Dieu-Nalio Chéry finaliste du prix Pulitzer 2020

PUBLIÉ 2020-05-05
Très peu de temps après la Médaille d'or Robert Capa et la troisième place à la Pictures of the Year International, notre Dieu-Nalio bleu et rouge se retrouve avec sa collègue de l'Associated Press Rebecca Blackwell parmi les finalistes du Prix Pulitzer dans la catégorie « Breaking news photography ». L'annonce a été faite ce 4 mai 2020. Pour le serial gagnant, c'est le cœur et la discipline qu'il met à son métier qui expliquent autant de succès tout au long de sa carrière. 


Quand on pense au prestige du Prix Pulitzer on ne peut point s'empêcher d'avoir la chair de poule en lisant ces mots : « Le photo-journaliste Dieu-Nalio Chéry est avec Rebecca Blackwell de l'AP parmi les finalistes de la catégorie “ Breaking news phorography". Ce prix décerné par l'université Columbia qui comporte la meilleure école de journalisme du monde est considérée comme l’équivalent d'un Grammy Awards pour le monde des médias tant qu’il est prestigieux.» Le natif de la ville des Cayes s'exprime lui avec la plus grande modestie : « C'est comme pour mes autres prix la reconnaissance de l'honnêteté, du coeur et de la discipline que je mets à mon travail »

 
Un prix, et pas n'importe lequel, presque chaque mois depuis le début de 2020. En février il se retrouve en troisième position du choix de Pictures of the Year. En avril, il gagne la Médaille Robert Capa qui récompense des reportages photographiques qui ont requis un grand courage et une logistique exceptionnelle. Dans le cas de notre compatriote, il faut rappeler que même après avoir été atteint par une balle le 23 septembre 2019 provenant de l'arme qu'a dégainée le sénateur du Nord Ralph Féthière, il a continué à photographier. « A l'approche de la quarantaine, explique-t-il, je me suis dit qu'il faut me surpasser sinon bientôt il sera trop tard, surtout que j'ai vraiment pris mon envol tardivement (2010). En plus je crois que raconter la violence qui se développe et qui prend diverses formes dans notre société jadis paisible est crucial pour éclairer les générations futures et actuelles. »


Pour Dieu-Nalio, la photographie a toujours été une passion depuis l'enfance. Et pour cause, à défaut d’une caméra que ses parents ne pouvaient pas lui offrir durant les années du primaire, il en bricole une avec du carton.« Je tenais un micro à des condisciples et je mimais la prise d'images. Je faisais comme quoi des reportages en herbe. Mes anciens professeurs aujourd'hui encore m'écrivent pour me féliciter d'avoir suivi ma voie », confie-t-il. 

Quand le Cayen débarque à Port-au-Prince en 2001, il est engagé par son oncle comme celui qui écrit sur les factures des clients. C'est le seul poste qu'on pouvait lui donner pour lui éviter de multiplier les conquêtes féminines comme c’était le cas pour son oncle et son frère qui maniaient la caméra eux-mêmes. 


Au secondaire, un pote lui passe une caméra avec la condition sine qua non que Dieu-Nalio lui ramène un pourcentage sur chaque photo vendue par ce dernier. Pour cela, notre interlocuteur se voit obligé de sillonner tout ce qu'il y a comme opportunité de vendre de photos. A l’église de Dieu de Delmas 17, il est de tous les mariages, de toutes les funérailles et autres activités pour photographier les gens et essayer de leur vendre les clichés après coup. Sans aucune formation il intégrera la structure Journalistes en Action et fréquente le fameux Surin Wilson alias Djakout. Les événements devant déboucher sur le départ du président Jean Bertrand Aristide en 2004 pour l'exil lui ont fait comprendre combien notre pays est devenu un terrain violent. « Je couvrais sans la moindre formation tout ce qu’il y a comme mouvement GNB, manifestation, c’était un challenge qui me passionnait et me motivait à raconter un glissement progressif de notre société vers la violence », dit-il. Dieu-Nalio intègrera aussi la structure Alèt Ayiti de Réginald Delva jusqu'à l'an 2010. Quand survient le séisme, c’est la panique totale dans cette structure qui, comme l'ensemble des médias haïtiens, ont arrêté de fonctionner. L'homme s'est donc rendu au centre ad hoc de l'information qui a été mis en branle à l'époque. C'est ainsi qu'il se fait remarquer par l'Associated Press (Pass). Son premier job, c’est celui de « fixer », c'est-à-dire celui qui évoque les dossiers à couvrir. Très vite il va gravir les échelons en couvrant le choléra, la vie dans les camps…. 


Walter Astrada de l'AP va faire en sorte que Dieu-Nalio parte en Argentine pour une formation intitulée « Soundry photojournalism ». Le photographe reviendra de cette formation avec un prix. Dès 2012 il remplace son mentor au poste de dirigeant de l'agence pays de Ramon Espinoza qui est dépêché, lui, à Cuba. D'autres formations et prix d’envergure vont suivre au cours de sa carrière fulgurante comme une bourse complète de la fondation Magnum pour une formation à l'université de New York. Sa candidature a été supportée par la Fokal. 


Et pour revenir au Pulitzer, quand il l'a appris, Dieu-Nalio a appelé immédiatement ses mentors dont Espinoza et Enri Marti qui, via un dialogue vidéo, lui ont fait comprendre qu'il s'agissait autant que la Médaille Robert Capa d'un prix d'excellence dont il peut être fier. Tout de suite après, il en parle à sa femme et ses enfants.

Rebecca Blackwell, une journaliste américaine de la même agence, l'a suppléé pendant deux mois à son poste en Haïti après sa mésaventure devant le Sénat. C’est pour cela que tous les deux se retrouvent finalistes du Prix Pulitzer dans la catégorie « Breaking news photograhy ». « Dieu-Nalio dépeint sa collègue comme une battante qui n'a pas eu peur de couvrir les événements autour du plus long « peyi lòk » survenu vers la fin de 2019. 

Dieu-Nalio Chéry dédie cet honneur à tous les travailleurs de la presse haïtienne et souhaite qu'ils soient fiers que l'un des leurs ait pu recevoir une telle reconnaissance. « Finalis Pulitzer a se yon prèv ke pa bò isit gen jounalis ki gen menm nivo ak sa lòt kote yo », a-t-il déclaré. Aux dernières nouvelles c'est l' agence Reuters qui a remporté le prix cette catégorie pour sa couverture des protestations à Hong Kong en 2019



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