Ritz Kinam II/Forum

Lancement officiel de l\'Institut Interuniversitaire de Recherche

Promouvoir la recherche scientifique de haut niveau afin de contribuer au développement socioéconomique et culturel du pays ; former une masse critique de chercheurs en collaboration avec les universités haïtiennes et étrangères : telle est la mission de l\'Institut Interuniversitaire de Recherche Sociale (IIRS) dont le lancement officiel a eu lieu le jeudi 3 mai 2007. Au Kinam II (Pétion-Ville). En présence, entre autres, du Premier ministre Jacques-Edouard Alexis, de membres du gouvernement, de représentants du Corps diplomatique et d\'un parterre de chercheurs haïtiens et étrangers confirmés.

Publié le 2007-05-08 | Le Nouvelliste

National -

« Habité par la passion de la recherche, et donc par le rêve de la création de cet institut, j\'accueille avec plaisir l\'invitation du Comité d\'implantation de l\'Institut Interuniversitaire de Recherche Sociale auquel je suis particulièrement sensible comme éducateur, fondateur et ancien recteur d\'université et chef de gouvernement.» Au Kinam II où il assistait à la cérémonie de lancement officiel de l\'IIRS, animée par Laënnec Hurbon, le premier Ministre Jacques Edouard Alexis, dans son allocution de circonstance, a donné son appui à la création de cet Institut qu\'il considère comme un acte d\'une grande importance qui ne peut que réjouir les amants du savoir, dans la mesure où il viendra renforcer les structures nationales de recherche et aider à la formation de chercheurs. Avec comme retombées des innovations technologiques, la dotation du pays en savoir-faire technique indispensable à son développement socio-économique durable. Jacques E. Alexis estime que l\'implantation de cet institut ne peut qu\'enchanter les gens d\'action soucieux de bien comprendre le réel qui réclame des interventions urgentes. Dans cette perspective et particulièrement dans un pays comme Haïti, les défis et enjeux sont de taille, voire très complexes dans ce contexte international marqué par la concurrence parfois féroce. « Notre pays est confronté à la faiblesse qualitative et quantitative de son système d\'enseignement et de son réseau de formation universitaire et scientifique, avec comme conséquence la fuite vers l\'extérieur d\'un nombre important de nos jeunes dotés de qualifications appropriées », souligne l\'ancien recteur de l\'Université Quisqueya (UNIQ) qui s\'en tient aux éléments majeurs de l\'argumentaire sous-jacent associé à ce constat. « Qui s\'instruit s\'enrichit », lance-t-il comme un précepte, en soulignant l\'importance du capital humain jugé incontournable et considéré comme le vecteur majeur du capital économique et du progrès social. Jacques E. Alexis croit qu\'il n\'y a de richesse que d\'homme. Le savoir scientifique (savoir-faire et savoir-être) sont des éléments qui favorisent une plus grande participation des citoyens à la vie de la cité et donc de la démocratie. Selon M. Alexis, l\'atteinte de cet objectif est conditionnée par la formation universitaire et la recherche scientifique capables de contribuer à la formation d\'enseignants et de cadres scolaires tributaires du nouveau tertiaire. «Le gouvernement envisage l\'élaboration et la mise en oeuvre d\'un plan d\'action susceptible de renforcer le système d\'enseignement universitaire et dynamiser la gouvernance», souligne le locataire de la Primature encourageant les concepteurs et promoteurs de ce projet (perçu comme un espace d\'échanges entre des acteurs de divers champs disciplinaires) qui sont, indique-t-il, au temps des semailles, en espérant que les récoltes seront fructueuses. Investir dans la recherche scientifique «Dans un pays comme Haïti, nous avons besoin d\'investir dans la recherche scientifique», fait savoir, pour sa part, le ministre de l\'Education nationale et de la Formation professionnelle, Gabriel Bien-Aimé, qui forme le voeu de voir l\'Institut devenir un vecteur d\'unité, de savoir et de diffusion de connaissances au niveau de l\'enseignement supérieur. Le titulaire du MENFP assure les promoteurs du projet du soutien du gouvernement en vue de la promotion de la recherche et du développement du sens critique chez les jeunes. «Aucun pays ne peut prendre de l\'envol ni s\'engager sur la voie du progrès s\'il n\'accorde une importance capitale à la recherche scientifique», souligne M. Bien-Aimé comme pour s\'approprier le projet d\'implantation de l\'IIRS. Un projet de très grande classe « L\'arrivée de l\'IIRS dans le paysage intellectuel haïtien marque un tournant qui mérite une grande attention», note le ministre de l\'Environnement, Jean-Marie Claude Germain, qui croit que la mission de cet institut et ses approches le placent d\'emblée sur des terrains générateurs d\'espoirs, d\'autant que les objectifs qu\'il se propose de poursuivre rencontrent, à son avis, bien des préoccupations de l\'Etat et de la société haïtienne d\'aujourd\'hui. Jean-Marie Claude Germain estime que le pays est confronté à des défis de diverses natures et qu\'il doit appréhender ses mutations dans leurs aspects social, politique, écologique, économique et relationnel... en vue d\'engendrer lui-même une bonne partie des réponses nécessaires. «Comme toute société en phase de mutation et d\'évolution, notre société a de grands besoins d\'approches et de capacités nouvelles. Elle doit, de ce fait, asseoir ses décisions sur des bases plus raisonnées et plus pragmatiques», indique M. Germain qui applaudit les nouveaux cadres de réflexion et des analyses plus approfondies sur l\'avenir du pays, encore que ceux-ci deviennent des conditionnalités dont la satisfaction incite à des efforts collectifs supplémentaires tant publics que privés. «L\'un de ces efforts, concerne notre production intellectuelle, en amont qui articule des objectifs de développement national. De même, des mécanismes intermédiaires de diffusion et des canaux d\'application en aval de cette production lui sont indispensables pour engendrer les efforts attendus», fait-il savoir. Préoccupé par le niveau du pays en matière de production et de développement intellectuel, le responsable du ministère de l\'Environnement (MDE) souligne que dans ce XXIe siècle, et depuis l\'ère de la révolution informationnelle et de l\'économie du savoir, les sociétés progressent mieux quand elles sont aptes à accumuler des capacités d\'innovations et d\'émancipations. «Ces sociétés ont, au préalable, appris à s\'approprier des savoirs existants et à développer des processus et des modes d\'assimilation et d\'accumulation liés à leurs particularités productives et environnementales», soutient-il en faisant remarquer que ces processus sont complexes, parce qu\'ils cimentent et interconnectent progressivement les différentes couches sociales, et qu\'ils les responsabilisent en les impliquant à travers le partage du bien très particulier qu\'est la connaissance qui libère, équipe chaque citoyen d\'un stock de valeurs et de liens générant ce que Putnam (1994) appelle le « capital social ». «Cette volonté d\'instituer des ponts féconds entre les efforts publics et privés d\'enseignement supérieur et de recherche, entre des générations qui ont trop souffert de l\'obscurantisme et la présente génération avec ses privations de toutes sortes, entre les recherches haïtiennes et celles du reste du monde, en fait un projet de très grande classe», se réjouit M. Germain qui perçoit ce projet comme une réponse de la frange critique de la communauté ayant atteint une maturité intellectuelle et morale qui la rend consciente de sa responsabilité vis-à-vis des défis actuels de la société dont le développement social, durable doit prendre appui sur l\'importance de son stock de capital vert. Penser autrement la recherche et la coopération y relative «La création de l\'Institut interuniversitaire de recherche est un aboutissement de plusieurs années de travail et de mise en commun de réflexions entre des universitaires haïtiens vivant en Haïti et à l\'étranger et des chercheurs de la Caraïbe, de l\'Amérique Latine, de l\'Europe et de l\'Amérique du Nord», explique le directeur de recherche à Berkeley University de Miami, Dr Louis Herns Marcelin, principal initiateur du projet. Présentant les stratégies et orientations de l\'Institut, le professeur Marcelin indique qu\'il s\'agit d\'un projet collectif qui invite les uns et les autres à penser autrement la recherche et la coopération à la recherche, d\'autant qu\'il correspond à une demande croissante de nombreux chercheurs et étudiants, mais aussi une demande répondant à l\'atteinte de plusieurs institutions nationales et internationales. «Ce projet collectif va au-delà des initiateurs visibles que nous sommes», ajoute M. Marcelin qui souligne à son compte que les porteurs de ce projet sont des chercheurs venus de différentes générations, de différentes traditions intellectuelles et académiques. Et que les innombrables discussions et les nombreuses réflexions développées au cours des années les a amenées à articuler ce projet autour de quatre (4) postulats fondamentaux s\'inscrivant dans la logique des grandes transformations ayant redéfini la recherche dans le monde actuel. «La recherche actuelle est transnationale, transdisciplinaire, interinstitutionnelle et coopérative», analyse Dr Marcelin qui met l\'accent sur le dernier postulat selon lequel si la recherche ne peut s\'effectuer qu\'en collaboration entre chercheurs de diverses disciplines, d\'institutions différentes et de pays du Sud comme du Nord, cette coopération permet que certaines faiblesses caractéristiques des pays du Sud soient compensées par certaines capacités des pays du Nord. Et, dans le fond, le Nord aussi va bénéficier de cette coopération qui permettra la recherche scientifique de découvrir de nouvelles possibilités incalculables pour les uns comme pour les autres. Contribuer au développement de la recherche en Haïti A en croire Louis Herns Marcelin, c\'est sur la base des postulats indiqués que les initiateurs ont défini la vision et la mission de l\'IIRS qui consiste à contribuer au développement de la recherche scientifique au plus haut niveau en Haïti et former des chercheurs par la recherche en partenariat tant avec les universités haïtiennes, publiques et privées, qu\'avec les universités étrangères. «Pour atteindre ce but, l\'institut se propose de créer des conditions favorables à la conduite de la recherche transdiciplinaire et de la formation de chercheurs en rendant disponibles des ressources humaines, des supports bibliographiques et techniques et des équipements appropriés, en vue de la structuration et du renouvellement du système universitaire haïtien », fait-il savoir en attirant l\'attention sur l\'intérêt porté sur le renouvellement des cadres intellectuels et professionnels du pays ou plus haut niveau, afin de favoriser le développement d\'une masse critique de citoyens responsables et compétents. Des rapports intellectuels et académiques avec les autres centres de recherche et d\'enseignement supérieur tant en Haïti qu\'ailleurs seront établis par la création de laboratoires et de projets de recherche mixtes... Les thématiques des labs de recherche recouperont un ensemble de problématiques indissociables : l\'environnement et le patrimoine, la famille dans ses rapports avec la santé et la migration, l\'histoire et l\'archéologie liée à l\'esclavage. Un projet ambitieux, somme toute. Les partenaires éventuels de l\'IIRS En Haïti, aux Etats-Unis d\'Amérique en passant par la France, Cuba, Canada, la République dominicaine et le Brésil, les partenaires de l\'IIRS sont légion. Les Universités Quisqueya, Notre-Dame d\'Haïti, Lumière, UNIQUA, VEH, le CRESFED, les Centres GHESKIO, la Société haïtienne des géographes et d\'histoire, Zanmi Lasante, etc. sont de ceux-là. Aux Etats-Unis, il faut citer Florida International University, African New World Study, University of South Carolina, The New School for Social Research, Haiti Research Group, Center fot Haitian Studies, Family and Youth Community Research Center, Social Sciences Research Council, etc. Au Brésil : les Universités Fédérale de Rio de Janeiro, Campinas Sao Paulo, Estadual de Rio de Janeiro, Fédérale de Bahia, etc. En France : l\'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, l\'Université de Paris Sorbonne, de Paris Nanterre, l\'Université de Lyon, l\'Ecole normale supérieure, etc. Au Canada : l\'Université de Toronto, l\'Institut Inter-universitaire Québec Haïti, etc. L\'Université Autonome, la Faculté Latino-Américaine des Sciences Sociales de Santo Domingo pourraient être des partenaires importants pour l\'IIRS, d\'après le professeur Louis Herns Marcelin. La recherche pour contribuer à résoudre les problèmes de société «Cet institut vient à point nommé pour accompagner l\'université haïtienne dans sa quête de l\'excellence, dans ses efforts pour constituer des lieux de production et de validation de savoir, dans ses velléités pour donner plus d\'ampleur à sa mission de recherche», juge le vice-Recteur à la Recherche de l\'Université d\'Etat d\'Haïti (UEH), Fritz Deshommes, qui salue avec bonheur l\'initiative destinée, selon lui, à permettre à l\'UEH et à l\'Université haïtienne en général de combler une importante lacune : l\'indigence de la recherche, la carence de chercheurs, la rareté de centres et laboratoires de recherche, la faiblesse des ressources mises à la disposition de la recherche. Fort du caractère fondamental de la mission de recherche de l\'Université, M. Deshommes se dit conscient que l\'Université ne peut se contenter de transmettre le savoir, mais elle doit en produire également, découvrir des connaissances et les valider. Critiquer, adapter, s\'approprier les savoirs venus d\'ailleurs, susciter des débats, créer des espaces de diffusion, de circulation, de validation des connaissances. «La recherche, pas seulement pour répondre à des exigences académiques, mais aussi pour contribuer à résoudre de graves problèmes de société», prévient le professeur Deshommes qui en profite pour rappeler les trois premiers paragraphes des Dispositions Transitoires régissant l\'UEH en ce qui a trait à sa mission de contribuer à l\'enrichissement du patrimoine culturel, intellectuel et scientifique de la communauté universelle, à maintenir l\'enseignement supérieur en Haïti au niveau des avancées de la science et de la technologie universelles, à promouvoir la recherche orientée prioritairement vers le développement endogène des ressources humaines et matérielles de la nation. «La recherche, pour favoriser une meilleure connaissance de nous-mêmes, pour nous permettre de nous réconcilier avec nous-mêmes, de découvrir nos véritables ressorts de peuple, les conditions de notre mobilisation comme nation», philosophe M. Deshommes plaidant pour une recherche qui permette au pays de mieux se projeter dans le monde et négocier son insertion dans la mondialisation en enrichissant le patrimoine de savoirs de l\'humanité. Le Brésil et les Etats-Unis d\'Amérique forment des voeux pour l\'IIRS L\'Ambassadeur du Brésil accrédité à Port-au-Prince, Paulo Cordeiro de Andrade Pinto, ne cache pas sa satisfaction de voir lancer ce projet. Il en parle avec bonheur. «Je vois dans l\'histoire du Brésil quelques similitudes avec celle d\'Haïti», confie le diplomate qui fait remarquer que des Brésiliens vivent aujourd\'hui encore dans une situation néolithique, mais ils aspirent à évoluer dans un pays appartenant à la communauté des nations. A travers l\'IIRS, l\'Ambassadeur Pinto assure les promoteurs du projet de l\'appui du Brésil qui veut travailler en étroite collaboration avec Haïti. Et pour preuve : les professeurs-chercheurs brésiliens qui ont fait le déplacement n\'ont reçu aucun support financier de l\'Ambassade du Brésil à Port-au-Prince. «Ils sont déterminés à développer une coopération efficace avec Haïti dans le domaine de la recherche», s\'enthousiasme le diplomate brésilien qui souhaite du succès aux promoteurs du projet. Pour sa part, le conseiller au Bureau des Affaires publiques de l\'Ambassade des Etats-Unis d\'Amérique à Port-au-Prince, James Ellickson-Brown, dit apprécier que ce projet ait mobilisé tant de chercheurs et intellectuels haïtiens et étrangers. Encourageant l\'initiative qui vise à promouvoir la recherche scientifique indispensable au progrès de la société, le diplomate américain félicite les initiateurs du projet pour leurs efforts et les assure du soutien des chercheurs américains déterminés à contribuer au progrès de l\'enseignement supérieur en Haïti. «Je salue le travail réalisé par les promoteurs. Leur ouverture d\'esprit a permis de mobiliser des chercheurs, universitaires américains et autres de très haut niveau, de disciplines et d\'horizons divers, des Haïtiens d\'Haïti et de la diaspora de différentes universités soucieux d\'appréhender par la recherche la réalité haïtienne», indique Ellickton-Brown particulièrement intéressé par la mission que se donne l\'Institut de Recherche sociale (IIRS).

Robenson Bernard Roberson Alphonse Auteur

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