Festi Graffiti fera de Port-au-Prince une galerie d’art en plein air

PUBLIÉ 2019-09-05
Festi Graffiti se présente comme une vitrine de la création graphique et visuelle haïtienne, et cette année il se déroulera dans nos rues du 10 au 20 septembre 2019. Le Collectif pour la promotion des arts urbains et de l’art contemporain (CPAUAC), structure culturelle qui organise ce festival, a retenu pour cette édition le thème « Mobilité contemporaine – Déterritorialiser l’imaginaire ».


Pour la 4e édition du Festival des arts urbains de Port-au-Prince – Festi Graffiti –, le Collectif pour la promotion des arts urbains et de l’art contemporain (CPAUAC), initiateur du festival, compte embrasser plusieurs problématiques. Entre autres, l'autonomisation de la femme, l’entrepreneuriat, la jeunesse et la non-violence. Du 10 au 20 septembre 2019, par le biais des fresques urbaines ou prestations de danse, les instigateurs de cet événement veulent prôner l’inclusion sociale, l’équité de genre et la promotion des métiers d’arts urbains comme outil de développement communautaire.

Organisé sur le thème « Mobilité contemporaine – Déterritorialiser l’imaginaire », qui est très vaste, Jean Widler Pierressaint, directeur et initiateur de cette activité, a fait comprendre que le message est pourtant simple et direct. « L’acte de création peut se faire partout où l’on se trouve, l’outil primordial n’est que l’imaginaire », a-t-il expliqué. « Nous ne nous minimisons pas la question des moyens matériels et les autres obstacles liés à la maladie, la religion, la classe sociale, la politique, et même le sexe qui peuvent entraver un artiste, mais dès que l’imagination est là, tout peut se faire », ajoute Pierresaint, l’air rêveur.

Dans un Haïti en péril, avec des problèmes d’insécurité, de rareté de carburant, la rentrée des classes, la période cyclonique, l’État incapable de payer ses employés, que peut-on espérer d’un festival de Graffiti pour apporter un soulagement aux maux de la population haïtienne ? À cette question, Pierresaint rappelle que « le festival a toujours interpellé les problèmes de société ». Et il déclare sur un ton solennel : « Festi Graffiti ne peut pas à lui seul résoudre les problèmes, il les pose, les déterre, les met en exergue. Et aujourd’hui, plus que jamais, l’artiste ne peut pas rester en marge de la société ; il doit être un témoin actif du drame social. »

De même que l’année dernière, la situation socio-politique du pays n’est pas en faveur de la réalisation d’une telle activité, car en 2018, les organisateurs ont dû la reporter. Pour cette fois, le défi reste le même, mais « le support inconditionnel de la population nous aidera une fois de plus à surmonter les obstacles », assure Pierresaint. De surcroit, « avec la bénédiction du ministère du Tourisme (MT), le Politour va nous accompagner en mettant en place un dispositif de sécurité pour les artistes et les participants». Sans oublier des institutions comme l’ambassade des États-Unis, l'ambassade de France, Wallonie-Bruxelles, l'ambassade du Mexique, l’Institut français en Haïti ou Odpeint qui les accompagnent pour cette 4e édition.

« Souvent, nous rencontrons de nombreuses difficultés pour obtenir l’autorisation des propriétaires afin que les artistes réalisent leurs fresques sur les murs cloisonnant leur maison, raconte-t-il. Mais, dès qu’ils font la connaissance de la beauté des dessins sur les murs de leurs voisins, ils souhaitent eux aussi avoir une fresque. » Et ceci rentre dans le cadre de l’un des objectifs du CPAUAC, qui est d’offrir « une meilleure attractivité pour les villes haïtiennes urbaines et rurales ».

Cette année, Festi Graffiti se décentralisera sur Port-au-Prince, il sera également à Petit-Goâve pour embellir ses rues avec fresques et performances artistiques, grâce au support d’une structure culturelle dénommée « En commun ». De même, dans la capitale, les rues Lamarre, M, et Delmas 40 recevront la visite des artistes venues du Mexique, du Brésil, du Maroc, des États-Unis, de la Belgique et de France. Ils ont été choisis par CPAUAC à partir de leur travail réalisé par rapport aux questions de la mobilité et de la migration dans leurs pays respectifs.

La programmation du festival a encore pris en compte la multidisciplinarité de l’art des Graffitis. La culture hip-hop sera en programmation grâce à la collaboration de Punch Raj, qui réalisera des sessions de freestyle avec des artistes comme Ed Daliriks ou 35 Zile, durant les séances de graffiti. Des danses urbaines aussi seront tenues avec des ateliers et un battle (compétition) de break dance. Spectacle, causerie, conférence, formation et soirée sont entre autres activités prévues dans le cadre de ce festival.

Hervia Dorsinville dhervia04@gmail.com



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