Jean-Marc Hervé Abélard, une âme habitée par la photographie 

PUBLIÉ 2021-02-18
Jean-Marc Hervé Abélard s’est orienté tôt et seul sur le chemin de l’image. Ce qui était d’abord un amour d’enfance, puis une passion de jeunesse, est devenu une profession. À présent, amour, passion, profession sont tous liés à travers la photographie pour colorer l’existence d’un mordu des clichés. Jean Marc Hervé Abélard était parmi les 12 photographes à exposer le dimanche 24 janvier, à l’école Saint-Joseph de Pétion-Ville  lors de la première édition de « Haïti, le Printemps de l’Art ».


« C’est à travers la photographie que j’ai pu avoir une grande partie de ce que je possède aujourd’hui. Je pourrais dire que la photographie, c’est toute ma vie. » Abélard n’avait ni mentor, ni guide quand il s'est initié à la photographie. D’ailleurs, il s’est lui-même offert en cadeau sa première caméra, au prix de 110 gourdes, se rappelle-t-il. C'était une bonne partie de la somme qu’il avait reçue pour avoir été promu en 7e année fondamentale après les épreuves des examens officiels. Il s’amusait surtout à immortaliser les périodes de vacances avec sa famille dont certains membres venaient de l’étranger. Une habitude qu’il a gardée durant tout son parcours académique, soit à l’école classique ou à l’Académie diplomatique et consulaire (ANDC) où il a étudié la diplomatie. « À l’université, je prenais des clichés qui laissaient mes camarades sous le charme. Certains me voyaient comme quelqu’un qui avait perdu sa voie », raconte le photographe. 

C’est pourtant en 2010 qu’Abélard s'est véritablement résolu à faire de la photographie une véritable profession. En 2010, le diplomate de formation (il a même été chef de protocole au ministère des Affaires étrangères), en amateur, prenait en photo les dommages laissés par le séisme 12 janvier... jusqu’à ce qu’il soit approché par un groupe de médecins et de journalistes étrangers à qui il a vendu ses clichés pour une somme plutôt raisonnable. C’est à ce moment qu’il a été convaincu qu’il pouvait gagner sa vie avec la photographie. Il prend goût et retourne au Centre d’Études Photographiques et Cinématographiques qu’il fréquentait déjà depuis 1998. 
Onze ans plus tard, il se réjouit encore de ce choix. « Je n'ai jamais regretté d’avoir fait cette route, je pense que si je ne l’avais pas choisie, elle m’aurait choisi », affirme-t-il.  

Du haut de ses réalisations, le photographe n’a vraiment rien à envier aux grands noms du métier en Haïti. Jean-Marc Hervé Abélard fut l’un des lauréats du prix Philippe Chaffanjon en 2016. Il a l’habitude de voir ses photos retenues parmi les meilleures de l’année dans des classements effectués par de grandes agences mondiales. Par exemple, « 20 minutes », avait classé l’un de ses clichés parmi les treize meilleurs pour 2019. De plus, pendant trois ans consécutifs, il fut nominé parmi les 101 photos de l’année de la European Pressphoto Agency. 

Malgré le succès qu’il a eu dans sa carrière, Abélard n’est pas du genre à oublier les premières pierres qui ont servi à ériger cet imposant édifice. Il voue une reconnaissance particulière à Dieu-Nalio Chery qu’il a rencontré en 2010. Depuis lors, ils sont devenus de bons compères. « Il a grandement contribué à ce que je suis aujourd’hui, avec ses conseils, ses directives, et dans presque tout ce que je réalise, il participe directement ou indirectement », révèle-t-il. Il rend hommage aussi au quotidien Le Nouvelliste qui lui a fait confiance alors qu’il était encore jeune. « Lorsque le journal avait décidé d’ouvrir sa section multimédia, nous étions trois à en faire partie. Je revenais tout juste d'Haïti Reporters », se souvient le photographe. Abélard a également gravé dans sa mémoire l’ensemble des formations et notions que lui a inculquées la Fondation Konesans ak Libète (FOKAL). 

Ayant participé à la première édition de « Haïti le Printemps de l’Art », Jean-Marc Hervé Abélard voit en cette initiative « un festival mettant en scène l’ensemble des acteurs de l’art plastique ». Il pense que si l'événement se pérennise, d’autres photographes et photojournalistes émergeront. Le professionnel salue les initiateurs de cette première édition qui, dit-il, ont reçu une inspiration salutaire.

Lyvert Wedster



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