Honneur à Frankétienne pour ses 85 ans

Le lundi 12 avril, Frankétienne était au Centre culturel Pyepoudre pour fêter ses 85 ans avec ses amis. Au menu : projection de documents audiovisuels Traversée des mondes de Franckétienne et une capsule vidéo titrée, Kaselezo de Frankétienne ; ce document est publié sur Youtube à la fin du mois de mars dernier.

Publié le 2021-04-13 | lenouvelliste.com

La permanence est décrétée autour de Frankétienne. Du lundi 12 au samedi 30 avril, le Centre culturel Pyepoudre, 312, route de Bourdon, accueille « Figure bidimensionnelle », une exposition de l’œuvre de Frankétienne. Peinture et littérature font bon ménage dans la salle polyvalente Fritznel Fanfan Morisseau. Cet événement, qui attire en grande partie étudiants et écoliers, est initié par Pyepoudre, en partenariat avec le ministère de la Culture et de la Communication.

Une bonne cinquantaine d’ouvrages du prolifique écrivain sont dressés sur des chevalets à la manière de peintures en miniature. Le visiteur découvre un monde avec ses embranchements dans le roman, la poésie, le théâtre, les nouvelles. Les ouvrages parlent au lecteur. Chaque titre est un souvenir, un moment de vie, une histoire cristallisée dans la mémoire. Chaque titre est aussi un son qui renvoie à un magicien du verbe, un créateur de vocables qui explose dans la spirale en jets de lumière : Pèlin-Tèt, Troufoban, Bobomasouri, Kaselezo, Totolomannwèl, Melovivi, Minwi mwen senk, Kalibofobo, Foukifoura, Au fil du temps, La Marche, Mon côté gauche, Vigie de verre, Chevaux de l'avant-jour, Mûr à crever, Ultravocal.

Les titres abondent. Chaque livre sur un chevalet a une saveur littéraire extraordinaire : Les affres d'un défi, Zagoloray, Fleurs d'insomnie, Adjanoumelezo, L'Oiseau schizophone, L'Amérique saigne (Gun Blesse America), La nocturne connivence des corps inverses, D'une bouche ovale, La méduse orpheline, Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres, Clavier de sel et d'ombre, Les échos de l'abîme, Et la voyance explose, Voix marassas.

Les tables où sont exposées les œuvres de notre Trésor national vivant racontent l’histoire de l’enfant de Ravine-Sèche (village de la commune de Saint-Marc dans le département de l'Artibonite). Un 12 avril 1936 est né Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d'Argent. C’est lui qui a écrit : Rapjazz, Journal d'un paria, Œuf de lumière, H'Eros chimères, Miraculeuse, D'un pur silence inextinguible, La nocturne connivence des corps inversés, Brèche ardente, La Diluvienne, Galaxie Chaos-Babel, Mots d'ailes en infini d'abîmes, Feu de proie, Heures brèves, Le Sphinx en feu d'énigmes, Corps sans repères, Amours, délices et orgues, Visa pour la lumière, Chaophonie.

Les jeunes ont découvert, ébahis, cet homme dont la plume est trempée dans un fleuve d’encre. Pour découvrir la vie de cet homme de l’art, ils se demandent par quel bout commencer ? Ne seront-ils pas happés par la poésie, le roman, le théâtre, la peinture ? Combien de temps leur faudrait-il pour embrasser cette voie lactée d’essence lyrique au relent spirituel qui conduit à la méditation ?

Le pinceau de Frankétienne

La démesure de l’homme de l’art impressionne. Le pinceau de l’artiste est aussi trempé dans un fleuve de gammes chromatiques. Autant que des livres. Il produit des tableaux à un rythme étourdissant. « Il est si prolifique qu'il peut ruiner un collectionneur », a écrit Dany Laferrière dans « L'Énigme du retour », Prix Médicis de 2009.

Six peintures de l’artiste-peintre sont une invitation à découvrir une autre dimension de Frankétienne. Les abstractions de ce peintre ne se saisissent pas au premier regard. Il faut pénétrer les lignes, les courbes, les coulures chromatiques, les mouvements, les déchirures, la matière colorée qui plonge ses racines dans la tête d’un créateur de monde sur une surface plane qui s’affranchit de la fidélité des apparences visibles du monde extérieur. Il joue avec les couleurs comme il en fait avec les mots pour leur sonorité, leur parfum, leur essence, leur expression,

Pour le directeur exécutif du Centre culturel Pyepoudre, Max Robenson Vilaire Dortilus, la peinture de Frankétienne est un  métalangage qui s’inscrit dans le spiralisme, mouvement qu’il avait commencé avec René Philoctète, et plus tard, Jean-Claude Fignolé. « C’est une œuvre qui s’articule autour de Franck. Il devint miroir de lui-même. En d’autres mots, pour reprendre ses termes, Frankétienne dirait que c’est une mise en abîme. »  

Le directeur du Centre a fait savoir que la vidéo sur Kaselezo est un incitatif pour découvrir le texte de Frankétienne qui avait été présenté dans une lecture scénique en mars dernier, dans les locaux de l’Institut français.



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