Azueï, un mouvement sans précédent dans le cercle des musiques du monde

PUBLIÉ 2021-01-07
Pour lancer son premier album baptisé «  Artybonito », le groupe Azueï nous donne rendez-vous le 7 janvier à l'Institut Français et le 9 à  l'Alliance Française de Jacmel. Ce groupe qui se veut un dialogue culturel entre les deux peuples partageant le même territoire de Quisqueya traversé des deux côtés de la frontière par le fleuve de l’Artibonite charrie par conséquent un mouvement sans précédent dans l'univers de la musique dite du monde. Lequel mouvement Ticket magazine vous propose de découvrir ci-après.


Azueï est né dans un contexte de conflit en 2015 entre les deux peuples. « C’était justement au fort de la tempête qu'a causée la décision de désigner qui est dominicain ou pas. L'on se rappelle que la diplomatie et la courtoisie n'avaient plus droit de cité à l'époque entre les deux pays », confie Younès Karroum, l'un des fondateurs du groupe qui a travaillé dans le secteur du développement dans les deux pays. Le nom Azueï est donné à ce mouvement artistique qui veut agir à l'opposé des gouvernements parce que la première réunion a eu lieu sur les rives de ce lac que partagent les deux pays.

Les premiers contacts n'ont pas été faciles, car tout le monde est venu avec ses idées reçues et ses préjugés. Amin qui a rejoint l'aventure en chemin a cru à une blague à l’origine. Il utilise l'image de la tornade pour expliquer les difficultés de communication des premiers jours. La chanteuse Minouche Chouloute aussi n'est pas non plus des membres des premières heures. « Je me produisais dans un bar où la bande est venue manger. On me dit en fin de prestation que j'avais ma place à Azueï. Et voilà comment je suis passée d'une ignorance complète de l'espagnol et de la culture dominicaine à la composition d'un morceau de bachata », explique-t-elle. Parlant deux langues, les uns s'efforcent d’apprendre le plus possible de la langue de l'autre. Mais l'anglais s'impose comme le véhiculaire entre eux. 

L'équipe qui compte six années d'existence a sillonné les festivals et autres activités d’envergure des deux côtés de la frontière. Festival de Jazz, Festival 4 Chemins, ici, Festival à Samana, activité au Centre culturel espagnol de la RD. Pour l'album enregistré en 2019, ils ont mobilisé plusieurs semaines à faire le va-et-vient entre les deux pays. Cette aventure a commencé à Jacmel pour se poursuivre là-bas.

Amin, dont le père a été un activiste dominicain qui prêtait main forte à des cousins haïtiens dans leur combat contre Duvalier, confie que son entourage immédiat valide le travail de ce groupe national. Minouche confie que c'est pareil pour le sien, mais qu'il faut continuer à puiser cet esprit de cordialité car beaucoup de outsiders peinent à croire que c'est possible. « Moi j'aime bien les Dominicains, je les trouve bien chaleureux. Amin et les autres n'arrêtent pas de me demander à goûter du griyo, ce qu'est le pikliz (rires) », confie-t-elle. 

L'album est parti de zéro selon Amin. « Quand on sait que tous les textes n’existaient pas avant et qu'ils ont été composés sur le vif, on est en droit d'avouer que c'est spécial, que cela ne court pas les rues », explique Younès qui formule le vœu de voir Azueï brandir le Grammy du meilleur album de musique du monde.

« Artybonito » se réfère à l'Artibonite qui est le fleuve que partage les deux pays, mais c’est aussi « Art y Bonito », qui signifie dans la langue de Cervantès « Art et beau ». La chanson-titre de l'album est le dialogue entre deux amants, le garçon dominicain et la fille haïtienne séparés par les frontières et les idées reçues. Sur le texte de Ezel Félix collaborent Minouche, Zahir del Rosario, José Julio Hello.

« Atabey » est incantatoire. C'est une célébration du féminin sacré en la personne d'Atabey, divinité mère des Taïnos très célèbre dans le bassin caribéen. La chanteuse Sara Renelik et le guitariste Kike Saavedra y font un excellent job.

« Cacibajagua » vénère des héros dont Caonabo et Anacaona qui sont communs aux deux peuples. La composition est de Jahbeat, le texte de Boynavel Mota. Jahbeat pousse le chant avec Shoomy. 

« Sa n ap tann » nous invite à passer de la parole aux actes. Welele est le parolier de ce texte chanté par Sara Renelik et Perla Marola. « No discrimination », comme le nom l'indique, parle contre les discriminations ; c'est un reggae composé par Rebel Layonn auxquel participent Jahbeat et Minouche pour le chant. 

Sur le texte d’ouverture « Alegba », qui se veut une formule contre l'impossible, on retrouve James Germain comme invité d'honneur. C’est une composition de Amin sous un texte de Rebel Layonn.

Plusieurs morceaux font l'objet de vidéoclip dont « No discrimination », « Despierta », « Guagua Tap Tap » ou de snipets comme « Artybonito ». Rachèle Magloire, qui s'est occupée avec son équipe du volet vidéo, nous a fait découvrir aussi au cours de cette répétition de la veille les coulisses de l'enregistrement de l'album. 

Azueï nous invite gratuitement à venir goûter à ce son d’un mouvement sans précédent dans la world music et aussi contempler cette harmonie entre les deux peuples de Quisqueya au travers de l'art.



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