"Victor ou les enfants au pouvoir", une satire des apparences

PUBLIÉ 2019-11-28


C'est à chaque fois devant une salle comblée de la Fokal qu’on a procédé, les 26 et 27 novembre 2019, à la représentation de "Victor ou les enfants au pouvoir" de Roger Vitrac mise en scène pour l’occasion par Michèle Lemoine, l’invitée d’honneur de la 16e édition du festival Quatre Chemins. La pièce écrite au début du dernier siècle nous rappelle que les masques que l’on porte pour briller en société finissent toujours par tomber souvent malgré nous.

Tout tourne autour de Victor (Staloff Tropfort), fils d’Emilie (Jehyna Sayheir) et de Charles Paumelle (Miracson Saint-Val). Le garçon gâté par sa famille bourgeoise fait des aveux surprenants à la soirée de célébration de ses 9 ans. Le garçon, à cet âge, mesure déjà 1,80 m et est déjà intéressé à coucher avec la bonne Lili (Yvenie Paul). Aidée de son amie Esther, fille des Magneau (Jehyna Sayeir et Lesly Maxi) invités à sa fête, le jeune espiègle mettra à nu les relations souterraines que les membres des deux familles entretiennent sous le vernis de couple modèle. D’autres personnages comme le général Etienne Lonségur (Farid Sauvignon), qui est un obsédé sexuel, ou encore Madame Ida Moretmart (Anyès Noël) ont marqué aussi la représentation.

Différentes approches du théâtre se jouxtent dans cette œuvre très ancienne. C’est à la base un drame puisqu’elle se boucle avec la mort de Victor, le meurtre de sa mère par son père qui se suicide après coup. Mais le rire est aussi au rendez-vous. Madame Ida Moretmart flatule comme on en ferait dans n’importe quelle comédie. Mais même si c’est dans la description de l’œuvre originale, on retrouve la série de pets, on a estimé qu’ils étaient trop nombreux.

L'ensemble des acteurs ont assuré parfaitement. Toutefois, s’il fallait départir on caserait dans le carré des deux meilleurs Néhémie Bastien et Lesly Maxi. La première réussit le pari de donner corps à une petite fille espiègle sans sombrer dans les clichés. Esther, son personnage, a un caractère propre grâce à son jeu. Lesly lui a campé un homme avec l’esprit dérangé sans forcer la note ni économiser ses efforts. On n’a pas compris la froideur de la bonne Lili quand elle découvre la première les trois cadavres. On estime inutile le rôle du médecin (Eliézer Guérismé) venu au chevet de Victor tombé malade. Il a été trop bref et ne semble rien apporter au nœud qui se forme vers la fin.

On félicite le génie de Michèle Lemoine qui réussit à transposer la pièces dans le contexte haïtien et à notre époque. La famille bourgeoise habite à Pétion-Ville, les nouvelles dans le journal qui a été lu évoquent notre actualité de crise. L’œuvre riche en intemporalité, au final, nous laisse sur la réflexion autour des masques que l’on se crée pour vivre notamment dans les milieux bourgeois ou sauver la face est un exercice permanent.  



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