un point de vue financier avec le moins de problèmes possibles dans la gestion quotidienne. Je profite de votre question pour présenter mes compliments aux investisseurs nationaux. Parce que comme je le dis souvent, si Haïti a tenu pendant ces 50-60 dernières années, ce n’est pas grâce à l’investissement étranger, ce sont les investissements nationaux qui ont tenu Haïti, malgré leurs défauts et leurs problèmes... On veut bien avoir de l’investissement étranger, mais si le pays n’offre pas les conditions que l’investisseur étranger juge comme étant fondamentales, il ne viendra pas, et s’il y était, il réfléchirait au fur et à mesure et prendrait la décision de partir. Cela dit, la décision de la Scotiabank de vendre ses actifs en Haïti n’a rien à voir avec le De-Risking. Je veux que ce soit clair. Ce n’est pas lié à la question que l’on discutait il y a trois mois quand le Parlement n’avait pas encore voté les lois. D’ailleurs, il y a une loi qui reste à être votée, c’est la loi de l’UCREF. Et j’encourage les députés pour qu’ils la votent dans les mêmes termes que le Sénat pour qu’il n’y ait pas de navette parlementaire avec ce texte. Il y a d’autres mesures qui doivent être prises avant la prochaine réunion du GAFFIC en mai prochain. Donc, l’étranger, dans le cas de la Scotia, n’a pas pris la décision par rapport au De-Risking. La Scotia a regardé quels sont les pays où elle pense qu’elle a un meilleur avenir d’un point de vue de croissance. Par exemple, la Scotia a acheté la Citibank en Amérique centrale car Citibank a pensé qu’elle n’avait pas un avenir de croissance en Amérique centrale, alors que Scotia pense qu’elle y a un avenir de croissance. En Haïti, Scotiabank a pensé que l’avenir de croissance qu’elle voulait avoir lui était impossible avec sa taille. En regardant la Unibank avec 31 à 32% du marché, alors qu’elle n’avait que 3% environ, elle s’était demandé combien d’argent elle devrait investir de plus pour concurrencer les 32 % de la Unibank. Donc, ils ont fait le choix rationnel d’un point de vue économique et, comme je dis, sans états d’âme. C’est-à-dire qu’ils ne sont pas vraiment intéressés à savoir si c’est bon ou pas pour nous comme pays -et je ne le dis pas dans le mauvais sens-, car Scotia est une banque respectueuse des pays dans lesquels elle fonctionne. Et c’est une banque qui mérite des compliments. Elle est très bien gérée. Elle a un bon passé et un bon présent dans les pays où elle se trouve. Haïti ne figurait plus dans sa réflexion, tout simplement. Maintenant, ils ont trouvé un repreneur qui garde leurs employés, qui garde leurs succursales, qui a une bonne réputation. Avant de parler finance, il y avait des points immatériels qui étaient d’une importance capitale comme la réputation du repreneur, la nature d’employeur du repreneur. Est-ce qu’ils allaient garder ou pas le personnel des succursales. Puis, ils ont pris leur décision. Le départ de la Scotiabank n’est pas la première d’une banque étrangère en Haïti. J’ai négocié le départ de la Banque Royale du Canada en Haïti en 1985, cela s’est concrétisé le 1er avril 1986. Quand la Sogebank a racheté les opérations de la Bank Royale du Canada, c’était la première banque étrangère qui quittait le pays. Cela a pris peut-être 10 ans après pour que la deuxième, la Banque Nationale de Paris (BNP) fasse de même, etc. Haïti n’est pas un gros marché, ce n’est pas un marché énorme. Même pour la Banque Royale du Canada qui détenait 25 % du marché bancaire au moment de son départ du marché haïtien. Il y a aussi la croissance de l’économie haïtienne qui pose problème. Quelles sont les perspectives de croissance ? 1,2 % l’année dernière, 1,4% il y a deux ans et 1,4 % de croissance cette année, c’est devenu de plus en plus difficile. C’est un parcours du combattant pour l’étranger. Moi, je cours un marathon dans ma tête chaque jour. Je n’ai pas peur du parcours du combattant. Il y a des investisseurs étrangers qui voient qu’Haïti a trop de problèmes pour y gagner si peu. C’est de cette façon qu’ils considèrent les rendements du pays. Je parle de façon très directe, car c’est comme ça que je pense que quelqu’un peut comprendre. Avec tout le respect que j’ai pour eux et leur gestion, ils ont analysé que la sortie du marché haïtien et la concentration quelque part d’autre était dans leur intérêt. C’est tout. L.N : Est-ce une mauvaise nouvelle pour Haïti ? F.C.B : Non. Je ne crois pas. La mauvaise nouvelle aurait été : Scotiabank ferme et il n'y a plus de repreneur. Ou que Scotia ferme à cause du ‘’De-risking’’. C’est ça qui aurait été de mauvaises nouvelles. Ce n’est pas le cas. On a un repreneur. Il ne s’agit pas de n’importe quel repreneur. Je ne m’envoie pas des fleurs, mais c’est quand même la première banque d’Haïti. La Unibank est aussi parmi les 25 plus grandes banques du CARICOM, donc elle n’est pas n’importe qui. Deuxièmement, le départ de la Scotia n’est pas lié au ‘’De-risking’’. C’est lié à leur taille dans le marché et leur perspective de croissance de leur profit dans ce marché. La Scotia était très petite, avec moins de 3%, vous n’avez pas une marge de manœuvre importante dans le marché. Vous ne représentez pas grand-chose. L.N. : Dans le communiqué, il est dit que la Unibank va établir une relation de correspondance bancaire avec la Scotiabank, c’est une correspondance de plus ou une correspondance sécurisée par rapport au spectre du ‘’De-risking’’ ? F.C.B : C’est une correspondance de plus. La Unibank a six grosses banques internationales qui sont ses banques correspondantes. C’est le plus grand réseau de banques correspondantes d’une banque haïtienne. Je dois vous dire que c’est un travail quotidien que de maintenir ces relations. C’est pour cela que j’avais participé à la réunion de la banque centrale sur le ‘’De-risking’’ et au Parlement aussi, pour expliquer ce qu’est vraiment le ‘’De-risking’’. Il ne s’agissait pas de s’inquiéter pour la Unibank, mais pour le pays tout entier. Car ce serait une catastrophe. Il y a, par exemple, trois banques en Haïti, que je me garde de nommer, qui n’ont qu’une seule correspondante. Si, un jour, cette correspondante décide de tout laisser tomber, on peut imaginer la suite. Ces trois banques auront un grave problème. C’est pour cela qu’il faut se battre. La Unibank se bat pour que cette correspondante reste à leur côté. Et ce n’est pas une affaire de compétition. Il n’y a pas de mauvaise nouvelle dans l’acquisition de la Scotiabank. On doit voir dans le départ de la Scotia un cas similaire au départ de la Banque Royale du Canada. Ou de la Banque de Chicago qui avait vendu ses actifs à la Scotiabank, ou de la BNP qui est devenue Promobank et qu’ensuite la Sogebank a achetée. Ou le départ de la Banque de Boston qui était devenue la Banque Intercontinentale de Commerce (BIDC) qu’ensuite la Sogebank avait aussi achetée. Tout cela montre simplement que le capital national dans le secteur bancaire joue un rôle important pour l’économie nationale. Le secteur bancaire est le secteur le plus réglementé dans la vie nationale. Le fait que vous ayez des participants qui respectent la voie, qui suivent les consignes, qui respectent les normes internationales de gestion, c’est une bonne chose. Vos cadres apprennent de ça, vos clients aussi. Vous vous améliorez chaque jour. Certainement, il est dommage qu’une banque décide que le marché est trop petit pour elle pour rester, mais d’un autre côté, cela ne va pas avoir un impact négatif sur le marché. L.N. La présence de multinationales, de grosses firmes internationales, le niveau des investissements étrangers sont souvent des indicateurs utilisés pour déterminer la bonne santé ou nom d’une économie. En partant de cette considération quand ces grosses entreprises plient bagages, est-ce qu’il faut dire d’un point de vue haïtien qu’il faut continuer à investir ou s’inquiéter ? F.C.B : Face aux stratégies, je suis un optimiste. Je ne pense pas stratégiquement que quelque chose ait changé qui m’empêcherait de continuer à investir en Haïti. Je mets de côté mes sentiments personnels d’Haïtien patriote qui aime mon pays pour dire d’un point de vue d’homme d’affaires qu’il n'y a rien, en dépit des difficultés du milieu ambiant, qui m’empêcherait de croire qu’on ne peut pas fonctionner ici. D’ailleurs, comme je l’ai dit, le secteur bancaire est le secteur le plus réglementé et le plus moderne en Haïti. A part les télécommunications qui sont un secteur moderne par nature, le secteur bancaire est le plus moderne en général en Haïti. Stratégiquement, je ne change pas d’optique, mais tactiquement je peux être plus pessimiste dans une conjoncture que dans une autre. Par exemple, je peux dire cette année que je vais ouvrir deux succursales ou je ne vais pas ouvrir de succursale. C’est un positionnement tactique. Mais est-ce que ma décision de ne plus ouvrir de succursale a été prise ? Non. Parce que ce serait une décision stratégique. Et pour revenir au présent, je confirme que la Unibank continue à investir. A part les quatre succursales qu’on achète, on va ouvrir deux ou trois autres succursales cette année dépendamment des travaux de construction. Pour un étranger, la perception des conditions est moins bonne aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 50 ou 60 ans de cela avant Duvalier. Avant Duvalier, Haïti était un leader dans le tourisme caribéen, après Duvalier, depuis la grande transition démocratique commencée en 1986, on a perdu notre place de leader dans la Caraïbe. Est-ce que les étrangers recommanceraient à investir dans le tourisme en Haïti ? Certainement. Moyennant qu’il y ait de la stabilité dans le pays. Qu’en revendiquant certaines personnes ne dérangent pas tout un secteur d’activité. Un investisseur étranger se demanderait s'il y a une certaine stabilité politique qui va me le garantir d’avoir un flux continu d’affaires pendant les cinq, dix prochaines années. On commence à sortir de cette situation, mais on n’est pas encore là. L’étranger va continuer à se poser des questions. Mais je dirais, autant qu’il y a des choses bénéfiques de l’investissement direct étranger, autant aussi qu’il y a de choses bénéfiques de l’investissement direct national. Parce que, quand l’investissement direct étranger s’en va et que le national reste, cela réduit l’impact d’un point de vue économique. 1,4 % de croissance, on ne peut pas se vanter comme s’il s’agit d’un score atypique mais 1,4% c’est bien meilleur que les taux de croissance en dessous de 1% qu’on faisait dans les années 60. Tout doit être mis en perspective. J’encourage que le pays prenne une autre voie sur le plan de la gouvernance, dans la stabilité politique et de l’alternance démocratique. Sans que nous ayons à faire un pas en avant et cinq pas en arrière. Que nous en finissions avec cette pratique : cinq personnes choisissent de bloquer une route, créer une situation de tension, qui au fait repoussent les investisseurs, même nationaux parfois. L.N : Vous venez de souligner que le PIB pour l’exercice qui vient de s’écouler est de 1,4%, il n y a pas lieu de s’adresser un satisfecit, toutefois ce taux de croissance est acceptable. Entre-temps, les autorités financières et monétaires ainsi que les autorités politiques ont exprimé leur satisfaction il y a quelques jours d’avoir stoppé la dégringolade de la gourde. Le gouverneur de la BRH a appelé les opérateurs au calme, à respecter un certain nombre de principes. Il y a entre-temps la dépréciation de la gourde qui peut être profitable à certains secteurs, notamment le secteur textile. Jovenel Moïse doit entrer au palais national pour tourner ce chapitre de la transition politique vers l’alternance qui a été très long. Il y a tout cela sur la table. Comment voyez-vous Haïti pour 2017 et les cinq années à venir ? F.C.B : Fondamentalement, je demeure optimiste concernant la capacité des entrepreneurs haïtiens à continuer à fonctionner dans le respect des lois et des principes du pays. Maintenant, ce n’est pas le nirvana ni les meilleures des conditions, mais comme investisseur national je suis plus armé pour faire face à ces problèmes du quotidien que l’investisseur étranger. Si on peut avancer dans la gouvernance, on a réussi l’alternance l’autre jour, il y aura une autre alternance au niveau présidentiel dans cinq ans, et au niveau législatif dans deux ans. Alors il faut les réussir. Je pense qu’il y a moyen de continuer à fonctionner dans le respect des lois. Ma devise est simple : je ne veux tirer aucun profit en dehors de la loi, des principes et de l’éthique. Je crois que s’il y a une relative stabilité, que le Parlement montre qu’il légifère, en votant un tas de lois qui sont en souffrance comme celle sur l’UCREF, que les parlementaires doivent absolument voter pour que son absence ne soit pas soulevé comme un point de contentieux ayant rapport au ‘’De-risking’’ lors de la réunion en mai prochain avec le GAFFIC. Ce qui nous ferait faire trois pas en arrière dans le ‘’De-risking’’. Le gouverneur a parlé aussi de la loi sur le bureau de crédit et d’autres que le gouvernement avait déposées au Parlement. Tout cela devrait faire partie du travail à aborder calmement, sereinement. Comme j’aime le dire, travailler avec urgence dans la sérénité. L.N. Cet agenda législatif constructif pour aider l’économie à aller de l’avant, est-ce que le secteur privé, selon vous, doit être plus proactif, faire des plaidoyers, aller au Parlement, faire le lobbying ouvertement pour aller dans cette direction ? F.C.B. : Oui, je le crois. Le secteur privé aussi doit faire son mea culpa. Pendant ces 60 dernières années, le privé aussi s’est souvent informalisé dans son mode de fonctionnement. Avant le 31 janvier, par exemple, la Unibank va payer les taxes pour le groupe Unibank à la Direction générale des impôts (DGI) qui s’élèvent à 1 milliard 458 millions de gourdes. Tous ceux que cela intéresse peuvent aller voir quel pourcentage cela représente dans le budget national. Je ne suis pas là pour utiliser les profits de la Unibank pour influencer indument les parlementaires. Mais, comme entreprise importante, j’aurais aimé pouvoir dire à un parlementaire quelle loi nous intéresse. Surtout la loi de l’UCREF, car le temps nous fait défaut. Lobbying ouvert, direct ? Oui. Mais il faut que ce soit pour des choses formelles, qui répondent à un agenda de modernisation. Non à un agenda personnel. Parce que souvent, l’homme d’affaires privé pense d’abord à défendre ses propres intérêts. Je ne leur jette pas la pierre car ce sont des gens corrects, qui investissent et créent des emplois. Cependant, on n’a pas tous le même modus operandi. Le modus operandi de la Unibank est : nous respectons la loi et nous payons nos taxes. Je peux désapprouver la qualité des services qu’on m’offre par rapport au volume d’imposition qu’on me réclame, mais je préfère travailler à l’intérieur du système, dans le respect de la loi. Donc changer la loi. Mais pas à mon profit. Au profit d’un agenda de modernisation. En effet, le privé moderne doit s’engager davantage. S’impliquer davantage. Toutefois, pour avoir un regard sur tout, « ce droit de gueule », il faut payer régulièrement ses taxes et impôts. S’assurer d’avoir rempli sa part du marché selon les règles. L.N : La Unibank a 900 000 clients. C’est-à-dire 900 000 individus qui font confiance à la Unibank, qui essaient de faire des affaires pour vous apporter des affaires. Qu’est-ce que vous avez à dire à un consommateur, un ménage ou tout simplement à un client ? F.C.B : La première chose que je leur dirais, c’est qu’on a construit la Unibank en 23 ans comme un instrument de satisfaction de leurs besoins financiers. On a travaillé pour leur offrir la plus large gamme de services financiers bancaires d’Haïti. Parce qu’on va de la banque financière à la banque d’affaires, on va au placement, au microcrédit rural et urbain, au crédit agricole et aux assurances, etc. Notre réflexion depuis 23 ans nous porte à croire qu’il faut amener Haïti dans la modernité financière. Ce que je pense qu’on a réussi. Pas nous seuls, mais le secteur bancaire de façon générale. Quand on regarde sur une population de cinq à six millions d’adultes, il y a deux millions de comptes bancaires qui sont ouverts en Haïti. Comparée à d’autres pays de taille similaire ou d’économie similaire au nôtre, Haïti a un taux de bancarisation plus élevé que ces pays (certains pays d’Afrique surtout et d’Asie). Le niveau du microcrédit ici est plus élevé que dans beaucoup d’autres pays, même de l’Amérique latine. Nous allons continuer à offrir à chaque client cette possibilité du meilleur, sachant que quand il rentre à la Unibank, il a non seulement le service de qualité, ce qu’on aime appeler le service cinq étoiles, il a également une institution qui le protège. C’est-à-dire que la Unibank ne se met pas à spéculer avec leurs capitaux et à octroyer de mauvais crédits. On a déjà vu des banques faire cela en Haïti. Nos clients n’ont rien à craindre sur ce point-là. La Unibank a le ratio de capital le plus élevé du système bancaire. Et dans la Caraïbe on est parmi les 20 premières en termes de fonds propres. Les gens se sentent protégés par ça. Le client qui vient à nous, nous dit : « Onè », on lui répond : « Respè ». Pour nous, le respect c’est la qualité du service, l’environnement dans lequel on le reçoit, la protection qu’on lui garantit de ses avoirs (petits, moyens ou grands) et l’assurance qu’il aura droit au crédit. On a aujourd’hui plus de 55 000 clients qui font du crédit à la Unibank; personnellement, j’aurais aimé voir 550 000. Mais quand l’économie ne croît pas, et qu’on n'arrive à enregistrer que 1,4 % de croissance, en termes de revenus per capita, le pays recule car la population croît à un taux plus élevé que l’économie. Cela signifie que le revenu per capita diminue d’une année à l’autre. En termes absolus, l’économie haïtienne connaît une croissance de 1,4% tandis que le revenu per capita diminue. Quand le revenu per capita d’un individu diminue, qu’est-ce qu’il peut bien faire ? Tout le monde peut être un demandeur de crédit, mais ce n’est pas évident qu’il soit solvable. C’est pour toutes ces raisons que je continue à dire aux gens : « Unibank ou lakay ou. Vin lakay ou. Vin sèvi avè l. » Propos recueillis par Frantz Duval et Roberson Alphonse Retranscription : Jean Daniel Sénat et Ricardo Lambert

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