Sommet International de la Finance

Inégalité et mécontentement social : comment les résoudre à travers les politiques publiques

Si la crise de la Covid-19 n’a pas occasionné de grande perte en vie humaine en Amérique centrale, elle y a néanmoins causé d’énormes dégâts économiques et sociaux, ravivé les inégalités et les insatisfactions qui caractérisent cette région. À la première journée de la 11e édition du Sommet international de la finance, la Banque interaméricaine de développement (BID) a analysé les difficultés majeures auxquelles fait face cette région et proposé les solutions de politiques publiques pouvant les atténuer.

Publié le 2021-04-14 | lenouvelliste.com

La pandémie de Covid-19 et ses corollaires consistant principalement en confinement et ralentissement des activités socioéconomiques a porté un coup dur aux pays de l’Amérique centrale. Ces derniers risquent de voir s’envoler les progrès sociaux qu’ils ont réalisés au cours des dernières décennies, notamment la réduction de la pauvreté et des inégalités vu que la pandémie a touché de manière disproportionnée les plus vulnérables.

 Dans le souci d’éviter une aggravation de l’inégalité et du mécontentement social, la BID, par le biais de sa conseillère économique principale pour l'Amérique centrale, Haïti, Mexique, Panama et la République dominicaine, Marta Ruiz-Arranz a profité du canal du Sommet international de la finance pour faire un survol de la situation des pays de cette partie du monde et surtout pour conseiller les gouvernements de renforcer les services essentiels tels que l’éducation, la santé.

L’intervenant de la BID s’est servi du dernier Rapport annuel sur l’Amérique centrale, Haïti, le Mexique, le Panama et la République dominicaine et a fait des propositions pour essayer de pallier les inégalités et le mécontentement social dans ces pays.

Résumant la situation globale de ladite région, Mme Marta Ruiz-Arranz a informé que l’économie de la région s’est contractée de 6% en 2020 et ne reprendrait que partiellement en 2021. Cependant, en dépit de cette prévision et des mesures prises pour mitiger l’effet social de la crise, la pauvreté et l’inégalité ont crû de près de 6%. Il en résulte que 2,8 millions de personnes qui risquent de tomber dans la pauvreté.

La pandémie a affecté surtout la classe moyenne vulnérable à cause de diverses raisons. Parmi lesquelles sa participation dans les secteurs les plus touchés, sa concentration dans l'économie informelle et dans les zones rurales, son manque de couverture médicale et la difficulté à ce que les aides l´atteignent. De plus, ils ont moins de possibilité de travailler et d'étudier à distance en raison du manque d'outils tels que l'Internet.

Comment appuyer les segments les plus affectés de la population ?

À cette question, Marta Ruiz-Arranz a proposé notamment d’améliorer le rôle distributif de la politique fiscale et de formaliser le travail et les dépenses publiques en capital comme outil d’une meilleure redistribution. Les dépenses sociales en santé et éducation contribuent à transférer les bénéfices de l’État aux ménages les plus vulnérables. Sans les dépenses en éducation et en santé, les ménages les plus vulnérables sont des contributeurs nets. Avec l’éducation et la santé, 60% des ménages sont des bénéficiaires nets, explique l’intervenant de la BID, martelant qu’il est important d’augmenter les dépenses en capital humain et d’en augmenter la qualité.

Selon la conseillère économique de la BID pour l’Amérique centrale, il y a une perception d’une distribution injuste auprès de 70% ou plus des personnes interrogées. La perception de l’inégalité n’est pas nécessairement plus élevée dans les pays à inégalité monétaire plus élevée. L’inégalité est telle que le processus d’écoute citoyenne n’existe pas vraiment dans la région. Cela a tendance à amplifier le phénomène de la polarisation qui est un déterminant pertinent de conflit.

En termes de conclusion de son exposé, Mme Marta Ruiz Arranz a fait savoir que la crise de la Covid-19 peut enrayer les avancées sociales dans la région, en matière de pauvreté et d’inégalité. En outre, elle affecte disproportionnellement les personnes les plus vulnérables (du secteur informel et vivant dans les zones rurales, ce qui implique une plus faible couverture médicale et de possibilités d’études ou de travail).

Pour appuyer les vulnérables, du fait de sa large portée, il est efficient de renforcer la qualité et la couverture des systèmes publics d’éducation et de santé. Pour y parvenir, nous devons tous contribuer de plusieurs façons :

Il y a des recettes publiques potentielles parmi les travailleurs informels dans les déciles de revenus élevés. Il y a également un potentiel de dépenses publiques plus efficient et mieux ciblé.

La population est plus intéressée à la fourniture des services publics et en sont insatisfaites autant que pour les autres services publics.

Du fait de la perception d’une distribution injuste, réduisant la polarisation résultant de l’inégalité, il est indispensable d’adopter des mesures pour améliorer l’inclusion sociale et politique des groupes sous-représentés. 

Co-auteure du Rapport annuel sur l’Amérique centrale, Haïti, le Mexique, le Panama et la République dominicaine, Mme Ruiz-Arranz croit que l’un des meilleurs moyens d’atténuer le risque de conflit consiste à renforcer l´inclusion des institutions politiques. En effet, l'Amérique centrale doit encore améliorer la représentation sociopolitique des groupes aujourd´hui sous-représentés. Par exemple, les minorités de tous les pays de la sous-région ont une représentation dans les Congrès 66% inférieure à leur poids démographique.

Cyprien L. Gary

Auteur


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