Ketsia Vaïnadine Alphonse, le théâtre chevillé au corps

PUBLIÉ 2019-07-11
Crédit photo : Phalonne Pierre-Louis


Elle a joué « Cinglée » de Céline Delbecq, sous une mise en scène de Michèle Lemoine, le 9 juillet à la Fokal, dans le cadre de la 4e édition du festival En Lisant. Une expérience, selon ses mots, qui l’a rapprochée "physiquement" des femmes tuées dans le monde dont l’œuvre fait état. Pour elle, le théâtre c’est la vie et non pas juste une passion qu’elle rejoint à ses heures perdues. Portrait d’une femme ayant le théâtre chevillé au corps.

Au secondaire, Ketsia Vaïnadine Alphonse a eu Ricardo Lefèvre comme professeur de théâtre dans son établissement. Un bon début pour elle, conviendrions-nous. Connaissant le niveau de cet homme, on s’imagine que d’aucuns auraient jeûné pour l’avoir comme tuteur.

Elle s' éloigne quelques années de son art  fétiche avant de le retrouver en 2007 en intégrant la compagnie « Théatron » dirigée par Patrick Joseph, Pascale Julio et Max Prévilon. Et s’ensuivent des années riches en activités ici et à l’étranger. Elle joue un texte à elle qui s’intitule « Sang bride ».

L’année 2016, Ketsia lit « Lettre à Clau ». Elle co-écrit "Abattoir" avec Jo-Ann Joseph, Leslie Max. C’est une œuvre qui met en exergue le recrutement des enfants dans les gangs en Haïti. Elle a été chargée de production du spectacle "Chemin de fer" de Julien Mabiala Bissila qui a obtenu le prix RFI 2014. La même année, avec Michèle Lemoine, la comédienne joue « Pour les femmes noires qui ont pensé au suicide », traduite par Kettly Mars. L’année 2019 a bien commencé pour elle. Ketsia a joué « In memoriam » de Jean René Lemoine mise en scène par Miracson Saint-Val.

Au sujet de « Cinglée » de Céline Delbecq, quand  elle a été contactée par Michèle Lemoine, Ketsia ne s'est point fait prier pour endosser le rôle. « Un sujet, dit-elle, qui m’interpelle bien. » Il s’agit d’un Haïtienne basée depuis de longues années en Belgique qui à force de lire les journaux se rend compte que le meurtre des femmes dans le monde n’a rien d’un fait divers car cela se répète chaque heure, chaque jour ou chaque mois dépendamment du pays où l’on vit. « Le féminicide, je savais qu’il existait bien avant de jouer "Cinglée". D’ailleurs une femme a été tuée à Gros-Morne que récemment. La pièce a le mérite de me rapprocher comme physiquement de ces victimes », témoigne-t-elle.

Ketsia ne s’érige aucun modèle, aucune idole. « Il y a tout de même des collaborateurs de ma génération et d’autres générations que j’affectionne, dont j’apprécie le travail, mais je ne suis la route de personne », explique-t-elle. La comédienne souhaite ne pouvoir vivre que de son art, que ce dernier puisse nourrir ses hommes et ses femmes dans notre pays.

La comédienne-dramaturge représentera « Cinglée » dans le cadre du festival Quatre Chemins. Elle travaille sur un autre projet qui devra aboutir en septembre dont elle garde la discrétion du titre pour le moment.



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