La BRH a puisé près de 900 millions de dollars dans ses réserves pour l'importation des produits pétroliers et stabiliser la gourde

Publié le 2021-09-01 | lenouvelliste.com

Pour calmer les pressions sur le marché des changes et rendre possible l'importation des produits pétroliers, cette année, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a puisé dans ses réserves près de 900 millions de dollars, a révélé le gouverneur de la banque centrale Jean Baden Dubois lors d’une conférence de presse, le lundi 29 août 2021, au centre de convention et de documentation de la BRH. En effet, les injections de la BRH sur le marché des changes cette année se sont chiffrées au total à 348 millions de dollars américains. Pour permettre au pays de payer la facture des produits pétroliers cette année, la BRH a déboursé 550 millions de dollars. Le gouverneur a fait savoir que la BRH avait déboursé l’année dernière 194 millions de dollars pour faciliter l'importation des produits pétroliers.  

« Heureusement, la BRH effectue des retenues sur les transferts d’argent de la diaspora. Sinon, les réserves de la banque centrale seraient à zéro », a affirmé Jean Baden Dubois. Le gouverneur a fait référence au déficit de la balance commerciale pour montrer à quel point les déséquilibres sont forts et influencent le taux de change. « Les importations ont atteint un niveau de 3,4 milliards de dollars et les exportations étaient autour de 700 millions de dollars. Il y a fort heureusement les transferts qui ont atteint, pendant les neuf premiers mois, la barre de 2,7 milliards de dollars », a poursuivi Jean Baden Dubois.     

En ce qui concerne le marché des changes, le gouverneur a fait savoir que la BRH n’est pas engagée dans une bataille pour contrôler le taux de change. La hausse du taux de change s’explique, a-t-il indiqué, par des déséquilibres dont le déficit profond de la balance commerciale. « La BRH ne s’oppose pas à ce qu’il y ait une augmentation ou une diminution du taux de change. Mais elle ne veut pas qu’il y ait une augmentation ou une diminution brusque du taux de change. Les déséquilibres sont si forts, qu'il est inévitable d’avoir une dépréciation. Il faut avoir du dollar pour combattre le dollar, c’est-à-dire il faut produire pour exporter afin d’attirer plus de dollars », a soutenu M. Baden.

Dans son exposé, le gouverneur de la BRH a identifié le niveau de financement monétaire, la progression de la demande des importations, les anticipations négatives et la dégradation du climat d’insécurité comme les principaux facteurs qui ont alimenté les pressions sur le marché des changes. Il a soutenu que sans les interventions de la banque centrale, personne ne sait ce qui se serait produit sur le marché des changes.  

Si le ministre de l’Economie et des Finances, Michel Patrick Boisvert, ne s'est pas prononcé sur la situation économique du pays, le gouverneur Jean Baden Dubois n’a pas caché la vérité. Ce dernier a dressé un tableau sombre de la situation actuelle des finances publiques dans le pays et prédit une croissance économique négative pour cette année. « Le contexte économique actuel est particulièrement complexe et difficile. Je n’apprends rien à personne », a déclaré Jean Baden Dubois.

« Comme si cette situation complexe et difficile ne suffisait pas, le pays, qui avait fait face à des chocs sur le plan sociopolitique (peyi lòk) et sanitaire, vient d’être frappé par un tremblement de terre. Ce séisme vient après deux années consécutives de croissance négative. Compte tenu des indications et de nos estimations à la BRH, la croissance pour l’année 2020-2021 sera encore négative », a ajouté le gouverneur, soulignant que la situation des finances publiques est critique en raison notamment des difficultés à mobiliser les ressources dans un contexte de détérioration du climat des affaires



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