Un Haïtien parmi les ambassadeurs de la Francophonie de l'avenir

PUBLIÉ 2020-06-03
Ben Manson Toussaint, 36 ans, natif du Cap-Haïtien chercheur en intelligence artificielle, boss charismatique de la plateforme de traduction Seekncheck, se retrouve parmi les 8 ambassadeurs de la campagne «  Francophonie de l'avenir » orchestrée par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dans le cadre de son cinquantenaire d'existence. Pour l’ambassadeur haïtien, la Francophonie se doit de conjuguer sa pluralité, de jouer un rôle de catalyseur et de générateur d'opportunités pour les communautés qu'elle regroupe, en particulier les jeunes et les femmes.


L’idée que la modestie est une caractéristique des gagnants se vérifie avec Ben Manson Toussaint. « C’est un honneur et je m'en réjouis, certes ; mais mon plus grand bonheur et ma plus grande fierté résident dans le fait qu’on devra à chaque fois parler d'Haïti comme des autres pays tout au cours de ce jubilé de cinquante ans un peu à cause de moi et pas à cause des histoires sordides sur lesquelles des médias internationaux essentialisent ». En effet, depuis la semaine dernière s'ouvre la campagne « Francophonie de l'avenir » décalée du 20 mars à cause du coronavirus. La campagne propose, par le biais de 8 affiches, d’explorer la vie de 8 personnalités au parcours inspirant évoluant dans la Francophonie. « C'est  l'Agence universitaire de la francophonie (AUF) qui m'a signalé que l’OIF me cherchait pour me proposer cette fonction. Je me suis dit si cela peut influencer des jeunes pourquoi pas, en plus, cela me permettra au moins de faire parler d'Haïti en bien », explique-t-il. 
Ben Manson Toussaint est rentré sous la loupe de la Francophonie depuis ses années de scolarité du fond de son Cap-Haïtien. Il remportait tout ce qu'il y avait de concours mis sur pied ou supporté par l' Alliance Française de sa ville. 
Après le bac, l’homme très studieux enclenche son périple dans le supérieur avec une vitesse qui donnerait le tournis à  d'autres. Il fait presqu’en même temps un bac +4 en économie appliquée options statistiques au CTPEA  et un master I en sciences informatiques à l'ESIH. Il débarque en France l'année juste avant le séisme en Haïti(une tragédie qui l' a marqué profondément quoique étant loin)  pour un stage de traitement informatique des langues au Laboratoire informatique de Grenoble. Toujours dans cette ville, il effectuera un master en intelligence artificielle et web puis un doctorat en intelligence artificielle.
Les années qui suivent, le Capois vivra véritablement entre deux avions. Pour cause, il devra assurer presqu'en même temps son poste de mentor AI au sein de Google Accelerator en Californie, la coordination du laboratoire Sitere qu'il a initié au sein de l'ESIH à Port-au-Prince, un de ses anciens bastions et son autrefois startup Seekncheck basée en France mais avec des ouvertures sur le monde dédié à la  traduction. En 2017 il obtient de la part de l'AUF le prix Louis d'Hainault de la meilleure thèse doctorale pour son travail sur la technologie éducative. 

Le titre d'ambassadeur de la Francophonie de l’avenir suppose que les 8 tenants puissent partager leur expérience dans la presse, dans les universités, dans d’autres tribunes à l'intention des jeunes particulièrement. Ben souhaite ardemment que le coronavirus soit contrôlé pour pouvoir rentrer en Haïti, même si pour l’heure il compte se mettre à la mode du "live" qui s'intensifie du fait de la pandémie. 

On lui a demandé des conseils pour les jeunes francophones, notamment les Haïtiens. « Il ne faut pas tomber dans le piège de l'autosatisfaction, affirme Ben Manson. C'est la mort subite assurée pour la progression. Il faut se réveiller chaque jour avec un objectif et surtout le plan pour l’accomplir sans compromettre ses valeurs. Moi, par exemple, je n'ai pas choisi une voie facile et j'ai pourtant tâché de rester digne. Ce qui m'a infligé des nuits de douleurs, des jours de déprime... Mais je crois que le jeu en vaut la chandelle." 
L’ambassadeur de la Francophonie dit puiser sa détermination de sa mère Manuella qui fait en sorte d'accomplir chaque jour un kilomètre de plus. Il y aussi son entourage dans un Cap-Haïtien natal. Cet ancien des Frères de l'instruction Chrétienne dédie ce prix aussi à ses condisciples qui lui ont inspiré "de dresser la barre" toujours plus haut.
L'homme compte pour modèle le héros haïtien Toussaint Louverture, pour sa capacité à imaginer l'avenir ; le libérateur haïtien Dessalines, pour sa capacité de passer de la parole aux actes ; Elon Musk, pour sa folie créatrice ; Steeve Jobs, pour ses ambitions ; les fondateurs de Google pour avoir changé à tout jamais la manière d’effectuer des recherches. Son ambition aujourd'hui, c'est de continuer à pousser Seekncheck vers le firmament des grandes entreprises et institutions comme celles avec lesquelles il a déjà collaboré dont Airbnb, Google, l'université La Sorbonne.
Pour Ben Manson, la Francophonie se doit d’assumer son histoire, sa pluralité pour avancer vers l'avenir. Il déclare à ce sujet : « La Francophonie représente la richesse, la diversité et les opportunités d'une large communauté de personnes, mais est également liée à une histoire qui n'a pas toujours été glorieuse. J'espère que la suite de l'histoire qu'elle créera saura transcender les communautés et effacer pour de bon tous éventuels relents de relation dominants-dominés dont cette histoire recèle. » 
Et le souhait de l'ambassadeur de la Francophonie ces 50 ans, c’est que la Francophonie joue un rôle de catalyseur et de générateur d'opportunités pour les communautés qu'elle regroupe, en particulier les jeunes et les femmes.



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