Gaëlle Bien-Aimé mete « Limyè » sou Manno Charlemagne

PUBLIÉ 2019-03-14
Quelque 6 mois après son dévoilement à Yanvalou en clôture de la troisième édition du Festival Nègès Mawon, le spectacle « Limyè » de Gaëlle Bien-Aimé revient à la Fokal pour une série de trois représentations du 13 au 15 mars. Pour l’occasion, le spectacle qui revisite le répertoire engagé de Manno Charlemagne est complètement rebooté avec l’ajout de bien de clins d’œil à l’actualité.


« Limyè » a démarré le 13 mars dans la salle Unesco de la Fokal plongée dans l’ombre. L’arrivée des artistes sur scène a été accompagnée de la diffusion d’extraits de journaux radiophoniques, un geste qui semblait prédire ce parfait alliage exécuté par Gaëlle Bien-Aimé entre le répertoire de Manno Charlemagne et des clins d’œil à l’actualité.

Comme dans la première représentation, le spectacle a suivi la courbe du répertoire du chanteur à la guitare qui nous a quittés il n’y a pas si longtemps. Des titres comme « Oganizasyon entènasyonal », « Dwa de lòm », « Ya bezwen mwen » ou « Lajan sa » ont été interprétés avec panache par les dames. Mais quelqu’un qui se serait attardé sur la qualité de leur voix aurait probablement passé à côté de l’esprit du spectacle. On n’avait pas besoin de lunettes pour remarquer d’emblée que le spectacle est très engagé. Certes l’étiquette de la qualité peut s’accrocher tant au chant qu’à la danse, qu’à la poésie qui ponctuent l’œuvre mais n’altère point sa nature.

Le chant a parfois cédé la place au théâtre ou s’est parfaitement marié avec. Et pour cause dans l’exécution d’un des numéros, l’une des actrices a mimé une possession par le génie vodouesque Erzulie Danthor.

Deux moments intenses qui ne sont pas restés sans effet sur l’assistance : quand deux des actrices se sont mises chacune à lire une lettre adressée à leur fille respective. Dans ces lettres, les deux dames préviennent leur progéniture sur ce qui les attend en menant une existence en Haïti. On a perçu le prétexte pour l’œuvre de mettre en lumière les problématiques liées au genre dans le pays.

Un cœur à cœur entre deux autres sur un texte de Manno qui présente le showbiz comme un outil utilisé par les USA pour occulter ses exactions en tant que gendarme de la planète a eu l’approbation du public composé, entre autres, de figures notoires de la révolte dans notre temps. Ce morceau accompagné au piano a été l’un des plus aboutis. Le poème « J’aime ce pays » a eu le même effet également.

En fin du spectacle il a été demandé formellement au public d’inscrire sur des feuilles posées sur les murs à l’extérieur de la salle ses revendications en faveur du pays. La série des représentations se poursuit jusqu'au 15 mars 2019 à Fokal.



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