Nadège Fleurimond, un amour de cuisine

PUBLIÉ 2020-09-10
Nadège Fleurimond est le prototype de ces personnes qui font feu de tout bois pour vivre leurs passions et leurs élans créatifs. Entrepreneure, auteure, coach, chef, Nadège vient de faire paraître “Taste of Solitude”, un livre de cuisine qui s’apparente à un journal intime dans lequel on retrouve, outre des recettes de cuisine, des leçons de vie. 


Pour certains, le confinement aura été l’occasion parfaite pour donner un coup d’époussette à des projets qui étaient enfouis bien au fond des tiroirs. C’est bien le cas pour Nadège Fleurimond, qui a fait paraître, le 31 juillet dernier, “Taste of Solitude”, son troisième livre de cuisine après “Taste of life” (2010) et “Haiti Uncovered : A regional adventure into the art of haitian cuisine” (2014).

Née à Port-au-Prince en 1981, Nadège Fleurimond laisse le pays à l'âge de 7 ans pour retrouver son père à New York. Elle grandit donc avec son paternel de qui elle apprend les tâches de la vie quotidienne. Le nettoyage, la lessive, mais aussi la cuisine. “Mon père m’a appris à cuisiner très tôt. Dès l'âge de 8 ans, je faisais à manger chez moi. Certaines fois, il invitait ses amis et je cuisinais pour tout le monde”, explique celle qui a toujours aimé être derrière les fourneaux. 

Bien sûr, à cette époque, son père André Fleurimond est loin de se douter que la cuisine deviendra une passion qui un peu plus tard remplacera son 9-5. En bon parent haïtien, monsieur Fleurimond voit en sa fille qui termine son cycle secondaire au Brooklyn Tech High School un médecin ou un avocat. Si Nadège fait fi d’une carrière d'infirmière ou de médecin comme la plupart de nos compatriotes chez l’oncle Sam, elle est néanmoins admise au prestigieux Columbia University où elle décroche un diplôme en sciences politiques. 

Mais qu’est-ce qui amène cette jeune femme qui commence à faire ses armes dans la vie professionnelle 2003 en tant que responsable de projets et directrice des relations communautaires du bureau de la Congresswoman Yvette Clarke à se tourner définitivement vers l’art culinaire ?

“La cuisine a toujours été un moyen de me connecter avec des amis, un élément qui me permet de partager un aspect de ma culture avec d’autres”, confie celle qui a travaillé en Haïti en 2016 pour l’ambassade des Etats-Unis dans le cadre du Culinary Diplomacy Project. Tout commence à l'université. “Un jour, nous avions un eu un contrat avec un service traiteur pour un événement auquel devaient participer près d’une cinquantaine de personnes. Mais à la dernière minute, l’entreprise nous a fait faux bon. Alors que l’on se cassait la tête pour trouver un remplaçant, mes amis me proposent de prendre la relève vu mes talents culinaires”, conte Nadège. Coup d’essai, coup de maître. Cette première expérience en tant que traiteur pour cet événement auquel avaient pris part des personnalités telles qu'Edwidge Danticat se révèle un véritable succès qui lui ouvre la voie à d’autres contrats du mêne type. 

En effet, en un rien de temps, la nouvelle se propage au sein de la communauté universitaire et Nadège devient le traiteur attitré des associations d’étudiants. “Un beau jour, une des bibliothécaires d'origine jamaïcaine m’a approchée et m’a demandé si je pouvais prendre en charge le dîner qu’elle organisait pour l’anniversaire de sa mère. Je devais cuisiner pour environ 200 personnes ! C'était mon premier événement hors campus”, explique Nadège, qui n’en revient toujours pas d’avoir gagné autant d’argent grâce à ce premier contrat. 

Nadège n’a jamais fait une école de cuisine. D’un côté, elle ne s’est jamais vue comme chef. D’un autre, elle ne se voyait pas s’endetter pour payer un autre cycle universitaire alors qu’elle disposait d’un don inné pour l’art culinaire. D’ailleurs, cela n’a jamais vraiment une préoccupation. De clients curieux en clients satisfaits, Nadège se construit une réputation et les contrats se multiplient surtout dans le milieu des affaires. “Au départ, ma clientèle n’était pas réellement haïtienne. Mon réseau était majoritairement constitué d’anciens camarades rencontrés à l’université, des membres de l’équipe de football qui, sitôt sur le marché du travail, me référaient, me recommandaient pour des contrats corporate”, explique celle qui, un an après sa graduation, soit en 2004, abandonne son 9-5 pour s’investir à fond dans sa compagnie de catering “Fleurimond Catering”. 

Tout va pour le mieux jusqu’à la récession de 2008, qui l’oblige néanmoins à changer de stratégie. “Avec les problèmes économiques, les corporate catering ont commencé à baisser. Je devais soit me trouver un job ou réorienter mon entreprise”, confie Nadège, qui choisit la deuxième option. Elle donne des cours de cuisine et se tourne vers les événements spéciaux organisés par ses pairs de la diaspora tels que les mariages, les fêtes d’anniversaire et autres. “J’avais réalisé que le social catering n’avait pas beaucoup changé. Contrairement aux entreprises qui coupent leur budget, les gens, même s’ils sont confrontés à des problèmes économiques, veulent toujours organiser une belle fête pour marquer les occasions spéciales, une belle cérémonie pour un mariage.” 

“Nous sommes alors dans le courant de l’année 2009. Il n’y avait pas beaucoup de chefs haïtiens, et ceux qui l’étaient ne se promouvaient pas en tant que tels. Beaucoup, pendant longtemps, ont jugé à tort que la cuisine haïtienne n’était pas présentable, qu’elle ne pouvait pas paraître élégante, raffinée. Je voulais changer cette perception. Car je crois que notre cuisine traditionnelle est très riche et peut rivaliser avec d’autres cuisines du monde”, explique celle qui se lance aussi dans l’organisation de soirées de gala où elle n’hésite pas à servir des plats typiques du terroir. “M pa p pè fè yon gala nan yon bèl sal Manhattan epi sèvi mayi”, avance-t-elle en éclatant de rire. “C’est nous qui donnons de la valeur aux choses, à notre patrimoine, à notre culture”, ajoute sur un ton plus sérieux cette dernière. Cette stratégie se révèle payante pour l’entrepreneure qui croit que pour réussir en affaires il est important de pouvoir faire un diagnostic de la situation et prendre les décisions qu’il faut pour s’adapter à la situation.  

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, Nadège Fleurimond, met sur pied Roar Consulting en 2017, une entreprise de coaching à travers laquelle elle aide ceux et celles qu’elle appelle des “creative entrepreneurs”. Ces gens qui veulent se lancer en affaires en misant sur leurs talents et leur créativité. 

Enfermée dans son appartement new yorkais en pleine période de Covid-19, la jeune femme, au lieu de se laisser aller à déprime, trouve le moyen de rester productive. “Je me suis demandé ce que je devais faire. Quelle magie je pouvais créer dans cette situation si sombre ?”, avoue Nadège, qui dit avoir puisé dans les conseils salutaires de son père et des leçons tirées de ses expériences personnelles pour écrire ce livre de cuisine. 

Ainsi, “Taste of solitude” donne un avant-goût de comment le chef a vécu ce moment de solitude. C’est un journal culinaire, où l’on retrouve toute une série de recettes de cuisine que l’on peut réaliser avec des ingrédients haïtiens mais qui s’inspirent aussi de plats qu’elle a découverts, testés, aimés au cours de ses voyages. Outre l’aspect culinaire, l’auteure a aussi agrémenté cet ouvrage d’anecdotes et de leçons de vie qui peuvent inspirer les lecteurs. Paru le 31 juillet 2020, ce fusion book est disponible en version papier aussi bien qu’en version digitale sur la plupart des plateformes. Par ailleurs, l’achat d’un exemplaire de "Taste of Solitude" vous donne droit à un tablier en denim et brodé inspiré de l'amour de l'auteure pour le karabela. “Taste of Solitude” témoigne qu’on peut toujours faire quelque chose de positif même lorsque l’on est dans un situation difficile où tout semble perdu”, explique Nadège Fleurimond, très fière du parcours qu’elle a tracé. Même si son père lui rappelle de temps à autre: “Ou gaspiye vi w ; ou deside se machann manje ou vle ye malgre diplòm ou genyen...”



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