Quand le Conseil de sécurité de l’ONU corrige les devoirs de maison du gouvernement

Publié le 2021-03-24 | lenouvelliste.com

Dans une déclaration rendue publique ce 24 mars, la présidente du Conseil de sécurité de l’ONU a donné la position de la plus haute instance multilatérale au monde sur la situation haïtienne. Le conseil de sécurité ne s’était pas prononcé depuis 2017 sur Haïti, laissant ce soin à des organes moins importants de l’institution.

Comme le Conseil de l’Organisation des États Américains (OEA) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avant lui, le Conseil de sécurité de l’ONU « se déclare vivement préoccupé par les crises prolongées que traverse Haïti sur les plans politique, constitutionnel et humanitaire et sur celui de la sécurité ».

Comme cela est devenu la norme pour les membres de la communauté internationale qui s’expriment sur la situation haïtienne, le Conseil de sécurité « souligne que c’est au gouvernement haïtien qu’il incombe au premier chef de s’attaquer aux facteurs d’instabilité sous-jacents ».

Tout ce qui suit dans la déclaration prend forme à partir de ce qui est contenu dans le premier paragraphe de cette déclaration qui encore une fois hausse le ton, change de mots pour parler d’Haïti aux autorités haïtiennes en poste. Et aux autres acteurs.

Le Conseil « réaffirme qu’il faut organiser de toute urgence les élections législatives libres, justes, transparentes et crédibles attendues depuis octobre 2019. Il demande instamment que soient menés tous les préparatifs nécessaires à la tenue d’une élection présidentielle libre, juste, transparente et crédible en 2021. » En disant cela, il met le gouvernement devant ses responsabilités et accentue le trait sur le grand retard pris dans le renouvellement des institutions démocratiques.

« Le Conseil souligne toute l’importance que revêtent l’indépendance de la justice », pendant que le gouvernement en place a le plus grand mal à respecter cette indépendance et que plus personne au sein de l’exécutif ne se préoccupe de la crise au sein de la Cour de cassation ni de la grève des tribunaux qui va vers son deuxième mois. Grève lancée pour dénoncer les incursions de l’exécutif dans les affaires de la justice.

Dans un autre point, « Le Conseil souligne qu’il faut renforcer l’état de droit et exhorte le Gouvernement haïtien à intensifier ses efforts de lutte contre la corruption et à veiller à ce que ceux qui les mènent rendent compte de leur action et le fassent en toute transparence. » Tout est dit en peu de mots.

Comme une accusation, « Le Conseil prend note avec préoccupation des violations des droits humains internationaux et atteintes à ces droits, notamment des cas présumés d’emploi de la force létale contre des manifestants, ainsi que des arrestations et détentions arbitraires qui auraient cours dans le pays. Il demande au Gouvernement haïtien de respecter la liberté d’expression et la liberté d’association, et à l’Inspecteur général de la Police nationale d’Haïti de mener une enquête approfondie sur les faits signalés. »

« Le Conseil souligne qu’il faut d’urgence que les auteurs de violations des droits humains et d’atteintes à ces droits répondent de leurs actes et demande au Gouvernement haïtien de prendre immédiatement des mesures pour mettre fin à leur impunité, en particulier en ce qui concerne les affaires emblématiques dont il est question dans le plus récent rapport du Secrétaire général, dont celles de Grande Ravine (2017), La Saline (2018) et Bel-Air (2019), ainsi que l’assassinat du bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, M. Dorval (2020). Il exhorte en outre le Gouvernement haïtien à mettre fin à la pratique de la détention provisoire prolongée. »

Cette déclaration du conseil de sécurité de l’Onu infantilise le gouvernement d’Haïti qui exerce le pouvoir sans contrôle depuis janvier 2020. Tout aurait pu bien se passer pour un président qui a le pouvoir absolu, l’Onu vient dire que non. Il y a de nombreuses failles dans l’accomplissement des principales responsabilités qui incombent au gouvernement et aucune action qui mérite des compliments.

L’autorisation pour une plus grande ingérence dans nos affaires est donnée dans ce paragraphe : « Le Conseil est conscient du rôle important que jouent les pays voisins et les organisations régionales telles que la Communauté des Caraïbes et l’Organisation des États américains et, soulignant qu’il importe de mener une action cohérente, coordonnée et plus intense, engage ces pays et organisations à continuer de se mobiliser pour Haïti et, à cet égard, se félicite que la Communauté des Caraïbes ait décidé d’envoyer sur le terrain une mission d’établissement des faits à l’appui des efforts déployés par l’Organisation des Nations Unies. »

Chaque partie a tout fait pour emmener la crise haïtienne à ce nouveau carrefour. Chacun va vouloir accuser l’autre. Il est cependant trop tard pour rejeter le regard et l’action de nos amis de la communauté internationale dans la recherche de solutions à la crise haïtienne.



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