Le climat d’insécurité tue le business en Haïti

Publié le 2021-09-10 | lenouvelliste.com

Plus que les autorités ayant la charge du pays, les gangs armés font parler d'eux en s'intronisant comme les seuls maîtres des vies et des biens dans la cité. Pour preuve, la terreur inouïe qui règne dans l'aire métropolitaine, particulièrement au bas de la ville depuis un certain temps. Des rafales d'armes automatiques se font entendre à longueur de journée par ces nouveaux maîtres qui kidnappent, rançonnent et tuent partout sur leur passage. Depuis le début de cette semaine comme ils l'ont annoncé, ces bandits ont élu domicile au centre-ville où ils ont paralysé quasiment toutes les activités commerciales. Sans faire face à aucun obstacle.

 La police nationale, responsable de la sécurité des vies et des biens, a brillé par son absence. Les marchands, détaillants et  grossistes, les acheteurs, les chauffeurs sont devenus la proie de ces assaillants. De leur côté, les autorités gouvernementales tournent le dos au centre-ville. Quoique la Primature réside encore au Bicentenaire mais les Premiers ministres refusent d’y aller à cause de l’insécurité et de la dégradation de son environnement. Il n’y a pas de présence policière dans une bonne partie de cette zone. Les bandits ont chassé la police. La  réplique des forces de l’ordre n'a pas donné les résultats escomptés.

Le centre-ville, qui grouillait de monde dans un passé assez récent, n'est aujourd'hui que l'ombre de lui-même. C'est la peur au ventre que les habitués du centre-ville s'y rendent depuis des mois. À l'heure actuelle, seuls les responsables de la Banque de la République d’Haïti (BRH) gardent encore l’espoir que le centre-ville redeviendra ce qu’il était jadis. Les rares entreprises privées qui restent encore au bas de la ville bravent tous les jours le danger. Elles subissent la loi des groupes armés qui deviennent plus puissants depuis que la police leur laisse le champ libre. Les entreprises peuvent-elles survivre au bas de la ville dans de telles circonstances ?

Cette partie de la capitale haïtienne qui abritait autrefois presque tous les grands magasins, les salles d’exposition de voitures, les plus grands marchés publics, n'est plus qu'un musée d'ordures qui n'attire que les mouches, les chiens errants et les malfrats.     

Qui pis est, ce n’est pas seulement au bas de la ville que sévit cette situation d'insécurité et d'insalubrité. À Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Tabarre, Delmas, pour ne citer que ces communes-là, des petits commerçants et des chefs d’entreprise doivent se plier aux lois des gangs armés. Hier encore, pour avoir voulu résister à des braqueurs, le président de l'Association nationale des exportateurs de mangues (ANEM), Jose Pablo Sylvain a été criblé de balles par des malfrats à Santo, sortie nord de la capitale. Plusieurs autres quartiers de la capitale vivent le même cauchemar. Les bandits imposent leur volonté et font recette dans les marchés publics, les stations et les entreprises qui se trouvent dans leur territoire.

Et dire que toute cette cruauté ne suffit pas pour motiver les autorités publiques à réagir. Ce qui rend perplexes certains observateurs qui vont jusqu'à se demander s'il n'existe pas une complicité entre les forces de l'ordre et les bandits. 

Par ailleurs, plusieurs entrepreneurs ont entrepris des visites d’exploration en République dominicaine. Ils pensent qu’ils peuvent faire tourner leur business mieux là-bas. Chez nous, les décideurs ne se montrent pas préoccupés. Ils ne tentent rien pour créer un climat d’affaires propice à ceux qui veulent entreprendre ou développer leur business. Un climat d'affaires propice ne se résume pas uniquement à offrir un minimum de sécurité aux entreprises.

De nos jours, l’économie haïtienne enregistre un grand nombre de pertes d’emplois à cause des troubles politiques qui perdurent dans le pays. Les entreprises subissent des chocs répétés liés à la crise politique, sanitaire et sécuritaire. Plus que jamais Haiti is not open for business. 



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