Les “lacewigs”, la nouvelle révolution capillaire

PUBLIÉ 2020-02-11
Dans le monde de la chevelure, le mouvement nappy triomphant (cheveux naturels), tout-puissant des années 10, s’est finalement trouvé une rivale de taille vers la fin de la décennie qui s’appelle le « lacewig ». Popularisé par les stars américaines comme Beyoncé, Kim Kardashian, il fait aussi des adeptes (et pas n’importe lesquelles) dans le HMI comme Rusthelle Guilluame, Florence Dure, Vanessa Désiré, Shassy, qui ne jurent que par sa praticité à paraître comme leurs propres cheveux. Ticket Magazine, sensible aux moindres mutations en matière de mode, a pensé à donner la parole à celles et ceux qui participent au succès du lacewig. Bonne dégustation !


On les appelle lacewigs, selon Michel Chataigne, à  cause de la dentelle « lace » à la base qui permet de les attacher sur la tête. Pour l’un des doyens de la coiffure en Haïti le lacewig existait longtemps avant le hype qu’il connaît à l’heure qu’il est. « Michael Jackson en portait il y a peut-être 25 ou 30 ans déjà », témoigne-t-il. Selon lui,  l’un des pères fondateurs de ce mouvement est un Coréen basé à New York qui répond au nom de Klem Clu. Cet homme est un spécialiste de perruques sur mesure depuis des lustres. Il en fait tant pour les hommes chauves que pour les femmes. Michel partait à New York de temps en temps ces années-là pour lui soumettre les commandes de ses clientes et clients haïtiens. C’est donc le Coréen qui lui a mis au parfum de la hype que connaît le « lacewig » qui est, selon ses explications, une perruque dont on a amélioré la façon de l’appliquer sur la tête. « Toute la valeur de cette perruque, dit-il, tient au fait que son attache est invisible parce qu’elle épouse la couleur de la tête et fait paraître les cheveux comme étant propres à la personne.

La chanteuse Florence Duré, qui est une grande adepte de lacewigs, ajoute qu’ils ont été conçus initialement pour des femmes ayant le cancer avant de devenir un produit très demandé. Pour la businesswoman pas question pour elle de rater ce train, elle qui aime les longs cheveux depuis longtemps. Elle a sa gamme baptisée « Riske Collection ». Force est de constater qu’il n’y a pas qu’elle à flancher pour cette chevelure star.

Vanessa Désiré, qui est allergique aux permanentes, y trouve la façon idéale d’avoir une chevelure équilibrée, ce que la greffe ne pouvait pas faire. « Avec la greffe il fallait chercher (le plus souvent en vain) comment synchroniser mes cheveux crépus (tèt grenn ) et cette sorte d’extension. Le lace résoud tout cela, heureusement », se réjouit la demoiselle qui rappelle que c’est bien un lace qu’elle porte dans le clip « Blese ».

« Depi ou wè Shassy, ou wè cheve », s’exclame la voix de « N ap chat ». Elle, elle n’est pas qu’une adepte, elle en commercialise aussi depuis 2 ans sous le vocable de « Shassevolution » comme Florence.

Et Rutshelle Guillaume dans tout ça ? La plus grande star féministe haïtienne est une véritable malade des lacewigs.Tant qu’on y est, rappelons qu’elle a fait le buzz il y a naguère quand sa perruque est tombée lors d’une prestation aux Etats-Unis . « Pour être une fille "classy", depuis toute jeune je me garde d’avoir des piercings, des tatouages. Par conséquent tout ce qui me reste pour jouer ce sont les cheveux », confie la voix de « Victorious ». Au passage depuis ses années à la fac, elle change de tête comme on change de chemise. C’est la greffe cette semaine, les tresses l’autre, la perruque puis le lacewig.

Le lacewig n’aurait pas de succès sans les coiffeurs et coiffeuses. Une spécialiste dont bien des artistes vantent l’expertise dans le domaine, c’est bien Phylicia Kya Poulard alias Chikistyle. La spécialiste en lacewigs témoigne : «  J’ai pris une pause avec les stresses vu que les clientes m’appellent ces derniers temps soit pour une pose de lace ou celle de greffe. Elle évoque la typologie pour notre gouverne : french lace, brown lace, Swiss thin lace, HD lace, transparent lace. » À ce sujet, Shassy avance qu’il y a les cheveux humains et les cheveux indiens. Michel Chataigne rappelle que les synthétiques sont de moindre qualité que celles provenant d’humains. Pour Rutshelle, la marque lui importe peu. « Parce que, dit-elle, la coalition de styliste, d’habilleuse et de coiffeuse qui se forme autour de moi m’exonère de ce travail de documentation sur les marques. En effet vu mes nombreux déplacement,  je fais en sorte d’avoir une coiffeuse ici et là qui me propose la marque qui marche sur l’heure. Des compagnies aussi se proposent de temps en temps à me fournir des lacewigs ». Elle préfère les bouclés comme ces perruques que portait Whitney Houston qu’elle adore et qui a en commun avec elle le don de la voix.

En ce qui concerne l’application, il y a la colle qui importe. Michel choisit de ne pas utiliser celle qui accompagne le produit. Parce qu’il n’aime pas l’odeur et reste attaché à celle des greffes. Chikistyle prévient que la colle ne convient pas à tout le monde et n’aime pas la chaleur. Elle suggère qu’on  puisse nouer le lacewig ou le coiffeur avant de dormir. Florence conseille la même chose, mais ajoute qu’on peut l’huiler, le rendre bouclé, le "blow" pour qu’il reste beau jusqu’à ce qu’on l’enlève.

Pour la durée du lacewig sur la tête à chacun son idée. Pour Vanessa c’est deux semaines maximum, mais le plus souvent elle le garde pas plus que 7 jours.  Michel suggère 21 jours en cas extrêmes. «  On peut nettoyer sinon ça risque de s’enlaidir par manque de soin mais il faut garder en tête c’est comme une coiffure qu’on garde pour un petit moment. D’autant plus qu’avec la chaleur et la sueur, la colle va se détacher facilement » affirme-t-il. Florence change de tête chaque 4 ou 5 jours. C’est-à-dire au moins 8 fois par mois. Toutefois elle admet qu’on peut le garder jusqu’à 14 jours. Rutshelle en porte le plus souvent pour quelques heures, un jour ou deux. La chanteuse en porte pour une prestation ou juste pour être coquette à un rendez-vous galant.

Les prix varient selon Shassy,  qui les catégorise en deux groupes pour cela. « Quand ce sont les cheveux naturels, ça va de 140 dollars pour 12 pouces à 330 pour 28. Pour les perruques lace, c’est 80 $ pour 8 pouces et 270 pour 26 », confie la businesswoman. Florence qui en propose à partir de 99 dollars.

Il faut une heure au total pour l’application, selon Michel, parfois plus pour certains. Chikistyle se contente de dire d’avoir de la patience et un peu d’humour. Florence m, du fait de la gamme complète qu’elle propose, les applique elle-même le plus souvent. Elle en est une véritable experte.

Michel ne défait pas la coiffure pour ses clientes. C’est à leur charge,  car c’est pratiquement facile à enlever selon lui. Shassy se les enlève elle-même quand sa sœur ne le fait pas pour elle. Il lui arrive d’aller dans des salons aux Etats-Unis. Chikistyle offre le service à ses clientes sur demande, mais la plupart du temps, au moment de les appliquer, elle leur apprend comment l’enlever elles-mêmes. Vanessa le décolle en utilisant  de l’alcool quand elle n’a pas assez de temps pour passer au salon. Florence, elle, suggère aux ladies de se faire aider par les employés de salon si l’on ne peut pas le faire soi-même. Elle-même elle le fait pratiquement toute seule en utilisant son « lace away » qui permet de diluer la colle. «  Konsa pa gen ris ke l koupe cheve m », précise la belle.

Rutshelle les enlève elle-même, mais il lui arrive comme bien d’autres de se faire aider pour ne pas risquer d’abîmer ses cheveux naturels qui se retrouvent juste en dessous.

Et vous que pensez-vous des lacewigs ? En êtes-vous  fan ou pas ? Quelle que soit la réponse, dites-nous pourquoi en commentaire. A vos claviers !

Chancy Victorin



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