Dj Touch, entre musique et platines

PUBLIÉ 2020-09-10
Il s’appelle Émilson Fanfan, Dj Touch pour les intimes ou pour les 96 000 fans qui le suivent sur son compte Instagram. Passionné de musique dès son plus jeune âge, l’homme qui s’est mis aux platines en 2009 est actuellement le dj officiel des rappeurs Baky Popilè et Trouble Boy.


« J’ai toujours aimé la musique, confie tout de go DJ Touch. Je me rappelle qu’enfant, je faisais partie de plusieurs petits groupes. En classes de seconde et de rhéto, par exemple, j’étais le chanteur d’un groupe que j’avais fondé avec plusieurs camarades et l’on performait à l’école presque tous les vendredis », explique l’ancien élève du Complexe Educatif Moderne (CEM).

En 2008, après le bac, il part étudier à Santiago en République dominicaine. Sa passion pour la musique avec lui. À l’université où le jeune homme suit ses cours, il rencontre un groupe d’amis avec lesquels il fonde Touch Production qui, il se rappelle, a organisé plusieurs grands événements avec des groupes et artistes haïtiens tels que Kreyòl La, Mikaben ou Oli Duret ainsi que plusieurs éditions d’une activité baptisée « Facebook Party ». Parallèlement, le natif des Cayes se procure les matériels nécessaires et se met au Djing en 2009. Contrairement à beaucoup de jeunes, Émilson a la chance de pouvoir compter sur le support de sa famille dans cette aventure. « Quand ils sont venus me voir et qu’ils ont su que j’étais dj, ils m’ont simplement demandé si je pensais pouvoir faire les deux en même temps. Je leur ai promis que je garderais toujours mes livres et les principes qu’ils m’ont inculqués. Depuis lors, ils respectent ma décision et me supportent. À présent, certains membres de ma famille m’appellent même DJ Touch au lieu de citer mon nom », relate celui qui a grandi dans une famille très chrétienne.

Ses études universitaires bouclées, il rentre en Haïti, licence en administration des entreprises en poche en 2014. Il retourne travailler comme cadre du ministère de la Santé Publique et de la Population. Cependant, si Touch Production devient inopérante, son aventure en tant que dj ne s’arrêtera pas pour autant. « La Production n’existe plus. Certes nous sommes toujours des amis, mais chacun, après les études, a fait sa route. Certains sont actuellement en Haïti avec des obligations familiales. Mais j’ai continué en tant que disc-jockey. C’est d’ailleurs à cette production que je dois mon nom de DJ, à savoir DJ Touch », explique-t-il.

En 2015, il devint dj officiel de Baky, avec qui il collaborait depuis 2010, après la sortie de « Paske m se Ayisyen », l’un des tout premiers morceaux du Popilè. Suivant les brisées de l’homme au 286 Nèg, le rappeur Trouble Boy le choisira aussi pour son disc-jockey attitré en 2017. « Je travaille avec eux simultanément. Jusqu’à présent tout se passe bien, d’autant qu’ils sont tous deux de bons amis et qu’en général on les engage pour les mêmes événements ensemble. S’il arrive qu’ils doivent jouer à deux endroits différents, je fais un choix et offre une alternative ou un back up à l’autre », explique Emilson.

Il sillonne divers coins du pays avec eux et voyage à l’étranger pour assurer leur performance. « En général, je joue tous les week-ends. 10 à 12 prestations dans un mois, dépendamment de la période, et même plus, en été ou lors des fêtes de fin d’année. C’est l’une des raisons pour lesquelles je joue rarement seul comme le font d’autres disc-jockey. » Pourtant, il ne semble pas se plaindre : « J’ai la chance d’exercer un métier qui me procure beaucoup de plaisir et grâce auquel je peux apporter de la joie à d’autres. C’est ma plus grande satisfaction. En plus, j’ai la chance d’apporter la musique haïtienne, le rap en particulier, dans plusieurs endroits du monde », dit fièrement l’artiste, qui a eu l’occasion de faire danser des foules en Haïti, mais aussi en France, au Brésil, en Argentine, au Chili, dans les Bahamas ou encore aux Îles turques.

Quand il n’est pas aux platines ou derrière un micro, comme c’était le cas lors du confinement pour son show hebdomadaire live sur IG, ou encore au bureau, l’homme adore se murer chez lui. « Je ne sors pas vraiment. Je préfère rester chez moi pour regarder la télé ou des séries sur Netflix », dit-il simplement. Bien que très curieux de nature, il prend aussi plaisir aux activités éducatives. « J’aime aussi faire des recherches et apprendre de nouvelles choses... Donner des conseils également », avance celui qui se voit aussi comme un modèle pour d’autres jeunes qui veulent suivre la voie du djing en Haïti et qui très souvent le contactent. « Je leur dis souvent que je ne suis pas devenu ce que je suis en un jour, il m’a fallu travailler. Et même si le pays n’offre pas toutes les opportunités que l’on voudrait, ils doivent néanmoins continuer à avancer, à aller à l’école par exemple. Rete lekòl, sa trè enpòtan », insiste ce mélomane invétéré qui compte une meringue carnavalesque (2018) et trois mixtape (« San Kanpe », « Fuego » et « Kole Sere ») sortis le 3 mars 2020 à son actif. On lui doit aussi, récemment, une version remaniée du morceau « Banm bil » de Andy Beatz qu’il a rebaptisé « Banm bill m ap ba w bill ».

Marié ? fiancé ? « Ni l’un ni l’autre. Engagé », ajoute-t-il. « Sèl sa m konnen, m gen on moun nan vi m », dit avec un sourire celui qui est trop heureux d’être le père d’une fillette de sept ans. « Une très belle princesse », pour reprendre ses propres mots.



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